1 Voici un récit de la généalogie de saint David et une esquisse de sa vie.
2 David était fils de Sandde, fils de Ceredig, fils de Cunedda, fils d’Edeyrn, fils de Padarn Beisrudd, fils de Deil, fils de Gwrddeil, fils de Dwfyn, fils de Gorddwfyn, fils d’Amgnod, fils d’Amweryd, fils d’Onwydd, fils de Perw, fils de Dwfn, fils d’Owain, fils d’Avallach, fils d’Eugen, fils d’Eirdolen, fils de la sœur de la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ.
3 Le roi Ceredig régna un certain nombre d’années, et de lui Ceredigion tira son nom ; et il eut un fils, dont le nom était Sant, ou Sandde. Tandis qu’il dormait, un ange lui apparut et dit : « Demain tu iras à la chasse et tu obtiendras trois choses près de la rivière Teifi : à savoir un cerf, un saumon, et un essaim d’abeilles dans un arbre au-dessus de la rivière, en un lieu maintenant appelé Henllan. Elles appartiendront à quelqu’un qui n’est pas encore né, et il possédera les deux lieux, à savoir Linhenllan et Liconiuancan, jusqu’au Jour du Jugement. » Alors Patrick vint dans la vallée de Rosina, appelée Glyn Rosyn, et se proposa d’y passer sa vie ; mais un ange vint à lui et dit : « Tu dois laisser ce lieu à quelqu’un qui n’est pas encore né. » Il se mit en colère et dit : « Pourquoi le Seigneur a-t-il traité son serviteur avec mépris, lui qui l’a servi avec crainte et amour, et a-t-il choisi avant lui quelqu’un qui n’est pas encore né, et qui ne naîtra pas avant trente ans ? »
4 Patrick donc se prépara à quitter ce lieu dans le Seigneur Christ, mais le Seigneur aimait grandement Patrick et envoya son ange pour le consoler. L’ange lui dit : « Patrick, réjouis-toi : le Seigneur m’a envoyé pour te montrer l’île d’Irlande depuis une station en Glyn Rosyn (maintenant appelée Eisteddva Padric, ou Station de Patrick). Tu seras apôtre dans l’île que tu vois, et tu y souffriras beaucoup pour l’amour de Dieu, mais Dieu sera avec toi en tout ce que tu feras. » Alors l’esprit de Patrick fut apaisé, et il laissa ce lieu à David. Un navire lui fut préparé dans le port, et il ressuscita des morts un homme qui avait été enseveli dans le marais là depuis quinze ans, dont le nom était Cruchier. Patrick alla en Irlande accompagné de cet homme, qui devint ensuite évêque.
5 Au bout de trente ans, le roi appelé Sandde marchait seul lorsque, voici, une religieuse le rencontra. Il la saisit et la viola, et elle devint enceinte. Son nom était Nonn, et elle enfanta un fils qui reçut le nom de David. Elle n’eut de mari ni avant ni après, et elle était chaste tant en esprit qu’en acte. Le premier miracle que David accomplit après qu’elle fut enceinte fut qu’elle ne prit aucune nourriture excepté pain et eau, et David ne goûta aucune autre nourriture. Le second miracle fut celui-ci : lorsque sa mère alla à l’église entendre saint Gildas prêcher, Gildas commença à prêcher mais ne put continuer. Il dit : « Sortez tous de l’église », puis tenta de prêcher de nouveau, mais ne put encore. Il demanda alors si quelqu’un restait dans l’église outre lui-même. « Je suis là, dit la religieuse, entre la porte et la cloison. » « Sors, dit le saint, et demande à toute la paroisse d’entrer. » Ils vinrent tous, et alors le saint prêcha clairement et hautement. Ensuite la paroisse lui demanda : « Pourquoi ne pouvais-tu pas nous prêcher il y a peu, lorsque nous étions désireux de t’entendre ? » « Fais entrer, dit le saint, la religieuse que j’ai fait sortir tout à l’heure. » « Me voici », dit Nonn. Alors Gildas dit : « L’enfant dans le sein de cette religieuse a de plus grands dons, grâce et dignité que moi, car Dieu lui-même lui a donné le privilège et l’autorité suprême sur tous les saints du pays de Galles pour toujours, tant avant le Jour du Jugement qu’après. C’est pourquoi, dit-il, il n’y a pas moyen pour moi de demeurer ici plus longtemps à cause de l’enfant de cette religieuse, à qui le Seigneur a donné la suprême domination sur tout le peuple de cette île ; je dois aller vers une autre île et laisser celle-ci à l’enfant. »
6 Un autre miracle fut accompli par David à l’heure de sa naissance. Il vint du tonnerre et des éclairs, et une pierre en face de la tête de Nonn se fendit en deux parties, et une moitié sauta par-dessus sa tête jusqu’à ses pieds tandis qu’elle accouchait. David accomplit un autre miracle lorsqu’il fut baptisé : une source jaillit du sol là où aucune source n’avait existé auparavant, et un aveugle qui tenait David à son baptême reçut la vue à ce moment. L’aveugle savait que l’enfant qu’il tenait pour être baptisé était plein de la grâce de Dieu, et il prit l’eau baptismale et s’en lava le visage. Depuis sa naissance l’aveugle avait gardé son visage couvert, et lorsqu’il reçut la vue il fit que tous ceux qui lui appartenaient louassent Dieu comme ils le devaient.
7 Le lieu où David fut éduqué s’appelait le Vieux Buisson, qui en gallois est Yr Henllwyn. Là il fut enseigné aux Psaumes, aux leçons et aux prières publiques ; et là ses disciples virent une colombe au bec d’or l’instruire et jouer autour de lui. De là David alla vers un maître appelé Paulinus, qui avait été disciple d’un évêque à Rome, et il enseigna David jusqu’à ce qu’il devînt lui-même maître. Il advint alors que le maître de David perdit la vue par une douleur sévère des yeux. Il convoqua tous ses disciples afin de recevoir d’eux un remède pour ses yeux, mais nul ne put l’aider. Enfin il appela David et lui dit : « David, regarde mes yeux, car ils me font mal. » « Seigneur et maître, répondit-il, ne me commande pas de regarder tes yeux, car dans les dix ans depuis que je suis venu vers toi pour être enseigné, je n’ai pas encore regardé ton visage. » Le maître, considérant cela et admirant sa pudeur, dit au jeune homme : « Puisqu’il en est ainsi, mets ta main sur mon visage et bénis mes yeux, et je serai guéri. » Lorsque David posa ses mains sur ses yeux, ils furent complètement restaurés. Alors Paulinus bénit David de toute bénédiction trouvée dans l’Ancien et le Nouveau Testament.
8 Alors un ange vint à Paulinus et lui dit ainsi : « Le temps est maintenant venu pour David de partir d’ici, pour accomplir les choses que Dieu lui a destinées à faire. » David vint alors à Glastonbury, et là il bâtit une église. Il vint en un lieu où l’eau était pleine de poison, et il la bénit, et fit qu’elle devînt chaude jusqu’au Jour du Jugement ; et elle fut appelée les Bains Chauds. David vint alors à Cowlan et à Repicwn, et de là à Collan et Glasgwm. Ensuite il bâtit Leominster sur les rives de la Severn, puis guérit Bebrawc, roi d’Erging, qui était aveugle. Il bâtit alors une église à Gwent en un lieu appelé Raglan, et ensuite en bâtit une autre en un lieu appelé Llangyfelach à Gower. Il y avait deux saints à Kidwelly, nommés Bonducat et Nailtrim, qui devinrent disciples de David.
9 De là David retourna au lieu appelé le Vieux Buisson, où il y avait un évêque nommé Gweslan, qui était un frère dans la foi pour David. David lui dit : « Un ange du Seigneur m’a dit qu’à peine un sur cent de ce lieu entrera dans le royaume des cieux, et il m’a montré un autre lieu, duquel nul n’irait en enfer, s’il avait foi et croyance en lui ; et de ceux qui sont ensevelis dans le cimetière de ce lieu, nul n’ira en enfer. » Un certain jour David et ses disciples, à savoir Aedan, Eliud et Ismael, avec beaucoup d’autres, vinrent au lieu que Dieu leur avait montré, à savoir en Glyn Rosyn, dont le nom était Hodnant. Le premier lieu sous le ciel où ils allumèrent un feu fut là ; et lorsqu’ils allumèrent le feu tôt le matin, une fumée s’éleva qui entoura toute l’île et une grande partie de l’Irlande, et elle demeura du petit matin jusqu’à l’heure de l’office du soir.
10 Alors le prince appelé Boya et les Scots virent la fumée, et dans sa colère il demeura sur un haut rocher du matin jusqu’à l’heure de l’office du soir, sans nourriture ni boisson. Sa femme vint à lui là et lui demanda pourquoi il ne prendrait ni nourriture ni boisson. « En vérité, dit-il, je suis affligé et en colère à cause de la fumée que j’ai vue aujourd’hui s’élever en Hodnant et entourer beaucoup d’établissements. L’homme qui a allumé ce feu, dit-il, possédera et parcourra le chemin que la fumée a suivi. » Sa femme lui dit : « Tu es fou ; lève-toi, prends tes hommes avec toi, et tue quiconque a allumé ce feu sur ta terre sans ton consentement. »
11 Alors Boya vint avec ses écuyers, ayant l’intention de tuer David et ses disciples. Lorsqu’ils atteignirent la partie du pays où David était, ils furent saisis de tremblement et ne purent faire aucun mal ni à David ni à ses disciples, excepté de les railler, proférer des paroles de mépris, et retourner chez eux. Comme ils le faisaient, la femme de Boya les rencontra et dit : « Notre pâtre m’a dit que tout notre bétail est mort — vaches, bœufs, chevaux et brebis — et qu’ils gisent tous morts les yeux ouverts, hurlant, criant et gémissant. » Alors Boya, sa femme et leur maison dirent : « Le saint que nous avons raillé a fait cela », et ils furent avisés de prier le saint et de lui demander d’accorder ce que lui et sa famille désiraient. Boya donna alors Hodnant à David pour toujours. Boya et sa famille retournèrent chez eux, et lorsqu’ils arrivèrent ils trouvèrent leur bétail vivant et bien portant.
12 Alors la femme de Boya dit à ses servantes : « Allez à la rivière près du saint, ôtez vos vêtements, et lorsque vous serez nues parlez-leur des paroles indécentes et impudiques. » Les disciples de David pouvaient à peine endurer une telle impudeur, et ils lui dirent : « Quittons ce lieu ; nous ne pouvons supporter cela, ni regarder ces femmes méchantes. » Alors le saint dit : « Ne serait-il pas meilleur pour nous de leur commander de nous laisser le lieu ? » Et David et ses disciples demeurèrent là cette nuit jusqu’au jour suivant.
13 Le jour suivant la femme de Boya dit à sa belle-fille : « Lève-toi, fille, et nous irons à Twyn Alun cueillir des noisettes. » La fille dit à sa belle-mère : « Je suis prête à aller. » Elles marchèrent et allèrent au fond de la vallée, et lorsqu’elles y arrivèrent la belle-mère dit à sa belle-fille : « Pose ta tête sur mes genoux, afin que je te tranche la tête. » La chaste jeune fille posa sa tête sur les genoux de sa belle-mère, et elle tira son couteau et trancha la tête de la sainte fille. En face du lieu où le sang tomba à terre une source jaillit, et beaucoup de gens y reçurent la santé et furent guéris ; et jusqu’à ce jour cette source est appelée le Puits de Dunawd, car Dunawd était le nom de la jeune fille. Alors la méchante belle-mère s’en alla, et nul au monde ne sut quelle sorte de mort l’emporta ensuite.
14 Boya retourna alors à ses voies mauvaises, mais David et ses disciples se réjouirent. Boya eut ensuite l’intention de tuer David et ses disciples ; mais très peu après, le matin suivant, un ennemi de Boya vint à la tour où il dormait, et trouvant les portes ouvertes, trancha la tête de Boya tandis qu’il gisait dans son lit.
15 Aussitôt un feu descendit du ciel et brûla tous les bâtiments jusqu’au sol. Qu’il soit connu de tous que le Seigneur Dieu tua Boya le gouverneur et sa femme à cause de David. David bâtissait en Glyn Hodnant, et il n’y avait pas d’eau là excepté un petit ruisseau. David pria le Seigneur, et aussitôt une source claire s’éleva ; et tandis que David demeurait en Glyn Hodnant cette source coulait de vin, de sorte que durant toute sa vie il ne fut jamais sans bon vin. C’était un don convenable de Dieu pour un homme d’une telle valeur.
16 Ensuite l’évêque Gweslan, frère dans la foi de David, et un disciple de David appelé Eliud, jeûnèrent tous deux et prièrent Dieu pour de l’eau pure, car il n’y en avait pas dans l’établissement à cause de la sécheresse de la saison. Ils obtinrent de Dieu deux sources, lesquelles jusqu’à ce jour sont appelées le Puits de Gweslan et le Puits d’Eliud. Les perclus, les aveugles et les malades ont reçu la guérison de ces deux sources.
17 Au milieu de ces événements, Aedan priait dans sa propre église dans l’établissement de Gwerwin à la veille même de Pâques. Il vit un ange du Seigneur venir à lui, qui dit : « Sais-tu, homme bon et béni, ce qui se prépare pour saint David, ton maître, en Glyn Rosyn ? » « Je ne le sais », dit Aedan. Alors l’ange dit : « Il est certain que trois membres du monastère agissent traîtreusement, ayant l’intention de mettre du poison dans du pain et de lui donner ce pain à manger demain. Envoie donc un messager à ton maître et avertis-le de se garder du pain qui contient du poison. »
18 Alors le saint s’affligea et pleura. « Seigneur, dit-il, comment pourrai-je envoyer un messager là-bas ? Le temps est si court, et il n’y a pas de navire à avoir. » « Envoie, dit l’ange, ton compagnon de discipline, à savoir Scuthyn, au bord de la mer, et je lui permettrai de traverser. » Alors Scuthyn fit volontiers ce qu’on lui commanda de faire. Il alla au bord de la mer et marcha dans l’eau jusqu’à ce qu’elle lui atteignît les genoux, et soudain une créature marine sortit de l’eau et le prit sur son dos ; le portant à travers, elle le déposa de l’autre côté. À midi le jour de Pâques il était avec son maître.
19 Comme David sortait de l’église, après avoir dit la messe et prêché à tous les frères, il vit le messager, qui le rencontra en un lieu appelé Bed Yscolan. David le salua joyeusement, le prit par la main, et demanda comment se portait son disciple saint Aedan. Lorsque le messager lui eut tout dit concernant l’état d’Aedan, il tira David de côté et livra son message, et raconta comment et ce que l’ange avait dit à saint Aedan. David alors devint silencieux et pensif, et rendit de grandes grâces à Dieu. Il retourna au monastère, et lorsqu’ils furent tous assis comme il convenait, et que la bénédiction eut été dite, le diacre se leva pour servir David du pain empoisonné. Alors Scuthyn se leva et dit : « Tu ne serviras pas aujourd’hui ; je serai le serviteur aujourd’hui. »
20 Alors il alla et, s’étant assis, fut regardé avec étonnement. David prit le pain empoisonné et le divisa en trois parts. Une part il la donna à une chienne qui se tenait dehors près de la porte ; et lorsque la chienne goûta le pain elle mourut, et son poil tomba aussitôt de sorte qu’on le vit, et la peau qui la couvrait se creva, et toutes ses entrailles tombèrent à terre. Lorsque tous les frères virent cela, ils furent grandement étonnés. David envoya la seconde part du pain à un corbeau qui gisait dans son nid dans un frêne appartenant au monastère, de l’autre côté de la rivière au sud ; et lorsque le corbeau prit le pain dans son bec, il tomba mort de l’arbre à terre. La troisième part du pain empoisonné, David la prit lui-même ; il la bénit et la mangea, et il fit que tous les frères le regardassent, et ils s’émerveillèrent grandement et furent remplis de crainte pour David.
21 David rapporta alors toute l’affaire aux frères, à savoir qu’un trompeur avait tenté de l’empoisonner ; et tous les frères prononcèrent une malédiction sur ces hommes, et alors le Père céleste ordonna qu’ils ne recevraient pas une part éternelle dans le royaume des cieux.
22 Après que la foi et la croyance eurent été confirmées dans cette île, tous les ouvriers spirituels du pays se rassemblèrent à la porte du synode de Brevi. Évêques, docteurs, clercs, rois, princes, comtes, barons, nobles, écuyers, avocats, et une multitude sans nombre furent rassemblés au Synode de Brevi. À cette réunion il fut convenu que quiconque des saints prêcherait au synode de sorte que la grande multitude dans son ensemble pût l’entendre serait souverain sur les saints de l’île de Bretagne. Les saints commencèrent donc à prêcher, chacun à son tour ; et quelqu’un parla au nom de l’assemblée tout entière, disant : « Une centième partie de cette congrégation ne peut entendre aucune portion de votre prédication ; vous labourez tous en vain. » Alors les saints se dirent l’un à l’autre : « Il n’y en a pas un de nous qui puisse prêcher à tant de gens. Nous avons tous essayé à tour de rôle, et nous voyons que nul n’a la capacité de prêcher à cette multitude. Voici, considérez, et enquérez-vous s’il y a quelqu’un qui soit digne et capable de prêcher à un si grand rassemblement. »
23 Alors saint Paulinus, un évêque âgé et saint, répondit : « Je connais, dit-il, un jeune homme beau et vertueux qui est toujours accompagné d’un ange. Je sais qu’il est éloquent et chaste, qu’il aime grandement Dieu et que Dieu l’aime, et qu’il est un faiseur de toutes les bonnes œuvres. Je sais moi-même qu’il a plus de la grâce de Dieu que quiconque dans cette île, et il est appelé saint David. Dès le commencement il reçut l’instruction qu’il devait avoir, et ensuite il fut instruit par moi dans les saintes Écritures, et il devint Docteur ; et dans son propre pays il fut ordonné archevêque. J’ai vu, dit-il, un ange venir à lui, l’appeler et le diriger à aller demeurer dans la terre que Dieu lui avait destinée, à savoir le royaume de Dyfed, c’est-à-dire Mynyw, au sud. Allez et appelez cet homme qui aime grandement Dieu et prêche dans le Christ, car je sais que Dieu lui a donné sa grâce. »
24 Les saints assemblés envoyèrent alors des messagers à la cité de Rubi, où saint David, le serviteur de Dieu, priait et enseignait. Lorsqu’il entendit le but de leur mission, il leur fit cette réponse : « Je n’irai pas là-bas, dit-il, car je préfère prier Dieu ici ; mais allez vous autres, dit-il, dans la paix et l’amour de Dieu. » Une seconde fois les saints invitèrent saint David, et il retourna la même réponse qu’auparavant. La troisième fois, d’un commun accord, tous les saints envoyèrent à David comme messagers les deux principaux saints qui étaient présents, à savoir Deiniol et Dubricius. La nuit avant qu’ils vinssent à David, il dit à ses disciples : « Mes fils, sachez que deux messagers viendront ici demain ; allez à la mer pêcher du poisson, et apportez de l’eau claire ici de la source. » Les messagers vinrent le jour qu’il avait prédit, et lui et ses disciples préparèrent un dîner pour les saints, mettant devant eux une abondance de poisson et de l’eau de la source, qui devint du vin pour eux. David leur dit : « Mangez, mes frères, et soyez joyeux. »
25 Alors les deux saints lui dirent : « Nous ne prendrons ni nourriture ni boisson à moins que tu ne viennes avec nous au grand et merveilleux synode, où il y a une multitude sans nombre qui t’attend. Hâte-toi donc d’aller avec nous, pour l’amour de Dieu et pour la bénédiction des saints, à moins que tu ne souhaites encourir leur malédiction. » Alors David dit : « J’irai, pour l’amour de Dieu, vers ceux qui sont assemblés là ; mais ce que vous désirez de moi, je ne puis l’accomplir. Néanmoins, j’irai avec vous au synode, et vous devez prier le Père suprême de donner son aide à nous pauvres créatures ; et je vous prie, frères, de prendre part à la nourriture et au breuvage qui nous ont été bénignement et charitablement donnés du ciel. »
26 Ensuite David alla avec les messagers au synode de Brevi ; mais avant qu’il n’atteignît l’assemblée, ils virent une femme venir à leur rencontre dont le fils unique était mort, et elle pleurait et se lamentait. Lorsque David la vit dans cet état, il s’arrêta et demanda aux messagers de poursuivre devant lui. La femme affligée, ayant entendu la renommée de David, tomba à genoux et lui dit que son fils unique était mort. David eut compassion d’elle et alla avec elle au lieu où son fils gisait mort sur les rives de la rivière appelée le Teifi. Lorsqu’il vint à la maison où le corps du jeune homme gisait, il pria le Seigneur, disant : « Ô Seigneur Dieu, qui es descendu dans ce monde du sein du Père pour nous misérables pécheurs, et pour nous racheter de la bouche de l’antique ennemi, aie pitié, Seigneur, de cette femme veuve, et rends-lui son fils unique vivant, son âme restaurée, afin que ton nom soit magnifié dans toute la terre. » Lorsque David eut achevé sa prière, le jeune homme se leva en parfaite santé, comme s’il s’était simplement éveillé du sommeil. David le prit par la main droite tandis qu’il se levait et le rendit sain et sauf à sa mère. Le jeune homme qui avait été ressuscité des morts suivit David de ce lieu en esprit et en acte, et pendant de nombreuses années demeura avec lui, servant Dieu.
27 David poursuivit alors avec les messagers des saints vers le lieu où ils l’attendaient. Lorsqu’il arriva, tous les saints se levèrent à sa rencontre ; et lorsqu’ils le virent, ils le saluèrent, tombèrent à genoux, et le supplièrent de prêcher. Ils se proposèrent de le mener au sommet d’une haute colline, où la prédication avait auparavant eu lieu. Pendant quelque temps il s’excusa, disant qu’il n’osait pas, et qu’il était incapable de faire ce qu’ils demandaient. Mais après avoir reçu d’eux une bénédiction générale, il consentit, bien qu’il refusât de monter au sommet de la colline, disant qu’il se tiendrait seulement sur le terrain plat.
28 David commença alors à prêcher de la loi du Christ et de l’Évangile, clairement comme le son d’une trompette, et nettement à chaque personne, de sorte qu’il fut entendu également par ceux qui étaient le plus loin et par ceux qui étaient le plus près de lui, de même que le soleil à midi est vu de tous. Cela remplit tous d’émerveillement. Comme David prêchait sur le terrain plat déjà mentionné, la terre s’éleva sous ses pieds en un haut tertre, et tout le peuple de cette assemblée le vit ; et il demeure jusqu’à ce jour une haute colline, visible de tous, tandis que la terre autour est plate. Ce miracle et cette œuvre merveilleuse furent accomplis par Dieu pour David à Llanddewi Brefi.
29 Alors ils convinrent entre eux d’honorer David et de reconnaître unanimement qu’il était prince sur les saints de Bretagne, disant ainsi : « Comme Dieu a établi un maître dans la mer sur toutes les sortes de poissons, et comme Dieu a établi un maître sur la terre sur les oiseaux, ainsi il a établi David pour être maître sur les hommes dans ce monde. Et de même que Dieu a donné Matthieu en Judée, et Luc à Alexandrie, et le Christ à Jérusalem, et Pierre à Rome, et Martin en France, et Samson en Bretagne, ainsi il a donné saint David à l’île de Bretagne. »
30 C’est pourquoi saint David fut fait souverain et prince des saints de l’île de Bretagne à cause de sa prédication au grand synode à tout le peuple, puisque nul autre que lui n’était capable de leur prêcher. Ce jour-là tous les saints de cette île, et tous les rois, tombèrent à genoux pour rendre hommage à David, et ils accordèrent qu’il fût souverain des saints de l’île de Bretagne, comme il le méritait. Ce même jour David accorda privilèges et protection à tous ceux qui avaient commis un crime et s’étaient enfuis au sanctuaire de David. Voici le privilège de David pour quiconque est dans la cité de Rubi, dans le sanctuaire de David et sous sa protection du monde : il a permission de voyager de la Tywi à la Teifi en sûreté de tout tort mondain, et, qui plus est, il peut aller en sûreté de tout saint, roi et prince de cette île. Le privilège de David s’applique partout où une terre est consacrée à saint David, et nulle autorité n’est accordée à aucun roi, prince, évêque ou saint d’avoir la précédence en protection avant David, parce qu’il avait ce privilège avant tous les autres, et nul ne le posséda avant lui, puisqu’il fut établi par Dieu et par les hommes pour être souverain sur toute l’île. C’est pourquoi quiconque viola le privilège de saint David fut excommunié par les saints et exclu de la compagnie des rois.
31 Ensuite, comme David était le dernier mardi de février à écouter ses disciples servant Dieu, il entendit un ange lui parler et dire : « David, ce que tu as demandé il y a quelque temps au Seigneur Dieu est prêt pour toi quand tu voudras le recevoir. » Levant le visage, il se réjouit et dit : « Maintenant, ô Seigneur, prends ton serviteur dans ta paix. » Les disciples entendirent ce que tous deux avaient dit, furent grandement étonnés, et tombèrent comme morts ; et dans leur détresse ils entendirent une douce voix, et les plus suaves parfums remplirent la cité.
32 David parla alors hautement une seconde fois : « Seigneur Jésus-Christ, prends mon âme, et accorde que je ne vive plus au milieu de ces maux. » Après cela ils entendirent l’ange parler à David une seconde fois : « Saint David, prépare-toi pour le premier jour de mars, car ton Seigneur Jésus-Christ viendra avec neuf ordres d’anges du ciel avec lui, les plus beaux sur terre, à ta rencontre ; et il appellera à venir avec toi quiconque tu voudras, de clercs et de laïcs, des justes et des méchants, des jeunes et des vieux, des vierges et des prostituées, des Juifs et des Sarrasins, et les laissera avec toi. » Lorsque tous les frères entendirent cela, ils pleurèrent ensemble avec lamentation, hurlements et soupirs, et élevèrent leurs voix, disant : « Seigneur saint David, qui nous aidera dans notre douleur ? » David leur dit, pour les consoler et les encourager : « Mes frères, soyez toujours d’un même esprit, et tout ce que vous avez vu et entendu de moi, gardez-le, et cessez ce que vous faites. »
33 De ce jour jusqu’au huitième jour David ne sortit pas de l’église pour prêcher ou prier ; il est rapporté qu’un jour il alla avec l’ange dans toute cette île et l’Irlande. Comme l’ange avait dit : « Sache que dans la semaine qui vient ton maître saint David partira de ce monde vers le Seigneur », les saints de cette île et ceux d’Irlande furent vus venant ensemble de toutes parts pour visiter saint David. Qui pourrait supporter la lamentation des saints et les pleurs des ermites ; les docteurs avec leurs disciples criant : « Qui nous enseignera ? » la lamentation des clercs disant : « Qui nous aidera ? » le désespoir des rois disant : « Qui nous ordonnera ? Qui nous sera un père aussi miséricordieux que David l’était ? Qui priera le Seigneur pour nous ? » Les pauvres se plaignaient, les malades se lamentaient, et les moines, les jeunes gens, les mariés, les pénitents, les jeunes hommes et les jeunes filles, les fils et les filles, et les nouveau-nés au sein versaient tous des larmes. Que dire de plus, sinon qu’il y avait la même lamentation parmi tous : les rois pleurant leur frère, les vieillards pleurant leur fils, et les fils pleurant leur père.
34 Le dimanche David chanta la messe et prêcha au peuple ; une telle prédication ils n’en avaient jamais entendue auparavant, ni n’en entendraient jamais après lui. Nul n’avait jamais vu tant de gens rassemblés en un lieu que ceux qui étaient présents là.
35 Lorsque le sermon et la messe furent achevés, David prononça sa bénédiction sur tous ceux qui étaient présents. Après les avoir tous bénis, il parla ainsi : « Seigneurs, frères et sœurs, réjouissez-vous et gardez votre foi et votre croyance, et accomplissez les petites choses que vous avez entendues et vues avec moi ; et j’irai le chemin que nos pères ont parcouru. Soyez fermes tandis que vous êtes sur la terre, car vous ne me verrez plus dans ce monde. » Alors toute la multitude se leva avec lamentation, hurlements et pleurs, criant : « Hélas, que la terre ne nous engloutisse pas ! Hélas, que le feu ne vienne pas nous consumer ! Hélas, que la mer ne vienne pas sur la terre ! Hélas, que les montagnes ne tombent pas pour nous couvrir ! » Tous ceux qui étaient là se sentaient comme s’ils allaient mourir.
36 Du dimanche jusqu’au mercredi après la mort de David ils ne goûtèrent ni nourriture ni boisson, mais prièrent continuellement dans leur douleur. Le mardi soir, vers l’heure du chant du coq, une armée d’anges remplit la cité, et elle fut pleine de toute sorte de chant et de réjouissance. Au matin, voici, le Seigneur Jésus vint, et avec lui neuf ordres d’anges, ayant déposé sa majesté, et le soleil brillait sur toute l’armée céleste.
37 Ce mardi-là, le premier jour de mars, Jésus-Christ prit l’âme de saint David avec grande victoire, joie et honneur, après la faim et la soif, le froid et le labeur, le jeûne et l’aumône, l’affliction et le trouble, la tentation, et le souci du monde. Les anges portèrent son âme au lieu où il y a lumière sans fin, repos sans labeur, joie sans tristesse, abondance de tout bien, victoire, clarté et beauté : le lieu où louange est rendue aux champions du Christ et où les riches malfaiteurs sont méprisés ; le lieu où il y a santé sans douleur, jeunesse sans vieillesse, paix sans discorde, musique sans affliction, et récompenses sans fin.
38 C’est le lieu où Abel est avec les martyrs ; où Hénoch est avec les vivants ; où Noé est avec les marins ; où Abraham est avec les patriarches ; où Melchisédech est avec les prêtres ; où Job est avec les patients ; où Moïse est avec les princes ; où Aaron est avec les évêques ; où David est avec les rois ; où Ésaïe est avec les prophètes ; où Marie est avec les vierges ; où Pierre est avec les apôtres ; où Paul est avec les Grecs ; où Thomas est avec les Indiens ; où Jean est avec les hommes d’Asie ; où Matthieu est avec les hommes de Judée ; où Luc est avec les hommes d’Achaïe ; où Marc est avec les hommes d’Alexandrie ; où André est avec les hommes de Scythie ; où les anges et les archanges, les chérubins et les séraphins, et le Roi des rois sont aux siècles des siècles. Amen.
39 Et comme nous avons commémoré David dans sa vie et ses œuvres ici sur terre, puisse-t-il nous assister et nous fortifier efficacement devant notre vrai Créateur, afin que nous obtenions miséricorde ci-après. Amen.