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La vie de Ciaran de Saighir (Betha Sein-Chiaráin)

·4970 mots·24 mins

Plummer, Bethada Náem nÉrenn I (1922) — traduit de l’irlandais.

1 Il y avait un homme fameux à Ossory, de Dal Birn, Lugna son nom. Il fit un circuit sur le côté sud de l’Irlande, et prit là pour femme — à Corca Laighe en particulier — Liadain était le nom de cette femme. Cette jeune fille vit une vision : il lui sembla qu’une étoile vint du ciel et entra dans sa bouche et illumina tous les hommes d’Irlande. Elle se leva le lendemain et raconta tout ce qu’elle avait vu, sur quoi la prophétie lui fut donnée qu’elle enfanterait un enfant de victoire, qui serait au milieu du monde occidental pour ses miracles et ses merveilles.

2 Ce fut vrai : le garçon Ciaran naquit, et c’est à Cleire [cap Clear] qu’il fut élevé. Et la grâce de Dieu se manifesta sur lui en bien des miracles et merveilles, jusqu’à ce qu’il eût trente ans en ce lieu, dans le zèle de l’étude et de la prière, bien qu’il fût sans baptême, sans bénédiction, sauf ce qu’il en avait du ciel. Et cela n’avait rien d’étonnant, car il n’y avait alors ni baptême ni foi dans cette île ; jusqu’à ce que Ciaran résolût d’aller de là à Rome du Latium, car il lui avait été montré du ciel que là il apprendrait ses psaumes et recevrait les ordres épiscopaux, car c’est là qu’était la tête de la foi.

3 Quand il parvint à Rome, il fut baptisé à son arrivée ; et il étudia l’Écriture et le canon divin auprès de l’abbé de Rome, et fut trente ans à cet apprentissage, jusqu’à ce qu’il lui fût dit d’aller dans son propre pays, car c’est là qu’il lui était destiné de demeurer, et ses miracles et ses prières seraient illustres dans le monde entier.

4 Ciaran alla de là en Italie, et c’est là que Patrick le rencontra sur son chemin, et ils se réjouirent l’un avec l’autre. Et Patrick lui dit d’aller dans son propre pays, et il bâtirait une cité au milieu de l’île, et y trouverait une source. « Et attends-la, et je viendrai à toi après trente ans. » « Je ne le sais pas, dit Ciaran, car je ne sais pas laquelle de ces sources je dois attendre. » « Prends cette cloche qui est mienne, dit-il, et qu’elle soit muette jusqu’à ce qu’elle atteigne la source ; et elle sonnera en arrivant, et ce sera le Bardan Ciaran [la clochette de Ciaran] son nom à jamais, et des miracles et des merveilles seront opérés par vous deux ensemble ; et Saighir sera le nom du lieu. »

5 Chacun d’eux dit adieu à l’autre, Patrick et Ciaran ; et Ciaran fit comme il lui avait été dit, jusqu’à ce qu’il vînt à la fameuse source qui est en Éile de Munster, et sa cloche y sonna comme il avait été promis. Et il bâtit son église par la suite.

6 Dieu opéra là bien des miracles pour Ciaran. Quand il commença le défrichement du cimetière, étant seul, il vit le sanglier sauvage venir à lui, et il se mit à déchirer et à creuser, de sorte qu’il déracina tout le bois par ce creusement et nivela la terre jusqu’à ce qu’elle fût unie. Puis il fit une hutte où il demeurerait tandis qu’il serait à cette grande œuvre, la bête peu douce traînant et tirant le bois pour lui jusqu’à ce qu’il fût prêt. Dieu envoya un autre moine à Ciaran — il vit venir à lui le loup avec un blaireau, et un renard avec lui, et ils demeurèrent avec lui, lui faisant service et assistance.

7 Ils furent ainsi longtemps à ce service, jusqu’à ce qu’il advînt au renard que sa propre nature se levât dans son esprit, de sorte qu’il vola les brogues de Ciaran et s’enfuit dans son antre. Or quand Ciaran s’aperçut de la perte, il dit aux autres moines, c’est-à-dire au chien et au blaireau : « Ce n’est pas un bon métier de moine, dit-il, que de commettre vol et larcin ; et va, dit-il au blaireau, et ramène-le de gré ou de force, afin qu’il soit châtié par nous. »

8 Alors le blaireau alla, et rattrapa le renard, et le lia de l’oreille au pied, et l’amena de force avec lui. Ciaran lui dit : « Fais pénitence et repentance, dit-il, car ce n’est pas un métier de moine que de faire de mauvaises habitudes ; et garde tes sens, et si besoin ou désir te presse, Dieu te donnera comme tu demanderas. » Il fit comme Ciaran dit, et demeura dans la même vie de moine ; et le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par là.

9 Par la suite, quand la renommée et la gloire de Ciaran furent entendues, sa parenté se rassembla à lui de tout côté ; et sa mère vint à lui avec bien des jeunes filles pour servir Dieu et Ciaran. Et une église royale et un temple d’élection pour Dieu furent élevés ; et il donnait beaucoup d’instruction dans les paroles de Dieu aux terres voisines et à sa propre patrie, aux hommes d’Ossory ; et des multitudes d’hommes crurent en Dieu par l’enseignement de Ciaran.

10 C’est alors qu’il advint à Patrick de venir semer la foi parmi les hommes d’Irlande et de les baptiser, après qu’il lui eut été enjoint par Jésus sur le mont Sion, quand la crosse de Jésus lui fut donnée — afin qu’il unît et liât tout ce que Patrick lierait dans cette île. Car il n’y avait pas de garde de la foi et de la croyance en Irlande avant Patrick, sauf seulement Ciaran et Ailbe et Declan et l’évêque Ibar. Tout fut accompli par Patrick comme il avait été concerté avec Jésus, jusqu’à ce qu’il arrachât les hommes d’Irlande des mains des démons et de l’adoration des idoles.

11 Or Liadain, la mère de Ciaran, avait une chère filleule — et il n’y avait pas de femme de meilleure forme et manières ; et elle était fille de roi des rois de Munster, et Bruinech son nom ; et elle avait voué sa virginité à Dieu, et alla à Ciaran avec Liadain. Un jour le roi de Cenel Fiachach vint — cette race de Fiach fils de Niall — à Ciaran, Dima son nom, et vit la très belle jeune fille, et fut frappé d’amour en la voyant, et l’emporta contre son gré à l’insu de Ciaran, et ensuite coucha avec la jeune fille.

12 Ce fut une lourde douleur pour Ciaran ; et il alla en quête de la jeune fille à la maison de Dima, et Dima lui dit : « tu n’auras pas la jeune fille jusqu’à ce que ton Seigneur parle avec moi. » « Dieu le peut », dit Ciaran. Ils ne furent pas longtemps là quand la voix dit d’en haut : « Relâche la jeune fille », dit-elle. Alors la jeune fille s’en alla avec Ciaran, et elle était enceinte. Alors Ciaran mit le signe de la divine croix sur elle, et l’enfant se réduisit à rien aussitôt sans être aperçu.

13 Après un temps, il vint à l’esprit de Dima d’aller en quête de la jeune fille qu’il avait eue, car il ne pouvait endurer d’être sans elle. Quand la jeune fille vit le roi venir vers elle — car elle était sûre que c’était pour la reprendre de gré ou de force qu’il était venu — elle mourut aussitôt. Quand Dima vit la mort de la jeune fille, ses membres tremblèrent et son esprit fut troublé, et il dit à Ciaran par la suite : « tu as tué mon épouse, dit-il, et cela sera vengé sur toi ; et tu seras chassé du lieu où tu es, et n’y demeureras pas. » « tu n’as aucun pouvoir sur moi en cela, dit Ciaran, et le Dieu du ciel est entre nous ; et ni mon bien ni mon mal n’est en ton pouvoir. »

14 Par la suite, le fils unique du roi mourut à cette parole ; et la nourrice du garçon vint en la présence de Ciaran en gémissant misérablement, et la femme dit : « je te donne là le garçon, et moi-même à ton service, dit-elle, si tu veux l’aider en cette heure, car c’est toi qui l’as tué. » Par la suite, un éclair de feu vint du ciel sur la demeure du roi, de sorte qu’il brûla et les hommes et les biens, et brûla le second fils que le roi avait, à savoir Duncad fils de Dima.

15 Quand le roi entendit cela, il alla à Ciaran, et se prosterna devant lui avec une grande repentance et une lourde douleur, et le pria de l’aider et de lui pardonner. Ciaran fit cela pour lui, et ressuscita ses deux fils après la mort et l’embrasement, de sorte qu’ils furent entiers. Et quand Ciaran vit la jeune fille morte, il la ressuscita d’entre les morts de la même manière. Car il était sûr que le roi ne la lui prendrait pas pour une plus grande violence. Le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par ces grands miracles.

16 Une fois son cuisinier vint à Ciaran et lui dit : « Nous n’avons pas de porcs, et il en faut pour nourrir nos moines. » « Dieu le peut », dit Ciaran. Ils n’eurent pas longtemps à attendre qu’ils virent douze porcs venir vers eux. Ils demeurèrent avec eux, et engendrèrent de nombreux troupeaux.

17 Une autre fois le même cuisinier alla à Ciaran et lui dit : « Il nous faut des brebis, dit-il, car il faut qu’elles soient achetées. » « Elles ne sont pas plus faciles pour Dieu que les porcs », dit Ciaran, et ce fut vrai. Ils virent un troupeau de brebis blanches dans la plaine. Ils pouvaient à peine les garder tant elles multipliaient.

18 Une fois un homme honorable qui était près de lui alla à Ciaran — Fintan son nom — avec son fils mort pour le ressusciter pour lui, Laeguire son nom. Ciaran pria Dieu de l’aider, et fit veille en croix et ardente prière à Dieu pour lui. Le garçon se leva d’entre les morts à la parole de Ciaran ; de sorte que le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par là. Et il donna tous ses biens et ses richesses à Dieu et à Ciaran, et donna aussi la demeure où il était avec sa terre en possession éternelle à Dieu et à Ciaran — Rath Fera son nom.

19 C’est à ce temps que Patrick vint à Cashel à la rencontre du roi de Munster, Aengus fils de Nadfraech, et Ciaran vint à sa rencontre là ; et Aengus et les nobles de Munster se soumirent au baptême de Patrick. Il y avait un homme des Ui Duach d’Ossory dans cette assemblée, Erc son nom, qui vola la maison [les vases ?] sur laquelle Patrick était.

20 Cet homme fut lié au roi ; et Ciaran alla le demander au roi. On ne pouvait l’obtenir de lui sans trésor pour lui. Ciaran donna une masse d’or pour lui, car il avait une querelle avec l’homme d’Ossory. Le prisonnier lui fut donné. L’or alors se fondit et se réduisit à rien. Le roi s’en courrouça, et dit : « Pourquoi m’as-tu donné de l’or fantôme, dit-il, et c’est la tromperie qui t’a fait le faire » ; et il fit une grande menace contre lui. « Tout ce qui est au monde n’est qu’un fantôme et passe à rien », dit Ciaran ; et il fut courroucé contre le roi par la suite, et résolut malédiction et vengeance sur lui, et le roi fut aveuglé, de sorte qu’il faillit mourir.

21 Alors Mo Chuda alla prier Ciaran de mettre un terme à cette vengeance, et le roi se soumettrait à lui. Alors il aida le roi, comme un homme qui se lèverait d’entre les morts. Car tous estimaient que c’était la mort qu’il avait reçue. Et il donna un trésor innombrable à Ciaran, et se soumit lui-même à faire sa volonté ; et le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par ce miracle.

22 Quand le roi de Munster, Aengus, était sur son circuit royal à travers le Munster, il avait avec lui des musiciens et des ménestrels. Ils allèrent de lui en circuit dans le Muscraige Tire. Des ennemis s’élevèrent contre eux pour les piller, et les musiciens furent tués, et cachés sous un lac qui était près d’eux. Il y avait un arbre sous le lac, et ils furent liés sous l’arbre avec leurs harpes sur eux, eux-mêmes dépouillés, car ils ne voulaient pas qu’ils fussent connus.

23 Longtemps le roi crut ses musiciens partis. Il envoya des messagers à leur recherche, et ni vif ni mort d’entre eux ne fut trouvé. Le roi alla à Ciaran pour apprendre ce qui était advenu de ses musiciens, car il était sûr qu’il était un prophète du ciel et de la terre. Et Ciaran lui révéla tout ce qu’il lui demandait ; et Ciaran alla devant le roi jusqu’à ce lac, et fit veille en croix et ardente prière à Dieu, de sorte que le lac se dessécha, et il fut manifeste à tous comment ils étaient liés fermement à l’arbre, comme nous l’avons dit auparavant.

24 Ciaran leur commanda de se lever du lac ; et ils se levèrent par la suite comme d’un sommeil, avec leurs harpes sur eux, après avoir été un mois sous le lac. De sorte que Loch na gCruitirigh [le lac des harpistes] est son nom encore. Et le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par ce miracle.

25 Une autre fois du roi sur le même circuit. Un chef de ses gens alla et tomba sur les porcs de Ciaran. Ils tuèrent un porc d’entre eux. Ils furent poursuivis comme ennemis, et un homme de dix d’entre eux fut tué pour le chef. Le roi et Mo Chuda allèrent à Ciaran, et lui dirent de venir avec eux visiter ces soldats qui avaient été tués, pour les amener à Ciaran lui-même afin d’être ensevelis.

26 Ils allèrent à eux, et ils étaient trop nombreux pour être portés. Ciaran dit : « Levez-vous, dit-il, en compagnie de votre roi, au nom de Dieu. » Ils se levèrent aussitôt d’entre les morts à la parole de Ciaran, avec le porc dans sa vie avec eux, et ils lui donnèrent leur service par la suite tant qu’ils vécurent ; et le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par ce miracle.

27 Un jour Ciaran alla dans un bois près de lui, et vit un haut fourré avec des mûres dessus. Il fit sur la branche un geste d’arrachement d’épine [?] de douce puissance, afin qu’elles durassent en toute saison chaque fois qu’on les demanderait. C’est alors que le roi de Munster se trouva en circuit à la maison de Concrad fils de Duach, roi d’Ossory ; et la reine lui donna son amour — Eithne Uathach ; car il n’y en avait pas de plus beau que ce Concrad ; et Eithne lui souffla sa pensée.

28 Concrad ne consentit pas à cela, car il ne voulait pas être coupable contre la reine. Alors voici ce que fit Eithne : elle prit sur elle un désir feint et une maladie, puisqu’elle n’avait pas le pouvoir d’aller. On le dit à Concrad, et il alla à Eithne pour apprendre ce qui l’affectait. Elle dit que rien ne lui ferait de bien à moins qu’elle n’eût des mûres, car elles avaient pris sa fantaisie, et elles seraient son remède et ses herbes de guérison pour sa maladie.

29 Concrad alla à Ciaran, et lui dit ce qu’Eithne lui avait dit. Ils allèrent tous deux aux mûres dont nous avons parlé auparavant, et les portèrent à Eithne, et elle en mangea ; et elles avaient l’odeur du vin et le goût du miel. Et elle fut guérie de tout désir et de toute maladie qui était sur elle ; et c’était la petite Pâque en ce temps.

30 Alors Eithne alla à Ciaran, et rendit grâces à Dieu et à Ciaran de sa délivrance du désir qui l’avait tenue ; et elle se confessa à lui, et le pria de la délivrer de tout danger qui viendrait sur elle. Ciaran dit : « Je ne puis te délivrer de la mort qui est devant toi ; car une bataille sera livrée entre les hommes de Munster et de Leinster, et tu tomberas, et ta fille, et le roi de Munster en elle ; et vous aurez le royaume des cieux par la suite. » Et tout ce que Ciaran dit fut accompli ; car Aengus fils de Nadfraech tomba à la bataille de Cell Osnad par les hommes de Leinster, comme Ciaran l’avait prophétisé.

31 Une autre fois il y eut une assemblée de Munster et de Leinster attendant la venue de Patrick vers eux pour le baptême et la prédication de la parole de Dieu, près de Ciaran. Ils n’avaient pas de moyen de nourrir cette multitude après la prédication, et Ciaran entreprit de les rassasier au nom de Dieu et de Patrick.

32 Ciaran commanda à son cuisinier de les servir. Le cuisinier dit qu’ils ne pouvaient obtenir de provision ; « car la multitude est proche, et il n’y a que sept bœufs avec moi ; et il n’y a pas de secours du premier homme d’entre eux en cela. » « Que les sept bœufs soient bouillis par toi, dit Ciaran, car il n’était pas plus facile pour Jésus de rassasier cinq mille avec les cinq pains et les deux poissons que nous avec ces sept bœufs qui sont tiens. » Ce fut vrai : il rassasia ce qui était là, de sorte que chaque homme eut sa saoulée. Et il bénit le puits par la suite, de sorte que quiconque en buvait avait le goût du miel ou du vin, de sorte que les troupes furent ivres après leur saoulée. Et le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par ce miracle.

33 Une autre fois le roi de Tara se trouva en expédition guerrière dans le Munster ; et les hommes de Munster se rassemblèrent contre lui, de sorte qu’ils furent poitrine contre poitrine dans l’Éile du nord. Il pria Dieu de l’aider, et il s’éleva un bois puissant entre eux et une rivière de haute crue, Brosnach son nom ; et elle demeure là encore.

34 Et les bataillons se séparèrent l’un de l’autre. Les hommes de Tara s’en allèrent à leurs demeures ; et les hommes de Munster demeurèrent en ce lieu attendant Oilioll roi de Cashel. Ciaran lui envoya un bœuf et un porc, et les bénit, de sorte qu’ils furent suffisance pour les troupes ; et chaque homme en eut son reste le lendemain. Et le nom de Dieu et celui de Ciaran furent magnifiés par là.

35 Ciaran avait une coutume avec ses moines d’aller au port qu’ils avaient, pour venir chaque jour de Noël prendre la communion de la main de Ciaran. Il avait une nourrice, Cuinche son nom, et elle était à Ros Benchuir dans le sud du Leinster. C’était une pieuse veuve. Ciaran avait coutume d’aller à elle, après la messe de la Nativité à Saighir, à Ros Benchuir, et elle prenait la communion de sa main le lendemain, et il serait à la messe à Saighir le même jour, bien que ce fût loin entre eux.

36 Et il avait coutume d’aller prier avec Cuinche sur un rocher de marée qui était dans la mer au milieu des vagues au sud de Ros Benchuir ; de sorte que Carrach Chuinchi [le rocher de Cuinche] est son nom depuis lors. Et il avait coutume de venir à Saighir le même jour ; et l’on ne sait comment il le faisait, sinon que c’était une ombrée angélique de la Trinité qui le portait.

37 Or il y avait une femme honorable près de Ciaran, Eichill son nom. Cette femme tomba par-dessus une falaise, de sorte qu’il n’y avait pas un os entier en elle. Cela fut lamenté à Ciaran. Il alla à elle et lui dit : « Lève-toi, dit-il, au nom de la Trinité. » La femme se leva aussitôt d’entre les morts à la parole de Ciaran, et rendit grâces à Dieu et à Ciaran ; et elle lui donna une terre, Leim Eichille [le saut d’Eichill].

38 Un voleur alla vers l’ouest par-dessus Sliab Bladma et vola une vache à Ciaran. Une grande brume et une obscurité tombèrent sur lui, et un courant de forte crue, de sorte qu’il fut noyé, et la vache revint de nouveau à Ciaran.

39 Or il y avait des intendants du roi d’Irlande qui levaient son tribut en tout lieu. Il advint à l’un d’eux de tuer un ami de Ciaran sans qu’il eût de faute, sinon pour la violence de son maître. Cronan était le nom du jeune homme. Ces nouvelles parvinrent à Ciaran ; et il alla en quête du jeune homme, et le trouva au bout de sept jours après sa mort. Et il le ressuscita aussitôt avec l’aide de Dieu. Et Ciaran dit au roi d’Éile : « Prenez l’homme maudit qui est là ; et brûlez-le donc pour le mal qu’il fit sans cause. » Et il en fut fait ainsi.

40 Alors le roi d’Irlande, Oilioll Molt, fut irrité contre Ciaran pour la mort de son officier, et lui fit des reproches en paroles. Dieu mit un étouffement sur sa parole, de sorte qu’il fut sept jours sans parler. Alors le roi alla à Ciaran, et fit veille en croix devant lui, et lui donna sa pleine obéissance. Ciaran fit le signe de la croix sur sa bouche, et il parla par la suite comme il était auparavant ; et ils se séparèrent par la suite en paix et amitié, le roi et Ciaran.

41 L’évêque Germain vint de la part de Patrick en visite à Ciaran. Ils allèrent ensemble au ruisseau pour dire leurs prières, comme était la coutume de Ciaran. Germain ne pouvait endurer l’eau pour sa froideur. Ciaran s’aperçut de cela en lui ; et fit le signe de la croix avec sa crosse sur le ruisseau, de sorte qu’il fut chaud pour Germain par la suite.

42 Alors Ciaran dit : « Un fils de roi de Cashel viendra de là, Carthach, demain à nous, et un cher filleul il m’est. Et prends, dit-il, le poisson qui passe près de toi. » Germain fit comme Ciaran lui dit, et eut un poisson prêt pour Carthach le lendemain. Carthach vint comme Ciaran l’avait promis, et se confessa à lui ; et il reçut son amitié d’âme, et partit par la suite quand il eut fait sa visite et accompli sa pénitence avec bénédiction.

43 Il y avait un roi miséricordieux près de Clonmacnoise. Il donna tous ses biens à Ciaran de Cluain à garder. Ciaran les distribua aux pauvres de Dieu et aux saintes églises par la suite. Ils furent redemandés au roi de nouveau, et ils ne furent pas trouvés avec lui. Il en fit reproche à Ciaran, et le lia ; et dit qu’il ne prendrait rien sinon sept vaches blanches aux oreilles rouges pour eux. « Dieu le peut, dit Ciaran, et délie mes liens que j’aille en quête d’elles. » Ses liens furent déliés ; et il alla à Ciaran de Saighir.

44 Brendan était avant lui là. Ils prirent une grande joie et allégresse à Ciaran de Cluain. Ciaran de Saighir demanda à son cuisinier quel repas il aurait pour ces très grands saints. « Il n’y en a pas, dit le cuisinier, sinon du lard seulement, et il est maigre. » « Qu’il soit apporté vite, dit Ciaran, dans le réfectoire. » Il en fut fait ainsi. Ciaran le bénit, et il vint du miel et du vin et de l’huile et du bouillon pour eux par la suite. Et un moine d’entre eux dit qu’il ne mangerait rien d’eux, car c’était du lard qu’ils étaient faits. Ciaran répondit : « tu quitteras tes sens, dit-il, et mangeras de la chair en Carême et feras tout mal, et n’auras pas le ciel à la fin. »

45 Ils mangèrent leur repas, et rendirent grâces par la suite, et Ciaran de Cluain dit : « Il y aura abondance de richesses et de bétail en ce lieu pour toujours. » « Il y aura la grâce de la sagesse et de la piété sur ta demeure toujours », dit Ciaran de Saighir. Ciaran de Cluain dit sa mission. « Allons en quête d’elles », dit Ciaran de Saighir, et dit Brendan.

46 Ils allèrent, et ne marchèrent pas longtemps que Dieu pourvut pour eux. Et Ciaran de Cluain offrit au roi pour son trésor. Et quand elles furent données au roi, elles se fondirent toutes et se réduisirent à rien. Quand le roi vit cela, il s’agenouilla devant Ciaran et pria Dieu de lui pardonner cette faute ; et tous ses biens furent remis à Ciaran, et ils furent en paix par la suite.

47 Il y avait un homme riche à Clonmacnoise, et il connaissait beaucoup de maux — Trichem son nom. Il alla à Ciaran de Saighir. Ciaran avait un feu pascal non éteint d’une Pâque à l’autre. Trichem éteignit le feu. « Il t’est mal advenu, démon, dit Ciaran, d’éteindre le feu ; et nous n’aurons pas de feu jusqu’à la prochaine Pâque à moins qu’il ne vienne du ciel. Et tu mourras aussitôt ; et ce sont des loups qui mangeront ton corps », dit Ciaran ; et ce fut accompli.

48 Cela fut révélé à Ciaran de Cluain, et il vint à Saighir. Ciaran l’accueillit ; et quand il vit qu’il n’avait pas de feu pour préparer la nourriture de ces anciens, il leva ses mains au ciel et pria le Seigneur que le feu pût lui venir. Une étincelle de feu tomba en sa présence, et par elle leur repas fut cuit et mis devant eux.

49 Ciaran de Cluain dit : « Je ne mangerai pas la nourriture, dit-il, jusqu’à ce qu’un fils de la maison me soit donné. » « Nous connaissions ta mission, dit Ciaran de Saighir, et il est ma volonté, si c’est la volonté de Dieu, que cet homme te vienne entier. » Il vint alors à la parole de Ciaran, et mangea avec eux, et va de là avec Ciaran à Cluain, et abandonna la diablerie qui était en lui par la suite.

50 Une fois Ruadan de Lorrha vint en visite à Ciaran. Le diable vint et éteignit le feu de Ciaran. Quand Ciaran vit cela, il bénit une grande pierre, de sorte qu’un souffle de feu en vint et s’alluma dans sa main en présence de Ruadan pour le réchauffer.

51 Après cela l’intendant apporta un vase de lait nouveau aux clercs. Le diable vient et répandit le lait et brisa le vase. Le vase est apporté à Ciaran, et il fit le signe de la croix sur lui, et il fut entier par la suite avec sa pleine mesure de lait nouveau en lui.

52 Quand ses derniers jours vinrent à Ciaran, il connut lui-même le temps de sa mort, et il demanda trois grâces à Dieu avant sa mort. L’ange vient à lui et lui dit qu’il aurait tout ce qu’il demandait. « Quiconque, dit-il, sera enseveli dans mon cimetière — la porte de l’enfer ne sera pas fermée sur lui » ; et quiconque donnerait honneur ou révérence à sa fête aurait la victoire de la grâce et des richesses dans ce présent monde et le royaume des cieux au-delà. Et la victoire de la bataille pour les hommes d’Ossory, et qu’ils ne soient jamais chassés de leur propre terre à jamais. Car ils étaient les siens depuis le commencement.

53 Or il vint à l’esprit de Finnen de Clonard que les derniers jours de Ciaran venaient. Finnen alla le visiter, car il était son maître ; car c’était avec lui qu’il lisait ses psaumes et toute sorte d’enseignement qu’il avait ; et la plupart des saints d’Irlande venaient à lui, car il était le maître de la plupart d’entre eux.

54 Il y avait trente évêques avec lui qui avaient étudié sous lui, et il donna les ordres de prêtre à chacun d’eux. Et Ciaran alla devant tous dans le cimetière à l’heure de sa mort ; et reçut la communion et le sacrifice ; et une multitude d’anges vint à la rencontre de cette âme de Ciaran, et porta son esprit avec eux au ciel après la victoire du jeûne et de la repentance, et après avoir remporté la victoire sur le démon et le monde, dans la joie de la maison du ciel ;

55 et il fut enseveli le cinquième jour du mois de mars dans sa propre église à Saighir avec honneur et grande révérence auprès de Dieu et des hommes ; et bien que grand fût son honneur en ce jour de sa mort, qu’il soit plus grand au jour du jugement dans l’unité des neuf ordres du ciel, dans l’unité des apôtres et des disciples de Dieu, dans l’unité de la sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. J’implore la miséricorde de Dieu par l’intercession du saint Ciaran afin que nous puissions tous atteindre cette unité. In secula seculorum. Amen. FINIS.

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