1 Ici commence la vie de saint Aed, évêque et confesseur.
2 Le très béni évêque Aed, fils de Bricht, naquit d’une noble lignée d’Irlande, c’est-à-dire de la semence de Conn Cétchathach, qui régna sur l’Irlande à Tara pendant vingt ans dans une grande paix et abondance. La mère de l’évêque Aed, de plus, était de Munster, c’est-à-dire de la région de Muscraige Tíre, et elle aussi était déjà de naissance assez noble. Lorsqu’elle fut près d’enfanter saint Aed, un certain prophète vint près de sa maison et dit à ses compagnons : « Il y a une femme de cette maison qui est enceinte, dont le temps d’enfanter est venu. Si l’enfant qu’elle porte en son sein naît demain à l’heure du matin, il sera grand devant Dieu et devant les hommes, au ciel et sur terre, et son nom et sa mémoire dureront dans toute l’Irlande pour des générations. » Entendant cela, une certaine jeune femme vint aussitôt et le rapporta à sa maîtresse, qui commençait alors à être en travail. Elle dit : « En vérité, à moins qu’il ne sorte par mon flanc, il ne quittera pas mon sein jusqu’à ce que cette heure vienne. » Et elle s’assit sur une pierre et demeura assise dessus jusqu’à l’heure du matin, endurant les douleurs de l’enfantement. Dieu accomplit cette grande merveille à la naissance de l’enfant saint Aed. Car lorsque sa mère, épuisée à l’heure du matin, enfanta, la tête de l’enfant tomba sur la pierre et y fit un creux selon la forme de sa tête ; et jusqu’à ce jour cette pierre demeure ainsi creusée, et l’eau qui est dans ce creux guérit les maux de tous ceux qui croient. Et ayant reçu l’ablution du baptême, saint Aed fut élevé à Munster, dans la région de sa mère, depuis son enfance jusqu’à son âge de jeunesse, vêtu d’habit séculier. Car ses parents souhaitaient qu’il vécût une vie séculière ; mais le bienheureux enfant Aed, la grâce divine soufflant en lui, se conserva entier en âme et en corps des actes séculiers illicites.
3 Un jour, tandis que le bienheureux enfant Aed marchait seul dans le désert, il vint à une petite cellule sur une île cachée et retirée, où il trouva deux saints vieillards abbés, à savoir Brendan de Birr et Cainnech, lisant l’Évangile à l’ombre des arbres ; et tandis que les saints parlaient ensemble, ils virent l’enfant s’approcher d’eux. Lorsque saint Brendan le vit, il se leva à sa rencontre et le reçut avec joie. Saint Cainnech, cependant, reprocha au bienheureux Brendan de s’être levé à l’arrivée d’un enfant inconnu. Saint Brendan lui dit : « Ne vois-tu pas avec lui ce que je vois ? » Saint Cainnech dit : « En vérité, je ne vois rien avec lui. » Brendan dit : « Voici, il est rempli de la grâce du Saint-Esprit, et une armée d’anges l’entoure de toutes parts ; bien qu’aujourd’hui il soit un enfant séculier, il sera néanmoins un saint évêque et un grand pilier de l’Église. » Ensuite les saints et le bienheureux enfant Aed se bénirent l’un l’autre, et il revint d’eux avec joie.
4 Le bienheureux enfant Aed ne fut enseigné par aucun maître dans son enfance aux arts libéraux, ni instruit dans les lettres, ni formé à la discipline ecclésiastique, jusqu’au temps de son adolescence ; mais, comme nous l’avons dit plus haut, parmi les gens ordinaires il fut nourri à Munster par la grâce de Dieu, entier en corps et en âme. Lorsqu’il fut donc devenu adolescent, il alla dans sa patrie, la région de Meath, pour réclamer une part de son héritage paternel. Mais ses frères ne lui donnèrent aucune part, car aussitôt après la mort de leur père, tandis que l’enfant demeurait en terre étrangère, ils l’avaient partagé entre eux ; et cela déplut à leurs parents. Voyant cela, le bienheureux jeune homme Aed enleva une jeune fille, fille d’un homme puissant, et l’emporta avec lui à Munster, afin que par cette injure ses frères, affligés, lui donnassent son héritage en échange de la fille. Après que la fille fut enlevée, Aed vint avec ses compagnons près du monastère du saint évêque Ilund, qui, ayant quitté le monde, gouvernait des moines. Lorsque le saint vieillard, l’évêque Ilund, vit Aed debout dehors, à l’écart de la foule, et les anges de Dieu avec lui, il dit à l’un de ses disciples : « Va, et dis à ce jeune homme qui se tient à l’écart sur le chemin de venir un peu vers moi. » Lorsque le bienheureux Aed entendit le message du saint homme de Dieu, il vint humblement vers l’évêque. Et l’évêque lui dit : « Pourquoi cherches-tu, mon fils, par la force un héritage paternel terrestre ? Car voici, tu as un Père dont l’héritage est le ciel et la terre et toutes les créatures, qui te donnera un héritage bien plus grand et meilleur au ciel. Ne cherche donc pas par l’injustice la terre des mortels, mais rends cette fille librement à ses parents, et mets ton cou sous le joug du Christ. » Le bienheureux Aed lui répondit, disant : « Tout ce que tu me dis, père, je suis prêt à le faire. » Et alors la fille fut renvoyée à sa maison ; et tout ce que le bienheureux Aed avait au monde, il le laissa derrière lui d’un cœur volontaire, et il demeura avec saint Ilund dans son monastère, obéissant à tous ses commandements et apprenant diligemment de lui les lettres et les écritures.
5 Un autre jour, son saint maître dit au bienheureux Aed : « Mon fils, puisque les frères sont occupés à d’autres tâches, va et laboure pour nous durant ces jours. » Le bienheureux enfant Aed répondit : « Je serai obéissant à tous vos commandements. » Un jour, un certain homme vint à lui, lui disant qu’il lui manquait un bœuf pour sa charrue. Alors le bienheureux Aed, ayant pitié de l’homme nécessiteux, dit à l’enfant qui guidait la charrue devant lui : « Attends un peu, frère. » Et pendant qu’il attendait, le compatissant Aed détela un bœuf de sa propre charrue et le donna à l’homme nécessiteux. Après cela, il laboura lui-même avec seulement trois bœufs ; et tandis que d’un côté un bœuf portait le joug, de l’autre côté la puissance divine soutenait et tirait le joug merveilleusement. De la même manière saint Aed donna son soc à un autre homme nécessiteux ; et ensuite il commença à labourer sans soc, mais la puissance divine fendait la terre devant lui. Voyant de si grands miracles accomplis par son fils adoptif, le saint évêque Ilund lui dit : « Ô mon fils, tu accomplis de grands miracles ; c’est pourquoi tu dois être maître et non disciple. Va donc dans la région de ta mère, et bâtis-y une cellule en l’honneur du Christ. » Saint Aed répondit, disant : « Il m’est nécessaire, père, de faire tout ce que tu commandes. » Alors le bienheureux Aed partit avec certains disciples qui lui furent assignés et fonda un monastère appelé Enach Midbreuin ; et là il demeura longtemps et accomplit de grandes œuvres de puissance.
6 Un jour le roi de Munster rassembla une grande armée, ayant l’intention de soumettre les descendants de Niall à sa domination. Lorsque le roi des descendants de Niall l’apprit, il eut grandement peur ; et rassemblant sa propre armée, il envoya saint Aed pour demander la paix pour cette année entre les peuples maternel et paternel. Mais tandis que saint Aed allait au camp des gens de Munster, la roue de son char se brisa sur un chemin plat ; et pourtant le char courut sans obstacle sur l’autre roue sous le saint de Dieu, soutenu par un commandement divin. Les foules, s’émerveillant grandement de cela, reçurent le saint de Dieu avec gloire et honneur ; néanmoins, il ne put obtenir la paix du roi. Et comme saint Aed revenait du roi ingrat, aussitôt le cher conseiller du roi mourut, et la terre engloutit deux de ses chevaux. Alors le roi, frappé de crainte, rappela saint Aed, et sortant à la rencontre du saint, il se prosterna trois fois à terre devant l’homme de Dieu. Et le saint homme dit au roi : « Trois rois viendront de ta semence. » Le roi lui dit : « Tu as, père, la paix de cette année. » « J’aurai toujours la paix de toi, dit le saint, parce que ton pouvoir ne grandira pas davantage. » Et lorsque saint Aed fut prié par le roi et son peuple, il ressuscita cet homme et l’un des chevaux ; mais il laissa l’autre cheval dans la terre, et une mare d’eau remplit ce lieu, qui en irlandais est appelé Loch Gabre, et en latin le Lac du Cheval. Alors par saint Aed le nom du Christ fut magnifié par beaucoup.
7 Après cela, le très saint Aed fut appelé dans la région de Meath, sa patrie, et fut ordonné évêque ; et pendant un temps il demeura encore à Munster, et bâtit des cellules et des monastères dans les deux régions. Un jour, lorsque le saint évêque avait beaucoup de moissonneurs au travail, une grande pluie tomba sur le pays ; pourtant pas une seule goutte de pluie ne tomba sur le champ de blé de saint Aed, et les gouttes furent vues se dispersant çà et là, évitant la moisson comme si elles en avaient peur. Voyant ce miracle, ils magnifièrent la grâce du Christ avec Aed.
8 Un certain homme riche de Munster était un cher ami du saint évêque et lui offrit beaucoup de dons et de terres. À la demande de l’homme, le saint pontife Aed promit d’offrir le sacrifice lorsque viendrait la fin de sa vie. Mais l’homme riche mourut tandis que saint Aed était loin de lui. L’apercevant en esprit, saint Aed se hâta rapidement vers lui et envoya son serviteur devant, lui disant : « Va vite vers le mort et dis à son oreille : dois-je aller vers lui, ou viendra-t-il vers moi ? » Et aussitôt, à la voix du messager de l’évêque, le mort se leva vivant et sain ; et se signant, il vint vers saint Aed l’évêque. Et le saint lui dit : « Souhaites-tu demeurer encore dans cette vie, ou partir maintenant pour le ciel ? » Choisissant alors de partir pour le ciel, il reçut la communion du Seigneur de la main de saint Aed l’évêque, et là il s’endormit en paix.
9 Lorsque saint Aed l’évêque vint à la cellule des saintes vierges, elles le reçurent avec grande joie. Comme les vierges préparaient le souper pour le saint évêque, elles ne purent trouver de breuvage pour lui en ce temps excepté de l’eau. Et l’évêque leur dit : « Apportez-nous de l’eau d’une source pure. » Et lorsque saint Aed l’évêque bénit l’eau, elle fut changée en vin doux et fort. Rendant grâces, le saint pontife fut satisfait de ce vin avec ses gens, et les saintes vierges avec les leurs. Et trois fois la grâce de Dieu, par saint Aed l’évêque, changea l’eau en vin.
10 Un certain homme, ayant beaucoup d’animaux devant lui sur le chemin, par quelque malheur en perdit le contrôle, et ils le fuirent en confusion ; et il ne put les rassembler de nouveau. Comme le malheureux pleurait, le compatissant évêque Aed passa par le chemin ; et l’homme lui dit en larmes : « Seigneur évêque, j’ai perdu mes animaux sans cause. » Alors le bienheureux évêque Aed, ayant pitié de lui, descendit à terre et pria Dieu ; sur quoi le bétail de l’homme lui revint de divers lieux, et pas un seul ne manquait. Ensuite cet homme s’en alla, bénissant le saint évêque, avec ses animaux désormais doux.
11 Une fois, tandis que le saint évêque Aed voyageait, il rencontra deux lépreux sur le chemin et donna aux suppliants les deux chevaux de son char en aumône. Lorsque ses disciples le reprochèrent à l’évêque, il dit : « Attendons ici certains hommes qui viennent loin derrière moi, menant deux bons chevaux pour moi. » Et lorsque ces hommes offrirent les chevaux au saint évêque, ceux qui étaient avec lui s’émerveillèrent de sa charité et de sa prophétie, rendant grâces au Christ.
12 Lorsque le saint évêque vint au monastère des saintes vierges appelé Druim Ard, il fut reçu par elles avec grande joie. Comme l’homme de Dieu les regardait, il reconnut que l’une d’elles était alors tombée dans le péché. Et elle, sachant que le saint évêque connaissait son péché, confessa sa faute devant toutes et fit pénitence.
13 Certains brigands décapitèrent trois hommes sur le chemin par lequel le saint évêque Aed voyageait ce jour-là ; mais par un commandement divin ces brigands furent retenus et ne purent bouger de là jusqu’à ce que le saint évêque vînt à eux. Les reprenant, le saint pontife les porta à la repentance du cœur, et l’homme de Dieu les relâcha par sa parole. Voulant laver les têtes des tués avec leur propre sang, il ne trouva point d’eau près de là. Alors, bénissant la surface du sol, une source claire jaillit, qui demeure là jusqu’à ce jour. Et le très saint évêque Aed joignit les têtes de ceux qui avaient été tués à leurs corps et leur dit d’une voix forte devant tous : « Au nom de mon Seigneur Jésus-Christ, levez-vous maintenant et venez à nous. » À la parole de l’évêque ils se levèrent joyeux et entiers, bénissant le Christ et leur évêque.
14 Un certain homme qui souffrait d’une douleur sévère à la tête vint à saint Aed et dit : « Ô saint de Dieu, je suis grandement affligé d’une douleur à la tête ; prie pour moi. » L’évêque lui dit : « En aucune manière cette douleur ne peut te quitter à moins qu’elle ne vienne sur moi ; mais tu recevras une grande récompense si tu l’endures patiemment. » Il répondit : « Seigneur, la douleur excède mes forces. » Saint Aed dit : « Que la douleur de ta tête, ô homme, vienne dans ma tête. » Et aussitôt la douleur descendit dans la tête du saint évêque, et cet homme s’en alla guéri, rendant grâces. Ainsi le serviteur du Christ prit sur lui la souffrance d’autrui, afin d’aider son prochain et d’endurer la souffrance pour le Christ comme une sorte de martyre. Et ensuite beaucoup, invoquant le nom de saint Aed, sont guéris des maux de tête, comme il a été prouvé dans cette affaire. Une certaine sainte vierge, souffrant très grandement d’un mal de tête, invoqua le nom de saint Aed tandis qu’elle était loin de lui, et aussitôt elle fut guérie de la douleur de sa tête, demeurant libre de celle-ci jusqu’à sa mort.
15 La reine du roi de Tara, c’est-à-dire de Diarmaid fils de Cerball, nommée Mugain, qui était née à Munster, était stérile et n’avait point d’enfants. Elle demanda à saint Aed qu’elle pût avoir un fils. Le saint lui dit : « Tu auras, dame reine, un fils qui sera un roi glorieux. » Et elle enfanta un fils, à savoir Áed Sláine, qui devint un grand roi de Tara, né par la prière de saint Aed l’évêque.
16 Le bienheureux évêque Aed vint à certaines saintes vierges qui étaient sous la garde de saint Ciarán l’abbé. Les vierges avaient préparé un repas pour leur patron saint Ciarán, lequel elles donnèrent plutôt à saint Aed l’évêque. Mais l’évêque, sachant que les vierges étaient en difficulté et que saint Ciarán était proche, leur dit : « Dressez les vaisseaux de votre nourriture et de votre boisson comme ils étaient auparavant, et ils seront remplis de la même manière. » Et ainsi il fut trouvé. Et le repas, restauré par Dieu par la grâce de saint Aed, fut de nouveau donné à saint Ciarán par les bienheureuses vierges.
17 Un autre temps le saint vieillard Aed vint à la cellule d’autres vierges et s’assit sur une pierre devant la porte de la cellule. Et le saint évêque fut enlevé au ciel devant elles toutes, et après deux heures il fut de nouveau déposé sur la même pierre, et toutes s’émerveillèrent grandement. La chasuble, cependant, que le bienheureux évêque laissa dans cette cellule à ce moment, à la demande des vierges, y demeure jusqu’à ce jour avec grand honneur.
18 Un certain soldat cruel enleva une vierge, ayant l’intention de la prendre pour femme ; mais lorsqu’il atteignit la maison de cet homme avec elle, la vierge mourut aussitôt. Lorsque saint Aed l’apprit, il alla vers lui et le reprit pour son hardi méfait. L’homme fit alors pénitence et s’offrit à l’évêque pour prendre l’habit monastique, et ensuite il fut un moine fidèle sous la garde de l’évêque. Et saint Aed l’évêque dit à la vierge morte : « Lève-toi, fille, et viens avec nous à ta cellule. » Elle se leva aussitôt d’entre les morts, et tous se réjouirent avec elle dans le Christ. Une fois, tandis que les frères creusaient autour du monastère de saint Aed, ils trouvèrent une pierre qui ne pouvait être ôtée de sa place par aucune force. Lorsque saint Aed vit cela, il commanda à la pierre devant les frères de descendre à un autre lieu ; et aussitôt, à la parole du saint évêque, la pierre descendit à un autre endroit. Saint Aed la bénit, et par la bénédiction du saint évêque, la guérison est donnée par Dieu à certains qui viennent à elle.
19 Il y avait de très méchants brigands sur une île au milieu d’un lac, qui causaient grand tort à la région environnante. Saint Aed l’évêque souhaita les chasser de là, mais il ne le put. Il leur dit : « Ce lac m’obéira. » Et la nuit suivante le lac quitta sa place et alla dans la région de Connacht, et s’arrêta là dans un certain champ ; et il est appelé en irlandais Loch na h-Aidche, c’est-à-dire « le Lac de la Nuit », parce qu’il y arriva durant la nuit. Car un certain prophète nommé Becc avait dit : « Un lac d’eau viendra ici de nuit à cause du commandement de saint Aed l’évêque. »
20 Un certain homme était contraint par son seigneur, un magicien, de rembourser sa dette, à savoir un troupeau de porcs. Il vint à saint Aed afin que le saint demandât à son seigneur un délai en sa faveur. Mais le magicien refusa de l’accorder. Saint Aed l’évêque lui dit : « Je rembourserai la dette pour lui. » Lorsque le magicien reçut les porcs du saint évêque, il s’en alla joyeux à sa maison et ferma la porcherie sur les porcs. Le matin il trouva la porcherie fermée, mais les porcs n’y étaient pas. Alors il comprit que l’art de la magie n’a point de pouvoir contre la chrétienté.
21 Un jour le chef de Tethba vint pour ravager un certain peuple dans la région de Meath. Les habitants de ce peuple demandèrent à saint Aed de sortir à sa rencontre et de lui demander la paix. Lorsque le chef l’apprit, il dit à son armée : « Allons vite, avant que saint Aed l’évêque ne vienne à nous. » Lorsque l’homme de Dieu l’apprit, il fit le signe contre eux. Comme ils entraient dans une certaine rivière à la frontière entre ce peuple et la région de Tethba, leurs chevaux se tinrent immobiles dans le gué jusqu’à ce que le saint évêque vînt à eux. Il leur dit : « Retournez-vous-en, bonnes gens, de peur que quelque chose de pire ne vous arrive ; car ni vous ni vos chevaux ne pourrez aller plus loin d’ici. » Alors ils firent pénitence, furent relâchés, et retournèrent les mains vides dans leur propre pays, glorifiant la sainteté du très béni évêque Aed.
22 Tandis que le saint vieillard Aed marchait le long du chemin, un homme affligé le rencontra et dit : « Seigneur, j’ai dix vaches, et voici, tous leurs veaux ont été dévorés par les loups, sauf un. » Le saint évêque lui dit : « Rassemble la boue qui adhère à mon bâton, mêle-la avec de l’eau, et en asperge les vaches et le veau vivant. Lorsque tu feras cela, les vaches l’aimeront grandement et donneront leur lait. » Et ainsi il advint. De cela l’homme et sa maison se réjouirent grandement, car ils ne s’affligeaient pas tant des veaux que des vaches et de leur lait.
23 Les parents d’un fils unique vinrent à saint Aed, le priant de rechercher ce fils unique que le roi de Meath tenait enchaîné afin de le mettre à mort. Le saint vieillard alla avec eux à l’île du lac de Lough Lebáin, où le roi était ; mais le saint évêque n’était pas autorisé à entrer dans l’île. Car il y avait un ordre du roi que l’homme de Dieu ne fût pas admis sur l’île. Lorsque saint Aed l’apprit, il marcha sur l’eau comme sur la terre ferme et alla avec des pieds secs à l’île vers le roi. Lorsque le roi vit le grand miracle accompli devant lui, il livra le prisonnier au saint évêque. Le serviteur de Dieu bénit le roi et rendit l’homme à la liberté, tandis que tous rendaient grâces à Dieu.
24 Un homme cruel et misérable trancha une fois la gorge d’un autre homme près de saint Aed. Le conducteur du saint évêque lui dit : « Que ta main périsse et se détache de toi, parce que tu n’as pas montré d’honneur au saint de Dieu. » Et saint Aed l’évêque dit : « Tu as bien parlé à ce misérable ; car à cette heure même il serait mort, si tu n’avais pas dit ces paroles. Car lorsqu’un être humain souhaite se venger, Dieu ne le fait pas ; c’est pourquoi, puisque tu as parlé ainsi, Dieu lui a accordé un répit de cette année pour la repentance ; mais lorsque cette année sera accomplie, en ce jour même il mourra. » Et ainsi il advint. Le bienheureux vieillard, l’évêque Aed, alla vers le duc Báithen afin de libérer une certaine femme libre que le duc contraignait en esclavage. Le fier duc lui dit : « En aucune manière je ne la relâcherai. » Le saint homme lui dit : « Si tu voyais celui qui te presse cela, tu la relâcherais aussitôt. » Le duc dit : « En vérité, je la relâcherai si je le vois. » Le saint répondit : « Tu ne pourras supporter la terreur de son visage. » Mais le duc le pressa fortement, et le saint fit le signe sur lui et ceux qui étaient avec lui ; aussitôt un démon apparut devant eux, et ils furent terrifiés et devinrent comme des morts, et ce n’est qu’avec peine qu’ils furent rendus à la vie par les prières du saint évêque. Et ainsi il délivra cette femme de l’esclavage.
25 Lorsque saint Aed l’évêque entra dans la maison d’un certain soldat dans laquelle il y avait des biens volés, le maître de la maison se réjouit de la venue du saint vieillard. Comme ils parlaient ensemble, le soldat vit que saint Aed regardait toujours vers un coin où les biens volés étaient cachés. Lorsqu’il demanda à l’homme de Dieu pourquoi il regardait ce lieu, il lui dit : « Ne t’enquiers pas, mon fils. » Mais le soldat le supplia instamment, et le saint dit : « Il y a là des biens volés, et des démons les lèchent et jouent dessus. » L’homme dit : « Montre-les-moi, seigneur évêque. » Le saint dit : « Ne regarde pas les démons immondes. » Mais lorsque l’homme persista avec insistance, l’homme de Dieu lui montra les démons ; et lorsqu’il vit leurs formes, il faillit mourir, et ce n’est qu’avec peine qu’il regagna sa vie par la prière du saint.
26 Un certain duc de Munster, résistant au saint vieillard Aed en quelque affaire, perdit soudain la lumière de ses yeux et devint aveugle. Plus tard, faisant pénitence, il offrit de grands dons et des terres à saint Aed ; et aussitôt, lorsque l’homme de Dieu pria pour lui, ses yeux s’ouvrirent et il reçut de nouveau la vue.
27 Le souci du saint vieillard Aed était grandement dirigé vers la libération des gens des prisons et de l’esclavage injuste. Il demanda à un certain roi une jeune fille que le roi condamnait injustement ; mais le roi refusa de la relâcher. Car les rois étaient durs et cruels envers saint Aed, pourtant par impulsion divine ils étaient contraints de faire sa volonté. Et le saint dit à cette jeune fille, qui était alors présente : « Suis-nous, fille. » À cette parole elle suivit aussitôt le saint de Dieu. Pourtant nul de l’armée du roi ne la vit suivre l’homme de Dieu à travers le milieu des foules. Lorsque le saint homme quitta le camp, il la renvoya libre chez elle. De cela le roi et les autres furent grandement étonnés.
28 Certains hommes, pleins de malice, rencontrèrent saint Aed sur le chemin royal appelé Slighe Assail et tuèrent l’un de sa maison qu’il aimait, tandis que l’homme passait devant lui. Quittant ce chemin, le saint homme s’en alla affligé dans une grande douleur et se tint dans une autre partie de la plaine. Et voici, un ange du Seigneur y apparut et lui dit : « Si tu n’étais pas venu ici de ce lieu comme tu l’as fait, la terre les aurait tous engloutis devant toi, et un feu y aurait été allumé qui serait demeuré inextinguible jusqu’au jour du jugement en signe de vengeance ; néanmoins, ils périront bientôt par une mort très terrible. » Et ainsi il leur advint à tous.
29 Lorsque certaines femmes souhaitèrent laver leurs têtes la nuit du jour du Seigneur, saint Aed leur dit : « Que souhaitez-vous faire ? » Elles lui dirent : « Nous souhaitons laver nos têtes. » Le saint leur dit : « Ne le faites pas, car c’est la nuit du jour du Seigneur. » Mais elles n’obéirent pas au saint évêque et lavèrent leurs têtes. Le matin, lorsqu’elles se levèrent, tous les cheveux tombèrent de leurs têtes. Lorsqu’elles virent cela, elles pleurèrent et vinrent affligées à saint Aed et firent pénitence devant lui. Le saint évêque les bénit et dit : « Portez votre honte aujourd’hui ; et demain, lorsque vous vous laverez, vos têtes seront couvertes de cheveux nouveaux et merveilleux. » Et ainsi il advint.
30 Un jour saint Aed l’évêque vint à l’île appelée Bo Finde, c’est-à-dire « la Vache Blanche », qui est dans Loch Rí. Saint Ríoch, l’abbé de ce lieu, le reçut avec honneur. Car il y a un monastère renommé sur cette île, nommé d’après l’île elle-même. L’abbé dressa un grand repas de viande devant le saint évêque. Mais le bienheureux évêque Aed ne souhaita pas manger de viande, et il bénit les viandes, et elles furent changées en pain, poisson et miel. Lorsqu’ils virent ce miracle, ils mangèrent avec l’évêque, rendant grâces au Christ.
31 Saint Aed l’évêque visita saint Henan l’ermite, qui vivait dans le lieu où il y a maintenant un monastère fameux en son honneur, appelé Druim Rath. Le très béni Henan demanda à saint Aed d’accepter l’hospitalité chez lui ; mais il n’avait rien excepté des légumes et de l’eau. Lorsque le saint évêque vit cela, il sourit et dit au serviteur de saint Henan : « Va, frère, et sers-nous une nourriture suffisante. » Lorsque le frère revint pour apporter quelques légumes, il trouva sa cuisine remplie de toute sorte de nourriture. Tous ceux qui virent et entendirent cela donnèrent gloire à Dieu, disant : « Merveilleux est Dieu en ses saints. »
32 Le saint vieillard, l’évêque Aed, alla visiter le très béni Lasrean, qui gouvernait beaucoup de moines sur une île située dans Loch Erne, que les Irlandais appellent Daimh Inis, c’est-à-dire « l’Île des Bovins ». Saint Aed trouva le bienheureux père Lasrean et ses frères travaillant dehors, et il leur dit : « Quel travail ferai-je pour vous ? » Saint Lasrean lui dit : « Ta tâche est de déplacer ce morceau de bois de sa place. » Ce bois était très grand et longtemps fixé dans le sol. Alors saint Aed, au nom du Christ, commanda au bois de quitter sa place. Aussitôt ce grand morceau de bois fut soulevé comme un oiseau, et sautant il se précipita dans la mer. Lorsqu’ils virent ce miracle, ils rendirent louange à Dieu.
33 Lorsque saint Aed commença à bâtir un monastère en un certain lieu, un ange du Seigneur lui dit : « Tu ne dois pas bâtir de cellule ici. » Saint Aed dit : « Où donc devrais-je ? » L’ange répondit : « La forteresse de cet homme t’a été donnée par le Seigneur ; là, par toi, beaucoup d’âmes iront au ciel. » Lorsque cet homme riche, le seigneur de cette forteresse, l’apprit, il fut grandement mécontent et jura qu’il ne donnerait jamais sa forteresse à saint Aed. Un jour, lorsque le saint évêque entra dans cette forteresse, l’homme s’enfuit de sa propre forteresse afin de ne pas voir le saint évêque, et aussitôt il fut frappé d’une grave maladie jusqu’à la mort. Saint Aed dit à ses compagnons : « Amenez-le-moi. » Lorsqu’il eut été amené, le saint lui dit : « Confie-toi au Seigneur et fais pénitence. » Alors l’homme riche offrit à Dieu et à saint Aed cette forteresse avec tout ce qui lui appartenait. Sur quoi saint Aed dit : « Choisis maintenant de demeurer ici vivant et guéri de cette maladie pour un temps, ou de partir maintenant pour le ciel. » Choisissant aussitôt d’aller au ciel, il reçu le saint sacrifice de l’évêque et là mourut heureux. Et dans cette forteresse le saint évêque établit un monastère, qui est appelé du nom de saint Aed.
34 Une citerne empoisonnée apparut par une fissure de la terre dans cette région, et une fumée en sortit, apportant une pestilence mortelle aux gens et au bétail. Alors les habitants de cette région demandèrent à saint Aed l’évêque de les aider contre cette peste. L’homme de Dieu alla avec eux à ce lieu et bénit la citerne au nom de Dieu ; et de cette heure la fumée en disparut, et ensuite elle ne causa aucun mal. À cause de cela, une grande joie s’éleva parmi ce peuple, rendant grâces à Dieu par son saint.
35 Un jour le très béni évêque Aed promit à un certain frère, qui le lui demanda, qu’il irait avec lui ensemble au ciel, qu’il viendrait avec lui au royaume du Christ. Lorsque vint le jour pour le très saint évêque Aed de partir de ce monde, il dit au frère : « Prépare-toi, frère, à partir avec moi pour le ciel. » Mais le frère ne voulait pas en ce temps quitter ce monde. Alors un certain rustre vint à cette heure même visiter le saint vieillard, l’évêque Aed, et lui dit : « Si seulement tu me disais, saint évêque : “Viens avec moi au paradis”. » Le pasteur de l’Église, saint Aed l’évêque, lui dit : « Prépare-toi, homme de bien, et couche-toi avec moi sur ce lit. » Le faisant, l’homme, d’un cœur joyeux, mourut heureux à cette heure ensemble avec le très béni évêque Aed. Saint Columba d’Iona, voyant cela spirituellement sur l’île d’Iona, dit à ses frères : « Notre frère, le saint vieillard, l’évêque Aed, vient d’accomplir une grande et ferme œuvre. Car voici, il mène avec lui au ciel un pécheur qui n’en était pas digne, sans qu’aucun pouvoir de démons puisse lui résister. » Et le très béni évêque Aed, ensemble avec son rustre, suivant le Christ avec son larron, partit pour le ciel parmi les chœurs d’anges chantant de doux chants le quatrième jour avant les Ides de novembre, sous le règne de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloire de toute créature, ensemble avec Dieu le Père et le Saint-Esprit, qui vit et règne sans fin, aux siècles des siècles. Amen.
36 Ici finit la vie de saint Aed, évêque et confesseur.