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La vie de Saint Finan, abbé de Cenn Etigh

·4124 mots·20 mins

1 Ici commence la Vie de saint Finan, abbé et confesseur.

2 Il y avait un homme de vénérable vie, nommé Finan, qui naquit de la province des Mumenii, c’est-à-dire du peuple de Corco Duibne, qui est dans la région occidentale de l’Irlande, vers le coucher du soleil. Son père s’appelait Mac Ardhe ; sa mère, cependant, Beccnat, qui vit en songe comme un poisson de couleur roux doré volant du lever du soleil et entrant par sa bouche dans son sein. Et lorsqu’elle le révéla à un certain homme sage et religieux, il lui dit : « Tu as conçu, ô femme, une merveilleuse descendance, qui sera le saint père de beaucoup, et qui aura faveur devant Dieu et les hommes » [Luc 2, 52].

3 Tant que saint Finan fut dans le sein de sa mère, pas une seule goutte de pluie ni de neige ne la toucha partout où elle allait. Et sa salive guérissait toute maladie par la grâce de Dieu à travers sa sainte conception. Et quoi qu’elle distribuât de nourriture, bien que ce fût peu, rassasiait quiconque elle le tendait. Lorsque saint Finan naquit, de plus, la grâce de Dieu apparut en lui par de nombreux signes. Et lorsque saint Finan était un tout petit garçon, d’autres garçons avaient coutume de jouer avec lui. Et de quelque douleur qu’ils fussent affligés, ils étaient aussitôt guéris par la grâce de saint Finan. Et les concernant le saint de Dieu avait coutume de prophétiser quoi que ce fût qui devait advenir à chacun d’eux, et ainsi il leur arrivait.

4 Un certain jour saint Brendan l’abbé, qui vit de nombreux miracles sur l’océan, voyant saint Finan, dit à ses parents : « Grand sera votre fils devant Dieu et les hommes. » Ensuite, se réjouissant d’une telle prophétie concernant leur fils, ils l’envoyèrent à saint Brendan, afin qu’il lût et apprît avec lui en habit monastique.

5 Un autre jour le saint jeune homme Finan apporta avec lui de la forêt un certain bâton pas encore préparé, sans la demande et la permission de saint Brendan. Lorsque le saint père Brendan vit cela, il le jeta dans une fournaise de feu, et ce bâton y demeura longtemps ; et non seulement le feu ne toucha pas ce bois, mais le bâton y fut façonné magnifiquement, juste comme saint Finan le souhaitait.

6 Une fois un pain tomba de saint Finan dans le feu ; et Brendan lui dit : « Ton pain brûle au feu, mon fils. » Mais saint Finan, occupé d’une autre affaire, n’arracha pas vite le pain du feu ; mais après un intervalle il mit hardiment sa main dans le feu et prit le pain du milieu du feu, et le feu ne nuisit ni au pain ni à sa main.

7 À un certain temps l’un des frères de saint Brendan était affaibli par la maladie et était proche de la mort ; et il demanda que saint Finan lui donnât le corps du Christ. Saint Finan ce jour-là était occupé au service du repas des frères. Et il dit au messager : « Je ne puis aller à lui jusqu’à ce que j’aie préparé le rafraîchissement pour les frères. Mais de moi, au nom de Dieu, dis à son âme de ne pas partir de son corps jusqu’à ce que je vienne à lui. Et Dieu le fera vivre durant cet espace, bien que sa fin soit venue. » Et ainsi il fut fait. Car l’âme de cet homme demeura dans son corps du matin jusqu’à ce que le très bienheureux Finan vînt à lui après la neuvième heure. Et lorsque ce frère eut reçu l’Eucharistie de saint Finan, aussitôt il se reposa dans le Seigneur.

8 Un autre jour saint Finan gardait le magasin du pain ; et les frères, entendant que le magasin brûlait, coururent éteindre le feu. À eux saint Brendan dit : « Demeurez calmement ; car le feu que vous voyez est la grâce de saint Finan. » Alors les frères, voyant que le magasin était intact et que saint Finan seul était assis dedans, reconnurent que la grâce de Dieu le visitait.

9 Ensuite, voyant que la grâce de Dieu apparaissait grandement dans saint Finan, et que de grands miracles étaient opérés par lui, le saint père Brendan lui dit : « Mon fils, tu devrais être le chef de moines. Si donc il te plaît, demeure ici avec les frères et gouverne-les ; et moi j’irai dans un autre lieu pour être édifié à Dieu. » Le bienheureux Finan lui répondit : « Tu ne quitteras pas ton lieu, mon père, à cause de moi ; mais bénis ma voie et montre-moi où j’irai. » Et saint Brendan lui dit : « Va, mon fils, au mont Smoir (qui s’appelle maintenant le mont Bladhma), et où tu trouveras là un troupeau de sangliers, demeure là. Car Dieu t’a destiné ce lieu. » Et ayant reçu la permission et la bénédiction du très bienheureux père Brendan, saint Finan vint avec quelques disciples à cette même montagne ; et il demeura dans ce lieu où il trouva le troupeau de sangliers selon la parole de saint Brendan. Et ce lieu est au milieu de l’Irlande, à savoir sur la frontière du Munster et de la région de Meath ; pourtant il est situé dans la terre de Munster. Et il y bâtit un renommé monastère, qui s’appelle Ceann h-Etich. Et lorsque la renommée de sa sainteté fut entendue, une grande congrégation de moines se rassembla sous lui. Et il bâtit d’autres monastères et cellules dans sa propre région, à savoir Corco Duibhne. Et il accomplit de grandes vertus et merveilles dans cette même région au nom du Christ.

10 À un autre temps neuf laïcs vinrent à saint Finan, cherchant de la nourriture. En ce temps le saint père Finan offrait le sacrifice. Et l’un des frères leur dit : « Attendez un peu, jusqu’à ce que notre ancien ait achevé le sacrifice. » Ils dirent : « Il nous est nécessaire de nous hâter. » Et ce frère rapporta cela à saint Finan. Il lui dit : « Donne-leur, si tu en as. » Or les frères n’avaient pas de nourriture préparée ; mais par la grâce de l’homme de Dieu en ce temps une certaine femme offrit neuf pains avec du beurre en aumône. Et tout cela fut remis à ces neuf soldats. Comme ils mangeaient déjà, ils faisaient beaucoup de jeux entre eux et jetaient des morceaux de beurre de l’un à l’autre. Voyant cela, le moine qui était maître des hôtes les réprimanda, disant : « Le Diable vous enseigne à faire cela, mangeant les aumônes des laïcs, qui furent remises aux serviteurs de Dieu. » Eux, se courrouçant, frappèrent le visage de ce frère. Mais le moine s’enfuit d’eux dans l’église vers saint Finan et lui montra son visage. Le saint ancien Finan, venant à eux, leur dit : « Vous serez tous tués aujourd’hui avant le coucher du soleil, sauf deux seulement. » Car ces deux n’avaient pas consenti avec les autres à faire ce mal. Et ainsi il fut fait. De ce jour jusqu’à aujourd’hui les soldats n’osent manger le repas de ce monastère.

11 À un autre temps saint Finan ordonna à ses gens de faire un grand et précieux navire, et l’homme de Dieu le donna au roi de Leinster, nommé Feidhlmid. Ce Feidhlmid envoya trois cents hommes pour apporter le navire à l’eau, et ils ne purent le mouvoir de sa place. Voyant cela, saint Finan rechercha l’aide de Dieu. Et les anges de Dieu vinrent et portèrent ce navire, le plaçant dans un convenable port. Et par ce miracle le nom du Christ fut magnifié par saint Finan.

12 Lorsqu’une fois le très bienheureux abbé Finan partit pour sa propre patrie dans la terre des Munstermen, à savoir Corco Duibhne, il vint au logis d’un certain homme qui aimait Dieu, qui était le fils de Gairbe ; et il égorgea un veau de vache pour les saints hôtes. Lorsque saint Finan apprit cela, il pria Dieu qu’Il empêchât la douleur du cœur de cette vache pour son veau. Et voici, après la prière du saint, un veau comme le veau qui avait été mangé vint, envoyé par Dieu à la place du veau qui avait été égorgé. Lorsque la mère le vit, elle se réjouit et fit un mugissement d’amour pour lui.

13 Finan avait deux chevaux en ce voyage ; mais l’un d’eux lui fut pris là. Et voici, Jésus-Christ envoya à saint Finan un beau cheval, de couleur baie, à la tête blanche, du Lac de Leinster ; et il demeura avec saint Finan comme un animal apprivoisé durant trois ans. Et après trois ans saint Finan lui commanda de retourner à son lieu. Et ce cheval, aussitôt obéissant au commandement du saint, entra dans le Lac de Leinster.

14 À un autre temps, tandis que saint Finan demeurait dans la région de Corco Duibhne, dans l’établissement qui s’appelle Atrium Lappe, les habitants de ce lieu lui demandèrent qu’ils pussent voir un concours qui se tenait loin d’eux en la présence du roi. À eux saint Finan dit : « Dormez entre-temps. » Et après cette parole un profond sommeil tomba sur eux. Et tandis qu’ils dormaient auprès de saint Finan, ils virent en vision le concours, et le roi y siégeant, et toutes les choses qui s’y faisaient. Et se levant du sommeil, ils rapportèrent à tous les choses qui avaient été faites dans le concours, juste comme elles avaient été menées, et comment le roi siégeait sur son siège avec ses princes.

15 À un certain temps un certain petit garçon, paralytique, qui ne pouvait mouvoir ni mains ni pieds, fut amené à saint Finan, afin qu’il le guérît au nom du Christ. Le saint homme, touchant les membres du garçon, lui dit : « Au nom de Jésus-Christ, lève-toi guéri » [Actes 3, 6]. Et aussitôt il se leva, délivré de toutes ses douleurs, et bénit Dieu son Sauveur.

16 Lorsqu’une fois saint Finan eut jeûné dans le même établissement, c’est-à-dire Atrium Lappe, après le jeûne, étant assoiffé, il demanda qu’on lui donnât de l’eau. Lorsque le serviteur s’excusa que l’eau n’était pas proche, saint Finan lui dit : « Creuse, mon fils, la tourbe qui t’accompagne, et une source d’eau jaillira de là. » Et lorsqu’il eut creusé, aussitôt une source d’eau très pure coula selon la parole du saint.

17 À un autre temps le chef de la région d’Uí Fidgente, nommé Nechtan, rassembla une très grande armée, afin de ravager la région de Corco Duibhne. Et ce même peuple de Corco Duibhne vint à leur patron saint Finan, afin qu’il priât le Christ pour eux. Et saint Finan dit à son peuple : « Ne franchissez pas vos frontières ; mais attendez là la venue des ennemis. » Et lorsque ce même chef entra dans la région de Corco Duibhne, ce peuple, avec son propre chef, sortit à la rencontre des ennemis, confiant en Dieu par la prière de saint Finan. Et lorsqu’ils combattirent l’un contre l’autre, trente soldats de l’armée du fier chef tombèrent là ; mais le peuple de Corco Duibhne sortit indemne de cette bataille, Dieu les aidant à cause de Son serviteur saint Finan. Et saint Finan alla au chef et lui demanda de se départir de ses confins, accordant la paix. Mais le chef Nechtan ne voulut pas écouter le saint. Et de nouveau le lendemain trente autres soldats des ennemis tombèrent à la bataille. Ensuite saint Finan dit au chef Nechtan : « Aujourd’hui ton plus fort cheval, en lequel tu places une grande confiance, mourra. Et demain tes propres gens, se courrouçant contre toi, t’enlèveront ta royauté, jusqu’à ce que tu aimes le peuple que tu persécutes maintenant. En une armée rassemblée tu es venu ici ; mais en bandes dispersées tu t’échapperas d’ici. » Et ainsi toutes ces choses advinrent. Après sept ans, le chef Nechtan, faisant pénitence avec saint Finan, fit la paix avec le peuple de Corco Duibhne. Et ensuite il tint son royaume fermement, juste comme saint Finan le lui avait dit.

18 À un autre temps son frère, qui était un laïc de la région de Corco Duibhne, vint à saint Finan, qui en ce temps demeurait dans son monastère de Cenn Etigh. Et il raconta à son frère Finan qu’il perdrait son héritage à moins qu’il ne remboursât, à un jour fixe après peu de temps, le prix de sept servantes. Le très bienheureux abbé Finan, toujours attentif au ciel et non soucieux de cette affaire terrestre, n’y prit aucun souci jusqu’à ce que vint la nuit avant ce jour auquel il était nécessaire à son frère de rembourser ce même prix. Lorsque ce frère s’aperçut que le jour du remboursement de la dette approchait, il se courrouça grandement contre son frère saint Finan. Et saint Finan lui dit : « Repose-toi, frère, cette nuit, et demain tu auras l’aide de Dieu. » Et dans la nuit suivante, qui précédait le jour du remboursement de la dette, tandis que ce frère dormait, il fut emporté, sans le sentir, jusqu’à sa propre maison dans la région de Corco Duibhne. Et lorsque le matin vint et qu’il s’éveilla, il vit qu’il était dans sa propre maison, et que le prix qu’il était obligé de rembourser était auprès de lui. Et il remboursa ses créanciers, racontant ce qui avait été fait pour lui par saint Finan. Et ceux qui l’entendirent rendirent grâces à Dieu.

19 Un certain jour, lorsque les moines de l’ancien Finan moissonnaient la récolte de froment, une grande pluie tomba ce même jour. Voyant cela, saint Finan pria Dieu que ses frères ne fussent pas empêchés. Et de ce moment jusqu’au soir pas une seule goutte ne tomba sur la récolte. Et ceci fut le signe de cette affaire : il y avait une charrette placée dans la haie de ce champ, et la part qui était dans la récolte était sèche, tandis que la part qui était dehors était mouillée. Voyant ce miracle opéré par leur ancien, les frères glorifièrent le Christ.

20 À un autre temps saint Finan, étant requis par son peuple, vint au roi des Munstermen, nommé Fálbe Fland, qui régnait dans sa cité de Cashel, et lui demanda que le roi allégeât le tribut de son peuple. Mais le proconsul du roi jura contre le saint qu’en aucune manière le tribut ne lui serait remis. À qui saint Finan dit : « Si tu empêches que le tribut me soit remis, tu souffriras la vengeance de Dieu. Car ce jour même ta demeure sera brûlée, et toi-même tu seras muet. » Alors en un clin d’œil un feu vint du ciel et consuma cette demeure entière ; et le proconsul lui-même perdit aussitôt sa parole et fut muet, juste comme le saint l’avait dit. Voyant cela, le roi Fálbe Fland remit tout le tribut à saint Finan ; et le roi lui demanda de guérir son proconsul. Et le proconsul leur fut amené muet, et il le guérit devant le roi, lui rendant sa parole. Et le saint bénit le roi et retourna avec honneur dans son propre lieu.

21 À un autre temps saint Finan guérit un certain homme très malade, nommé Carthach, qui à cause de la grandeur de ses douleurs avait été sans sommeil durant un an, et que les médecins ne pouvaient guérir. Et lorsqu’il eut été guéri par saint Finan, il dormit trois jours et trois nuits. Mais la racine de la douleur demeura dans son pied, comme une cause pour lui de craindre Dieu. Et saint Finan lui donna sa propre tige de figuier et lui dit : « Tant que tu vivras, que cette tige de figuier soit chaque jour autour de ton pied, et elle ne faillira nullement ; et la douleur qui demeure dans ton pied, par la volonté de Dieu, ne t’accablera pas grandement. Mais sache cela pour certain : quel que soit le jour où tu ne pourras la tirer autour de ton pied, sache que le jour de ton départ de ce monde est proche ; et prie Dieu pour le salut de ton âme. » Et ainsi il advint. Car après que cet homme ne put plus mettre cette tige de figuier sur son pied, il se reposa bientôt en paix de cette vie.

22 Un jour le pied du cheval de saint Finan fut brisé en deux parts sous sa charrette. Mais le saint homme, priant Dieu, bénit le pied brisé du cheval du saint signe de la croix du Christ, et en cette même heure le pied du cheval fut guéri. Car les os brisés furent joints ensemble, comme s’ils n’avaient jamais été séparés. Et lorsque le cheval fut sain, lui-même monta sa charrette et la tira fortement sans obstacle, comme si rien ne lui avait nui. Les disciples de l’homme de Dieu, à savoir de saint Finan, voyant un tel miracle, furent fortifiés dans le Christ ; et ils vénérèrent son serviteur, désormais un vieillard, comme leur propre.

23 À un autre temps saint Finan supplia un certain roi en faveur d’un malheureux otage, parce que, bien qu’il fût noble, il avait été destiné à la mort par le roi ; car il avait été abandonné par ceux qui l’avaient livré. Et lorsque le roi ne voulut pas écouter le saint de Dieu, son fils fut rendu muet à cette même heure. Et saint Finan dit au roi : « Si tu me relâches cet otage, ô roi, ton fils sera guéri. » Et se réjouissant de cette parole, il lui offrit cet otage. Et le saint pria pour le fils muet du roi, et il recouvra aussitôt sa parole. Et les présents rendirent louange à Dieu.

24 L’un des moines du saint père Finan était tenu par une grande infirmité, de sorte qu’il ne pouvait ni se tenir debout ni marcher durant une année entière. Mais un certain jour le saint vieillard Finan visita ce frère, et voyant sa grande infirmité, il le bénit et lui dit : « Lève-toi, fils, et viens avec moi. Car nous allons maintenant dans la région de Kyarraghi, et tu dois venir avec nous. » Et aussitôt ce frère, délivré de son infirmité, se leva guéri et sortit avec le saint, rendant grâces à Dieu.

25 Le très bienheureux abbé Finan vint une fois au saint vieillard Mocheallog, apportant avec lui en offrande deux vaches avec un veau. Car le veau de l’autre vache avait auparavant été mangé par les loups. Mais saint Finan, bénissant le veau vivant, fit que la vache dont le veau les loups avaient mangé l’aimât comme sa propre mère le ferait. Et le saint vieillard Mocheallog dit à ses disciples : « Gardez bien ce veau, de peur que les loups ne le mangent, comme ils dévorèrent l’autre veau. » Lorsque l’un des disciples de saint Finan entendit cela, il dit : « Votre veau ne mourra pas tant que notre vieillard Finan sera ici. » Néanmoins, cette nuit-là un loup dévora ce veau. Saint Finan dit au bienheureux vieillard Mocheallog : « Que tes vaches soient traites. » Et lorsque le serviteur, selon la parole de saint Finan, alla traire les vaches, voici, ce loup coupable vint doucement et humblement au lieu du veau et se tint devant les vaches. Et lorsque les vaches le virent, de ce côté et de l’autre, par affection pour lui elles le léchèrent. Ensuite saint Finan dit au vieillard Mocheallog : « Il vaut mieux pour nous de demander un autre veau à Dieu que d’avoir un loup. » Et après la prière des saints, un veau blanc aux oreilles rouges vint aux vaches. Et aussitôt, après que le veau fut venu, le loup se départit. Alors l’homme de Dieu Finan dit au saint vieillard Mocheallog : « Ce veau ne demeurera pas avec nous sinon tant que ces vaches auront du lait avant une autre naissance. » Et le même loup ne se départit pas de ce lieu, mais seulement des vaches. Et saint Finan dit au vieillard : « Ce loup, de plus, sera le gardien de tes veaux jusqu’à sa mort, et il ne nuira à aucune créature vivante. » Et ainsi toutes ces choses furent accomplies selon la prophétie de saint Finan.

26 Un autre jour, tandis que saint Finan était assis dans une certaine place de marché, une certaine femme malade lui donna une tête d’oignon afin qu’il la bénît, espérant qu’elle obtiendrait la santé par la bénédiction du saint homme. Et le saint homme la prit dans sa main ; mais saint Finan n’était pas alors de loisir, de sorte à la bénir aussitôt. Mais la femme, croyant qu’elle avait été consacrée parce qu’elle avait été dans la main de saint Finan, la prit de sa main, confessant à haute voix qu’elle trouverait la santé par la grâce de saint Finan. Et saint Finan lui dit devant tous : « Selon la sentence de mon Seigneur Jésus-Christ : “Ô femme, ta foi t’a sauvée” » [Matthieu 9, 22]. « Car de ce jour jusqu’à ton départ tu ne souffriras aucune douleur. » Et cette femme fut délivrée de ses douleurs en cette même heure, et elle fut saine jusqu’à ce que la fin de sa vie vînt.

27 Un jour, lorsque saint Finan était dans la région de Corco Dhuibhne, à savoir près du lac de Luighdheach, dans lequel les poissons abondent grandement et dans lequel il y a une île d’hommes religieux qui s’appelle Inis Ussailli, un certain homme brisa un petit vase près de ce lieu. Et lui, craignant son maître, vint à saint Finan et fit sa plainte devant le saint. Et l’homme de Dieu dit à cet homme : « Ramasse les morceaux de ton vase de terre et tiens-les dans tes mains. » Et saint Finan, le bénissant dans les mains de cet homme, le vase fut refait entier, comme s’il n’avait jamais été brisé. Ensuite cet homme, rendant grâces, retourna vers les siens plein de joie.

28 Un autre jour le bienheureux père Finan dit à l’un de ses disciples : « Aujourd’hui de bons hôtes viendront à nous, et nous devons préparer le rafraîchissement pour eux. Va donc, fils, dans le champ, et prends de là du poisson pour nous pour l’arrivée des hôtes. » Et dans ce champ il n’y avait maintenant plus d’eau. Mais l’humble disciple, n’hésitant en rien à la parole de son ancien, alla dans le champ, et y trouvant trois grands poissons, comme s’ils avaient été pris de l’eau à cette même heure, il les apporta de là à son ancien. Et tous ceux qui entendirent et virent cela rendirent grâces à Dieu et bénirent Son serviteur.

29 Le très saint père Finan à divers temps près de la croix qui est à l’entrée de son monastère guérit, au nom du Christ, cinq paralytiques et cinq aveugles, cinq sourds et cinq muets. Que ces peu de choses nous suffisent, très chers frères, touchant la vie et les miracles du très bienheureux abbé Finan, qui furent faits par Dieu à travers lui.

30 Lorsque maintenant le temps de la récompense de notre très saint père Finan approchait, il fut affligé dans tout son corps. Et un certain jour, lorsque ses frères eurent été rassemblés, il dit : « Je sais, mes petits fils, qu’il me convient de partir bientôt du corps vers mon Dieu. Mais néanmoins je ne mourrai pas jusqu’à ce qu’une certaine fille malade, qui m’est portée sur une litière d’une terre lointaine, vienne. Et lorsqu’elle viendra, le Seigneur lui accordera la santé par moi ; ensuite, cependant, je passerai au Christ. » Et lorsque cette même fille eut été amenée au saint vieillard Finan, elle reçut aussitôt la santé par la bénédiction de saint Finan. Et elle retourna guérie avec les siens, saine et sauve, dans sa région. Et aussitôt après, juste comme le saint père l’avait prédit, il passa au royaume du Christ, le septième jour avant les ides d’avril. Et voici, les anges de Dieu vinrent à la rencontre de son âme en chœurs avec des chants et de divins hymnes ; et ils le menèrent au tribunal du Christ, où ce même saint Finan, notre patron, brille comme le soleil à jamais, en la présence de la très glorieuse sainte Trinité. À qui soient honneur et gloire pour toujours et à jamais. Amen.

31 Ici finit la Vie de saint Finan, abbé et confesseur.

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