1 D’après les notes de William Lindanus, évêque de Roermond.
2 Chérir la mémoire des saints Pères en paroles et en écrits, les exalter par de dignes expressions de louange, c’est en fait louer Celui qui est merveilleux dans ses saints [et cela est convenable], et il n’y a personne qui en doute ; car il est plus clair que la lumière qu’Il est le même auteur de la louange et de la sainteté, par qui et en qui tout ce qui est saint est sanctifié, et que rien ne peut être saint sans lui, ni digne de louange, même si cela s’appelle chrétien. C’est pourquoi, comme nous avons entrepris la Vie et le cours de la vie de Wiron, l’exposant brièvement et choisissant peu de choses entre beaucoup, nous ne doutons pas que tout ce que quiconque s’efforce de faire d’une manière digne de sa mémoire sera agréable au Christ, l’auteur de sa sainteté ; car un chef qui règne n’est pas offensé par celui qui applaudit un soldat en triomphe après la victoire.
3 Ainsi l’Écosse, l’île féconde des saints Pères, égalant en nombre les protecteurs des saints comme les étoiles, enfanta beaucoup pour le salut, parmi eux Wiron, et pourtant il n’était pas du rang le plus bas dans la lignée de ses parents. Bientôt enlevé à sa joyeuse mère, il fut confié pour être nourri aux mamelles jumelles du savoir. Mais quel besoin y a-t-il de poursuivre plus longuement ? Sous la discipline de l’école il buvait la rosée céleste, portant un soin et un esprit d’homme avant ses années. Encore immature d’âge, il distinguait les exemples de ses anciens, avec une certaine préfiguration et une certaine préscience en lui-même de ce qu’il serait dans l’avenir. Il croissait en années, mais il fleurissait auparavant en esprit, n’empêtrant jamais son cœur dans aucunes séductions, ni, ayant une fois mis le pied sur les degrés de la vertu, ne se retirant de ce qu’il avait commencé, estimant peu les choses terrestres et s’efforçant de tout son effort, haletant ardemment après les choses célestes. En ces matières, bien que dites brièvement, je ne pense pas qu’assez ait été dit d’une si grande jeunesse de sainteté ; pourtant il faut épargner les paroles, puisqu’il faut n’en user que peu, de peur qu’un style non poli n’apporte la lassitude aux lecteurs, quand ni la parole ni le temps ne sont abondants pour cette œuvre, car le sujet l’emporte sur les paroles et le style. Mais de même qu’il n’est pas de puissance mais de charge de porter beaucoup de choses à la perfection en peu de paroles, ainsi il convient au lecteur de saisir davantage en intelligence que ce qui est exprimé dans ce qui est dit ; ni en ces choses la foi n’excède le mérite.
4 Mais le saint jeune homme Wiron, avançant de jour en jour en âge et en sainteté selon l’ordre des rangs canoniques, et croissant en années, et fleurissant devant Dieu comme un palmier, multiplié comme un cèdre dans la maison du Seigneur, devint un homme agréable à Dieu et aux hommes ; et bientôt il fit paraître en lumière par ses actes ce que déjà, enfant, caché aux mortels mais manifeste à l’observateur des secrets, il avait avidement goûté d’avance en intention. C’est pourquoi il ne sait pas céder dans ce qu’il a commencé, ni lâcher les rênes de son vœu : il n’est brisé ni par l’adversité, ni élevé par la prospérité ; il n’est pas lassé par les saintes veilles, il est nourri par les prières, il se réjouit dans les jeûnes, ni ne change le lieu de son propos pour aucune considération. Car il se mit devant soi très nombreux saints Pères avec le regard de son cœur, spécialement ceux excellant dans l’admirable grandeur des mérites et des vertus, Patrick, Cuthbert, Columba, colonnes de leur pays, lampes de la terre ; désirant s’appuyer sur leurs exemples et imiter avidement leur religion et leur sainteté. Et il ne cesse pas seulement de les imiter pas à pas, mais, saisi par l’amour divin, il prend aussi sérieusement la voie du pèlerinage ; pourtant le cours des événements retarde le temps et le lieu de son départ. Et cela, se faisant par la volonté divine, ne s’écarte pas de la foi : il passe ses cœurs dans la psalmodie, il rend ses jours égaux aux offrandes du jeûne, invitant à lui les protections des saints comme une consolation [afin qu’elles le soient], et toujours vigilant il implore le secours céleste, de peur peut-être qu’il ne fût pris au filet du parti méchant, ou que par quelque empêchement de la chair il ne fût empêché d’accomplir son vœu.
5 Peu de temps après, l’Église de ce pays, son pasteur étant parti, fut privée de la consolation du soin pastoral ; et aussitôt, de la voix unanime de tous, Wiron est désigné à l’office de pasteur : et le peuple avec le clergé s’écrie que nul autre ne doit être cherché au ciel, ni qu’aucun autre ne doive être appelé à la protection de leurs propres proches. Mais le saint Wiron, ne désirant pas un honneur périssable, tenant ferme dans la force de l’humilité, proteste qu’il aimerait mieux être appelé disciple que d’être maître. C’était la coutume parmi les habitants de cette île de choisir d’abord un pasteur parmi eux, puis d’envoyer l’élu à Rome pour être ordonné par les mains apostoliques et, une fois ordonné, de retourner à son siège et à son peuple. Le peuple fidèle ne céda pas longtemps à Wiron qui leur résistait, mais plutôt, quoique lui fût réticent, en le choisissant ils le contraignirent à ne pas refuser leur demande. Alors, ayant trouvé l’occasion du temps et du lieu pour quitter son pays, par amour du saint pèlerinage, il obéit pour le moment à la volonté du peuple pressant ; pourtant devant Dieu il en avait tout autrement en son esprit, ni ne fut déçu par une vaine espérance. Que dire de plus ? Partant pour Rome, il ne retarde pas d’entreprendre le voyage, non par ambition de la dignité terrestre, mais par désir du pèlerinage tant désiré. Et là devient son compagnon Plechelmus, prêtre, de son voyage et de son vœu, vénérable en vertu, non plus grand en âge, ni beaucoup moindre en mérite. Et ils avaient une seule âme et un seul cœur en toutes choses. Le bienheureux Wiron aussi, voyageant à travers les régions des Anglais, se vit adjoint par la providence divine Otger, un diacre, qui, brûlant de la douceur des choses célestes et mettant de côté les affaires terrestres, se plaça sous la protection de l’homme bienheureux. Entreprenant le voyage que le saint avait maintenant résolu, plus sûrement il traversa les mers houleuses, avec le Christ pour guide, dans un cours prospère.
6 Mais à Rome, où ils faisaient leur chemin, poursuivant le voyage commencé, avec le Christ pour guide ils arrivent. Ils pressent leurs lèvres sur les seuils des saints Apôtres Pierre et Paul, ils arrosent le pavé de marbre de leurs larmes, ils supplient les autels par des prières et des vœux, ils envoient leurs prières au ciel, ils visitent fréquemment les saints lieux : le gémissement et la requête des serviteurs du Christ est entendu, ni n’est-il exclu de l’audience divine même pour un peu de temps. Ce qu’ils cherchent, de vouloir, de pouvoir, d’accomplir, ne leur est pas refusé par Dieu. Car Pierre aussi, le porte-clefs du ciel, le leur ouvre à leurs soupirs. Alors le seigneur Pape, ayant appris ces choses, ordonna que le bienheureux Wiron fût appelé à lui. Et il n’y eut pas de délai : le saint homme fut présent aussitôt, ensemble avec ses inséparables compagnons. Lorsqu’il vint devant lui, le Pape, percevant sur son visage ce qui était dans son cœur, aussitôt, se précipitant dans une embrassade, se réjouit en un saint baiser, non sans larmes, comme sa compassion intérieure était profondément émue. Enfin, lorsqu’ils eurent obtenu un modeste échange de paroles, le Pape, commençant le premier, demande en ordre son nom, son pays, et le cours de son propos. Mais le saint homme, comme un haïsseur du mensonge et un gardien de la vérité, expose d’abord en ordre la substance de sa mission, puis révèle pleinement l’intention de sa volonté à un si grand homme de sainteté, et, tombant à ses pieds, implore humblement par de nombreuses supplications son consentement. Mais le seigneur Apostolique n’est pas ébranlé par des requêtes de ce genre ; et préférant pourvoir à l’avancement du peuple de Dieu, et aussi satisfaire le choix des fidèles, bien qu’il fût réticent et résistât longtemps, il l’éleva au rang épiscopal. En vérité il avança aussi Plechelmus, son compagnon de voyage, au même honneur ; et il les lia à lui dans l’embrassade de l’amour fraternel par le lien de l’affection céleste ; et, enrichis du patronage des saints et honorés de dons, il les renvoya dans leur pays, chargeant par son autorité le bienheureux Wiron que, avant de retourner à son propre peuple, il menât en toute manière à son terme le cours de son pèlerinage.
7 Mais le saint homme, obéissant au commandement, à son retour franchit les crêtes des Alpes, traversant les détroits de la mer tempétueuse, et, n’endurant rien d’adverse par les divers chemins de son voyage, vint avec une grande joie en sa propre terre. Le peuple le reçut avec des applaudissements, le clergé avec une exultation de voix, et tous sexes et âges du peuple, l’élevant de louanges, l’accueillirent et aussitôt d’un commun accord le placèrent sur la chaire épiscopale. Étant placé sur ce siège, il brilla dans la grandeur des bons jours, distingué en caractère et en exemple, achevant le cours de sa vie par les enseignements, semant diligemment les semences de vie parmi le peuple. Pourtant ne changeant rien de son propos, caché aux hommes mais ouvert devant Dieu, il aspirait ardemment à la manière d’un pèlerin. Que dire de plus ? Par la grâce du Christ, dont il désirait l’amour, le temps et le moyen de son départ ne furent pas longtemps retardés. C’est pourquoi, prenant à lui des compagnons fermes, à savoir Plechelm, du même rang, de la même vie et du même propos, et Odger, un diacre de vie religieuse, estimant peu les flatteries des parents, les délices des richesses, et le flux fugitif de la gloire populaire, il se mit en voyage, le Christ pour guide, lequel dès ses premières années il avait adopté dans son cœur. Voyageant à travers les confins de diverses régions, il vint à la mer de Gaule ; où, montant sur un navire, et franchissant heureusement la force des bas-fonds tempétueux d’un cours favorable, il atteignit très vite le rivage plus proche. Car aussitôt qu’il eut atteint le port, regardant derrière lui le danger de la mer, il rendit grâces à Dieu d’avoir maintenant échappé au naufrage du monde, ayant abordé le seuil de l’exil, comparant les tempêtes de la mer aux naufrages de l’âme, et la fermeté du rivage à la tranquillité du repos éternel. Il se ceignit pour le labeur des chemins, incertain de la direction où il pourrait aller, pourtant assuré en Dieu que l’aide de la conduite ne lui manquerait pas, car Il n’abandonne pas ceux qui espèrent en lui. Et un exilé, las après un long voyage, ne se réjouit pas davantage de son retour, prêt à jouir de nouveau des embrassements tant désirés de ses parents, que le saint homme, s’étant dégagé des flatteries des siens, se réjouit d’être soumis aux incertains labeurs de l’exil. Car il préférait être regardé parmi les étrangers comme pauvre et de peu de compte, plutôt que parmi les siens comme riche et glorieux.
8 Alors, retournant (et le chemin ne le trompa pas dans son aller), il dirigea sa course vers les régions de la Francie. Et lorsque Pépin, duc des Francs, eut appris par le bruit que de tels hommes souhaitaient voyager en pèlerins dans les confins de son royaume, et qu’ils avaient orné toute leur patrie de sainteté, il fut rempli de joie et les fit vite amener à lui. Les apercevant, il les reçut avec honneur, et, ayant entendu la raison de leur voyage, il plaça aussitôt le bienheureux Wiron parmi les siens comme craignant Dieu et digne de révérence de tous, et, se recommandant lui et son peuple à sa sainteté, il l’honora de la plus grande vénération comme un patron. Car le même duc lui-même accorda au bienheureux Wiron, pourvoyant à l’avenir, un lieu éloigné des affaires du monde où demeurer, où plus librement avec ses compagnons il pût recevoir les fruits célestes ; lequel lieu, appelé dans le langage commun Mont Pierre, dans lequel un oratoire fut bâti et consacré en l’honneur de sainte Marie toujours Vierge et Mère de Dieu, et aussi un monastère de saint Pierre construit avec la façon d’un bel édifice de pierre, qui subsiste jusqu’à présent. Le saint homme donc, ayant obtenu le lieu tant désiré, y alla et se montra, lui et ses compagnons, comme des exemples que beaucoup pussent imiter, ne tardant plus en acte à accomplir ce que dès la fleur de sa jeunesse il avait pratiqué par l’intention de son esprit : ne donnant ni œil au plaisir, ni oreille à la moquerie, ni esprit à la frivolité, il se gouvernait toujours avec l’ancre de la gravité et la chaîne d’une conduite honorable. Le Christ dans son cœur, le Christ sur ses lèvres : n’aimant rien en dehors du Christ, il se sacrifiait chaque jour sur l’autel de son cœur au Christ, persévérant dans les veilles, assidu aux prières, marchant dans les jeûnes ; pauvre en possessions, riche en la richesse des mérites, fort contre les vices, prompt à pardonner, économe envers soi-même, généreux envers tous. Qui peut douter que la force de l’humilité et de la charité débordât dans toutes ces choses exposées plus haut ? Par les enseignements et les exemples il illumina le peuple, il brilla de nombreuses marques de vertu ; il se souciait peu des choses terrestres, il aspirait tout entier au ciel, casqué du diadème de la sainte Croix, sachant ne pas craindre les assauts de la fortune turbulente, habile à vaincre les ruses de l’antique ennemi, non paresseux à montrer aux présents et à ses compagnons le sentier de vie par les mérites et les exemples ; ni ne reculait-il à appliquer sa main à ceux qui étaient accablés par les maladies du péché, plaignant plutôt les fautes d’autrui que les siennes.
9 Il était tenu en une si grande vénération par ce même duc des Francs que, comme pasteur de l’âme et gardien de la vie, à cause de la marque de sa sainteté, il l’honorait parmi les siens. Car il avait coutume de lui mettre à nu les glissantes chutes de la fragilité humaine ; ni ne dédaignait, pour la confession, de s’approcher de lui les pieds nus, et d’obéir promptement au commandement de sa parole. Il était aussi souvent appelé à assister aux conseils des anciens, puisqu’il était apte au conseil et non frivole en parole, ne montrant pas de faveur aux personnes mais ne cessant de faire connaître ouvertement la vérité des choses. Jamais l’envie amère ne plissa son front par le dépit de quelques indignés. Il choisissait plutôt de plaire à Dieu seul que de céder l’assentiment, lié par une langue flatteuse. Par ces choses, et par de plus grandes qu’elles, le saint homme, vivant parmi les hommes, ne changeant en rien la rigueur de son propos, devint avancé en âge, pourtant plus grand en vertu ; pesant en années, pourtant plus pesant en mérites. Car il ne regrettait pas l’exil, étant sur le point de chercher sa patrie ; ni n’avait honte du labeur qu’il avait subi, étant sur le point de jouir du repos éternel. Il s’affaiblissait en vieillesse, mais se fortifiait en esprit : le but, longtemps désiré en espérance, était proche ; la fin des douleurs était fixée, la joie des récompenses approchait.
10 Car le temps était venu de faire miséricorde, dans lequel le Seigneur résolut de récompenser son soldat vétéran ; afin que, rappelé de ses labeurs, il entrât dans le palais de la béatitude éternelle, non pour mourir, mais pour être changé en mieux : parce que précieuse aux yeux du Seigneur est la mort de ses saints [Psaume 116:15]. Saisi par une légère force de fièvres, échangeant la torpeur de la chair contre le lever de la vie, il rendit son âme bienheureuse au ciel, pour être portée dans le sein d’Abraham par les mains des anges. Aux funérailles de l’homme bienheureux, une non petite foule d’hommes dévots vint, peinant en pleurs et en gémissements ; la multitude rassemblée du peuple pleura le départ du père, que les citoyens d’en haut, avec exultation de louange, reçurent pour être joint à la compagnie angélique. Son saint corps, de plus, fut confié à une sépulture convenable dans les murs du même oratoire de sainte Marie par les fidèles de Dieu, avec des hymnes et le chant des psaumes. Et l’on ne doute pas que des compagnies de l’armée céleste fussent présentes au tombeau, quand une merveilleuse fragrance, au-delà de l’odorat humain, fut perçue par tous ceux qui se tenaient là. Sa fête est célébrée le huitième jour avant les ides de mai. C’est pourquoi, à son tombeau désormais de très nombreux bienfaits de guérisons sont accordés, ni quiconque ne s’en va inconsolé jusqu’à ce jour qui, honorant dûment son patronage, implore la grâce divine et demande que ses péchés lui soient pardonnés, par notre Seigneur Jésus Christ, qui règne et est glorifié avec Dieu le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.