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Les vies de saint Bavon, confesseur de Gand

·7897 mots·38 mins

Traduction en anglais britannique moderne. La source commence au milieu de la préface de l’éditeur.

La préface de l’éditeur (B. Krusch — la partie conservée, rendue en substance) #

…Que [le monastère] fût véritablement tenu par don du roi Dagobert ne peut être jugé, la charte étant perdue. Les deux monastères jouissaient de l’immunité et de la protection royales accordées par Charlemagne, qui vint à la rivière Escaut en 811 pour préparer la flotte et inspecter les navires au lieu appelé Gand. Tous deux furent commis au gouvernement de l’abbé laïc Einhard, peut-être par la libéralité de Louis le Pieux, qui à sa pétition confirma les privilèges des deux — celui de Blandinium en 815, celui de Saint-Bavon en 819. Ce dernier avait été consumé par le feu en 813 et l’autre aussi gisait désolé, si bien que le nouvel abbé ne trouva pas peu à restaurer. Tous deux étaient occupés par des clercs, non par des moines : le roi Charles renouvela les privilèges des « chanoines » de Saint-Bavon en 864, et sous l’abbé Einhard les clercs blandiniens étaient vingt-quatre, dont les noms — avec le prêtre-sacristain, le prêtre-doyen, six autres prêtres, deux diacres, deux sous-diacres et quatre clercs — souscrivirent sa charte praestaire de 829. L’homme, fameux de ses études littéraires et peut-être le premier parmi les savants compagnons de l’empereur — qui excella si fort par l’élégance de la parole sur la plupart de ses contemporains que leur barbarie en est presque oblitérée pour la postérité — tira de non petits stipendes des monastères que la grâce impériale lui avait amoncelés, et mit une grande diligence à les collecter ; les hommes de tribut établis à Saint-Bavon et à Blandinium en étaient encore mieux instruits que nous. Avant lui l’abbé et les frères de Blandinium avaient joui des biens du monastère en commun, les frères recevant de lui leurs stipendes — d’où ils souffraient souvent la disette. Étant un bon intendant, impatient de ce désordre, il divisa si bien les biens du ménage qu’il laissa aux frères une portion fixe à disposer à leur propre jugement, et partagea en deux les aumônes offertes au monastère. La table étant séparée, les frères ne pouvaient plus être frustrés de la nourriture quotidienne, et l’abbé tenait de même pour fixe ce qui lui restait, ne souffrant plus de diminution. Einhard, bien qu’il ne pût résider dans tous ses monastères, vivait parfois à Saint-Bavon — d’où à la demande des frères il envoya les reliques de ses martyrs Marcellinus et Pierre en 828. Ayant été sommé de suivre l’impératrice Judith à Compiègne, il tomba malade peu après et demanda — et obtint — la permission d’être porté par navire à Gand et d’y attendre le rétablissement auprès de son saint. À sa mort en 840 des temps nuageux se levèrent sur Saint-Bavon, que les raids des Normands réduisirent en cendres en 851.

[Sur la fête du saint (1er octobre) les martyrologes s’accordent ; Usuard lit « Au port de Gand, de saint Bavon le confesseur ». Le biographe raconte la conversion de Bavon par Amand, sa clôture dans une cellule au monastère, l’annonce de sa mort trois ans après sa conversion, mourant le 1er octobre.]

La vieille Vie fut écrite au commandement d’un certain abbé de Saint-Bavon à Gand, comme on peut le recueillir du prologue ; et Mabillon et les auteurs de l’Histoire littéraire jugèrent l’auteur presque contemporain quoique non contemporain de fait — Baillet l’assignant au huitième siècle. Le biographe supprima si bien le monastère fondé dans le château même — Saint-Bavon par opposition à Blandinium — qu’il adjugea même l’abbé Florbert aux Bavoniens, bien qu’il soit assez certain qu’il présidait l’autre maison ; il semble avoir eu surtout en vue la cellule du saint, qui se dressait près du chœur bavoniens et se montrait encore du temps de Jean de Thilrode. Mais ce qu’il narre de l’origine de ce monastère — qu’il était de clercs depuis les temps d’Amand et que Florbert fut institué abbé des clercs, d’où il attribue à Amand lui-même l’honneur de l’état clérical — ne peut avoir été dicté par un auteur ancien. Car comme il est certain que des chanoines résidaient dans ce monastère au neuvième siècle, il n’est pas moins certain que des monastères de clercs étaient inouïs en Gaule tout au long du septième, et que les instituts des chanoines ne passèrent des grandes églises dans les monastères avant que Chrodegang eût publié sa règle. Le saint lui-même — que le biographe fait d’abord un compagnon du monastère des clercs, puis un reclus dans une cellule — est appelé prêtre par Alcuin et évêque par Hraban ; d’où l’on peut conjecturer que la Vie que nous avons n’était disponible à aucun des deux. L’auteur cita des écrivains grecs et latins avec une telle abondance — quoique un peu confusément — que l’âge mérovingien est hors de question ; et le style, quelque peu laborieux et non partout aisé, est celui d’un homme si formé aux lettres qu’on en aurait à peine trouvé en Gaule avant la fin du neuvième siècle. Il amoncela des passages de la sainte Écriture pour étendre le texte. Son récit du séjour d’Amand au château de Gand et des temples détruits, il le prit, gardant quelques mots, de la vieille Vie d’Amand. La fin du patron il la décrivit — comme le savant W. Levison l’a noté — dans les mêmes mots que Sulpice usa pour Martin, dont il employa les lettres ; et le fameux passage d’où Mabillon déduisit sa contemporanéité il le copia mot pour mot des Dialogues de Grégoire. Le moine de cette même maison qui entreprit d’écrire les miracles du patron en trois livres, commençant depuis l’origine, cita et pilla à la fois le livre des actes de Bavon de la fin du dixième ou du début du onzième siècle ; et l’abbé Othelbold de Saint-Bavon (1019–1024) le cita dans sa lettre à la comtesse Otgiva — dans laquelle, énumérant les saints dont les corps y étaient contenus, il sema de nouvelles fables sur le saint : qu’il avait été comte du pays de Hasbanie et cousin de Gertrude.

Les clercs demeurant dans les monastères tout au long du Moyen Âge finissaient toujours de la même manière — expulsés pour avoir vécu trop lâchement, avec des moines donnés pour successeurs ; et les écrivains ultérieurs de saint Bavon supposèrent de même qu’après que l’église Saint-Pierre de Gand fut dédiée, des clercs furent institués, Bavon reçut la tonsure cléricale, et deux ans plus tard — les clercs écartés — une compagnie de moines fut rassemblée par Amand avec Florbert établi sur eux comme abbé. La mort du saint fut assignée à 629–631 par les annales médiévales — un calcul téméraire, puisque Gertrude la vierge, à qui son esprit apparut selon le biographe, ne naquit qu’en 626, comme J. Perier l’a justement objecté.

Tout ce qui survit d’écrit sur Bavon naquit des rivalités des deux monastères, Saint-Bavon et Blandinium, et porte une grave suspicion — les deux parties usant toujours de la même tromperie, soit supprimant l’autre monastère en silence, soit le datant après leur propre fondation par Amand. Ainsi l’ancien biographe du patron ne mentionne que le cénobium des clercs bâti dans le château de Gand même — c’est-à-dire Saint-Bavon — revendiquant l’abbé Florbert pour le sien. Et quand les Blandiniens voulurent aussi avoir été dans le même château, et que l’abbé Adalwin (986–995) l’eut attesté en termes exprès dans des lettres à un pénitent, Otvinus, abbé du monastère Saint-Pierre de Gand, se plaignant de l’ancienne discorde renouvelée, répondit qu’il ne connaissait d’autre château de Gand que celui sur l’Escaut où la Lys la joint — la nature de Blandinium étant tout autre. Dans cette conteste les documents furent adultérés ou forgés en une telle abondance qu’il serait long de les énumérer : il suffit de renvoyer le lecteur curieux à la savoureuse dissertation d’O. Holder-Egger, qui châtia de ses traits les fraudes commises dans les deux monastères. Cette seule chose je ne la passerai pas : que les Blandiniens progressèrent enfin si loin dans leurs calomnies qu’ils feignirent que le patron de leurs adversaires, noblement né — qu’ils avaient diligemment promu à la dignité de comte de Hasbanie — avait été converti par Amand d’un très impie pillard, « pour être tourmenté avec les plus infâmes insulteurs dans le feu et le soufre à jamais » [comme l’ont les annales blandiniennes interpolées].

Après que le village de Wintershoven dans le pays de Hasbanie eut été restitué au monastère de Saint-Bavon par l’empereur Otton II en 977, les moines ramenèrent chez eux en 980 les ossements du patron de ce lieu, Landoald de nom, et de ses compagnons. Dans cet intervalle un poète domestique décrivit les actes de Bavon en vers héroïques — « Fertur apud priscos mos hic viguisse poetas » — conscient de sa propre rusticité : « Cuius scribendam nunc audeo sumere Vitam / Carmine versifico, sed rusticitate repleto ». Cette Vie métrique de Bavon vit le jour avant la translation de Landoald, qui reposait alors encore dans la tombe à Wintershoven — « Cuius membra loco pausant feliciter illo, / Qui Curtis hiemis prisco stat nomine dictus ». Le poète joignit le nouveau saint à l’histoire du patron en faisant de la sœur de l’autre la mère de Bavon. Il appelle d’abord les habitants du monastère « clercs », puis les fait moines sous l’abbé Florbert.

De l’antiquité du château de Gand, et de l’origine et du nom du saint, traita l’auteur de l’œuvre métrique — un moine de Saint-Bavon, peut-être le même qui écrivit les Miracles. Il connut le premier les noms des parents : Eliolf le père et Adaltrud la mère.

Presque tout ce qui fut ajouté ensuite à la légende fut compris par celui qui retravailla en dernier la vieille Vie au commandement des frères de Gand — Thierry, abbé de Saint-Trond (1099–1107), tandis qu’il demeurait parmi eux comme moine expulsé par des discordes domestiques. Lui aussi excusa son ignorance de la grammaire, refusant de s’exiger une loquacité argumentative — s’estimant tenu de décrire les actes d’un soldat non par les règles de Donat et les arguments aristotéliciens. Voulant savoir beaucoup plus que ses prédécesseurs, il détermina la nativité du saint par les temps du pape, de l’empereur et du roi des Francs — qui s’accordent mal entre eux — et narra beaucoup des lieux où il vécut avant de retourner à son monastère. Puis il voulut que des moines succédassent aux clercs là sous l’abbé Florbert, et répéta d’autres choses ensuite excogitées — les noms des parents, et les compagnons Landoald avec Amantius. L’antiquité du château il la tira non seulement de la tradition fabuleuse mais cita de plus sûres preuves, suivant les pas de nos propres antiquaires — des choses déterrées des champs : « Nous, dit-il, recueillons justement l’antiquité du lieu des nombreuses preuves que nous avons vues trouvées là — des briques cuites de murs et des vaisseaux ; de plus — ce qui peut sembler merveilleux au lecteur — des chaussures de fer de sexe et d’âge variés et beaucoup de telles choses, qui contraignent facilement notre assentiment à l’antiquité ». La misérable condition des églises et des moines, dont lui-même avait été affligé, il la lamenta à la fin.

[Manuscrits énumérés : Université de Gand 308 (splendide codex du XIe s. de Saint-Bavon, contenant la vieille Vie, la lettre d’Otvinus, les Miracles, la Vie métrique et un hymne) ; Bruxelles 7460 (Valcelle, Bollandiste P 159) ; Cologne 163 (Saint-Jacques de Liège) ; Valenciennes 513 ; Paris 5327 (mutilé) ; Paris 5270 ; Bruxelles 9636-7 (Saint-Laurent près de Liège). Les familles de codex 1–2 contiennent aussi les Miracles ; la troisième classe en manque, ainsi que du prologue authentique. Éditions : Mabillon (1669), les Bollandistes Oct. I (1765 — imprimant aussi la Vie métrique et le livre de Thierry), l’Acta sanctorum Belgii de Ghesquière (1784) ; un texte abrégé dans un codex de Namur.] — B. Krusch.

Premier. Ici commence le prologue de la Vie de saint Bavon, confesseur du Christ #

Un homme vil et abject vous semblez à tous les peuples demander, et moi sans savoir vous cherchez à presser — un homme à travers les nations scythes et les terres parthes. Car nous lisons qu’Athènes fut la mère de tous les arts libéraux et des doctrines humaines, où jadis la connaissance de la langue latine florissait sous Pisistrate le fondateur, et d’où presque tous nos arts furent versés. Ni l’Hespérie ni Rome ni l’Ausonie, dis-je, ne m’ont tenu, ni engendré ou nourri, ni Tityrus ne m’a enseigné, ni je ne fus appuyé par les arguments d’Aristote, de Varron, de Démocrite, de Platon, de Démosthène et des autres docteurs : je suis pauvre d’esprit et sec dans le fleuve des paroles — un homme fort obtus, je le confesse. Le poids de mon obtusité me presse et me roule vers les profondeurs, puisque, vide de savoir, j’ose écrire ces choses de mon mieux d’une plume débile ; pourtant que les paroles de l’excellent maître, le prêtre Jérôme, soient notre exemple, par quoi nous puissions briser les pièges des détracteurs. Je confesse que je me réjouis, saint père, parce que vous n’avez pas souffert que mon esprit paresseux persistât, ni s’exultât de cœur malveillant, ni se vexât de malveillantes questions ; mais m’avez contraint, autant que ma langue inhabile le peut, à imiter les pas de tous les plus éloquents hommes. À vous, père, quoi que mon habileté ait conçu ou pu trouver je prendrai soin de l’exposer. Ne pensez pas que ma paresse s’enfle par là : en vérité il n’y a aucune calamité d’exaltation de soi dans les entrailles de ma tiédeur, mais l’humilité gît entièrement prostrée — puisque la hauteur du savoir ne demeure pas en nous. Votre sainteté m’est jointe en indivise affection et charité. Pourquoi dis-je tant de votre opportunité ? C’est pourquoi au sujet de l’homme de Dieu Allowin — à savoir saint Bavon — ce que vous avez jugé devoir être demandé, nous désirons, autant que nous le pouvons, accomplir votre volonté. Que le Seigneur de Ses serviteurs m’accorde — à moi le dernier d’entre eux — de me réjouir toujours de votre conversation, et avec le troupeau qui vous est commis et avec saint Bavon, qui est appelé de l’autre nom Allowin, de mériter le royaume des cieux.

Ici commence la Vie de saint Bavon, confesseur du Christ #

1 La promesse des bons enfants a coutume de briller non tant par la dignité de la naissance que par les mœurs — le Seigneur l’approuvant, qui a dit : « Laissez les petits enfants venir à Moi » ; et la Sagesse disant : « Abandonnez l’enfantillage et vivez, et marchez dans les voies de la prudence ». Si donc les œuvres d’un enfant sont pures et droites, son penchant peut être compris, comme on dit : « Comment le trouveras-tu dans la vieillesse, celui que tu n’as pas connu dans la jeunesse ? ». Et encore : « Reçois l’instruction et tu trouveras la sagesse ». Car toutes choses ne conviennent pas à tous les hommes. Nul ne peut rien recevoir à moins qu’il ne lui soit donné du ciel. Car tous ont péché et manquent de la gloire de Dieu. Et ce n’est ni de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Bienheureux ceux dont Dieu est l’espérance, et dont Il daigne enflammer et fortifier à la perfection les désirs — puisque ce qui est de Dieu ne peut être dissous, comme Il dit Lui-même : « Vous êtes Mes amis si vous faites ce que Je vous commande ». Car celui qui s’attache à un saint homme reçoit par l’assiduité des exemples de son œuvre par lesquels être embrasé à l’amour de la vérité. Il est très louable d’être bon parmi les bons, mais bien plus louable d’être bon parmi les méchants. Car la sainte Église est large dans le charnel, étroite dans le spirituel ; et c’est pourquoi non seulement les mœurs mais aussi la compagnie des méchants doivent être fuies. Car si tu es compagnon dans la conversation des bons, tu seras aussi partageant de leurs vertus. Je n’étendrai pas à une longueur ennuyeuse ce que je désire narrer de l’homme de Dieu — car une cité posée sur une colline ne peut être cachée, ni une lampe n’est allumée pour tous sinon pour luire dans la maison.

2 Allowin, donc — le nom qu’il reçut au saint baptême, lui que le vulgaire appelle Bavon — de noble souche, né de fameux parents dans le duché de Hasbanie, fut uni en mariage à une épouse, à savoir la fille du comte Adilio, de laquelle il engendra Agletrud — descendance digne de Dieu, vierge du Christ, sur les hochets de la première année de laquelle une voix envoyée au plus haut trône résonna : « Crois, dit-elle, créature ; par la parole de Dieu seule tu engendreras aussi des parents d’une plus grande souche — Lui qui fit l’un et l’autre ». Car au temps de sa jeunesse le bienheureux Bavon exerça la volonté du monde en perverses actions. Il était constant dans les choses basses et embrasé aux obscènes courbures des flancs ; mais, le Christ aidant, ce son continuel vice fut vite tourné en bonté. Dès ce temps aussi il ne méprisa pas les jugements de la loi mais évita la matière de tous les crimes ; il ne nuisit pas à sa parenté mais étendit plus largement la main aux pauvres ; il ne refusa pas la foi des amitiés mais la rechercha ; ni ne cultiva la fortune autant qu’il imita les vertus. Avec miséricorde il relevait les opprimés, se ressouvenant sans cesse qu’en tout culte de piété Dieu lui était propice — à lui pécheur — en ceci : qu’il s’efforçait de relever tous les injustement opprimés par Celui de qui le prophète dit : « Quand le juste tombe il ne sera pas meurtri, car le Seigneur met Sa main sous lui ».

3 Au même temps aussi mourut son épouse — à savoir la fille du comte Adilio, de laquelle il engendra Agletrud, comme il a été dit avant. Après qu’elle fut partie de cette lumière, il ne voulut prendre une autre épouse ; mais, la miséricorde du Seigneur l’inspirant, il rechercha Amand le très saint pontife pour la voie de la conversion. Demandant pardon en larmes, il se prosterna aux pieds du bienheureux pontife, confessant ses méfaits avec componction ; et parla avec lui de ses passions contraires, voulant faire pénitence de ses péchés les plus grands comme les moindres. Alors l’homme du Seigneur, Amand, portant le soin des âmes qu’il se hâtait de mener avec lui au royaume céleste, lui produisit les paroles des écritures par lesquelles il pût être gagné pour le Seigneur, disant ainsi : « Les vices doivent être prudemment ôtés, les choses cachées subtilement recherchées, les choses ouvertement connues tantôt doucement reprises et tantôt véhémentement repoussées. Je te fais connaître les paroles du Seigneur par lesquelles tu peux comprendre la vie éternelle. Le Seigneur a dit : ‘Quiconque donc Me confessera devant les hommes, Je le confesserai aussi devant Mon Père qui est aux cieux.’ Et ailleurs : ‘Si donc tu offres ton don à l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton don devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, et alors venant tu offriras ton don.’ Encore : ‘Amen Je vous le dis, vous pleurerez et vous lamenterez, mais le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie.’ Encore Il dit : ‘Toutes choses quoi que vous demandiez dans la prière en croyant, vous les recevrez.’ Et encore : ‘Veillez donc, priant en tout temps, afin que vous soyez tenus dignes de fuir toutes ces choses qui doivent advenir et de vous tenir devant le Fils de l’homme.’ ‘Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche.’ Et encore : ‘Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.’ Et : ‘Quiconque a quitté maisons ou terres, père ou mère, frères ou sœurs, fils ou filles pour Mon nom, recevra le centuple et possédera la vie éternelle.’ Et encore : ‘Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt Celui qui peut détruire et l’âme et le corps en enfer.’ ‘Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront ajoutées.’ ‘Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin du médecin, mais ceux qui sont mal.’ ‘Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs à la repentance.’ ‘Vends tout ce que tu as et donne aux pauvres, et viens, suis-Moi.’ »

4 Entendant donc ces divines paroles que le saint Amand lui avait annoncées selon la discipline évangélique, Allowin l’homme de Dieu — Dieu l’inspirant — tenant les richesses de ce monde pour une ombre passagère ou un foin qui se fane, distribua les facultés de ses domaines selon la loi aux lieux des saints et les donna aux pauvres, et retourna au susdit pontife qui demeurait dans le château nommé Gand. Dans ce même château l’antiquité avait jadis dressé de méchantes images et idoles, qui y étaient adorées par le peuple comme Dieu. Mais le susdit pontife de Dieu, y demeurant pour le nom du Christ, détruisit tous les temples, brisa les idoles et rappela tous à la sainte chrétienté. Et il fit bâtir là une basilique en l’honneur du bienheureux apôtre Pierre — laquelle, des reliques étant insérées, il consacra au très haut Seigneur avec un grand honneur ; dans laquelle Notre Seigneur Jésus-Christ accomplit ensuite beaucoup de vertus, donnant la vue aux aveugles, la marche aux boiteux, la sûreté aux paralysés, la santé aux malades. Et, Dieu y consentant aussi, un cénobium de clercs fut honorablement bâti dans le même château, où la louange est chantée à Dieu par les fidèles jour et nuit. Ces choses accomplies, le bienheureux confesseur Bavon, se prosternant avec la plus pleine dévotion dans ce même monastère devant l’oracle du temple du Seigneur, supplia que les cheveux de sa tête fussent coupés ; et ayant obtenu l’honneur de l’état clérical des mains du vénérable pontife Amand, il mérita de devenir un compagnon des apôtres. Il congédia les cheveux de sa tête et trouva la couronne de gloire ; il laissa les vêtements séculiers et reçut l’étole blanche ; il laissa la pompe de ce monde et fut vêtu de la cuirasse de la foi. C’est pourquoi aussi il fut rendu digne de la compagnie des anges.

5 Alors l’homme du Seigneur Amand partit prêcher la parole du Seigneur aux nations ; lui que le bienheureux Bavon suivit, afin d’être nourri de sa prédication. Et il brûlait excessivement en âme de boire et puiser la justice ; car Dieu avait soufflé dans son esprit une telle abondance qu’il se châtiait avec une grande lacération du corps et une alacrité d’esprit. Sans doute il se posait des blessures à lui-même, guérissant les maladies de l’âme, afin que faisant le bien il fût sûr au jour du Seigneur. Il surveillait chaque jour sa propre infirmité, de peur qu’il ne s’enorgueillît des vertus reçues — puisque pour la plupart le cœur du juste, bien que l’esprit profite grandement, peine pourtant parfois dans les actes charnels. C’est pourquoi il est besoin qu’ils recourent très souvent aux courants de la sainte écriture ; car comme la chair est nourrie d’aliments, ainsi l’homme intérieur est nourri de divines paroles. C’est pourquoi aussi le bienheureux Amand ne cessa de prêcher ces documents de foi qui suivent, les foules et saint Bavon l’entendant, disputant ainsi : « Celui qui veut être toujours avec Dieu, qu’il prie souvent ». Aussi : « Qu’est la vie présente sinon une vapeur apparaissant un peu ? Saisis la vie éternelle, à laquelle tu es appelé, et réjouis-toi que ton nom soit écrit au ciel. Prends les armes de la guerre, la cuirasse de la foi, et résiste aux pièges du diable par la puissance de Dieu. Rien n’est plus fort que celui qui a vaincu le diable, et rien plus faible que celui qui est vaincu par la chair. La vie de l’homme est une tentation ; c’est pourquoi les flèches du diable doivent être éteintes par l’office des vigiles, des jeûnes, de l’hospitalité et des aumônes. C’est donc une signalée vertu, née dans la chair, de ne pas vivre charnellement ; et en quoi la chair est usée, de là s’élèvent les accroissements des vertus spirituelles ». Quand donc l’homme de Dieu Bavon demanda au susdit pontife que licence lui fût donnée de faire le tour des monastères des athlètes du Christ — afin d’apprendre la vie des moines et la conversation des cénobites — le Seigneur lui donna une telle ardeur et componction de cœur qu’il ne se contenta pas de la vie des bons cénobites, mais s’éleva de plus en plus dans le service de Dieu ; et placé fréquemment dans les gémissements et les larmes, dans l’affliction, les vigiles, les jeûnes et les prières, il exerça la vie des saints ni ne donna de repos à son corps en aucune façon — se macérant dans la faim, la nudité, le froid, la soif et beaucoup de tribulations. Sans doute il désirait que sa vie fût terminée là où il avait coupé les cheveux de sa tête et déposé les armes de la guerre et la pompe du monde. Ces choses ne séparent pas de Dieu mais joignent l’homme à Dieu — car la paix et la grâce croissent à quiconque œuvre le bien. « Nul, dit le Seigneur, n’a de plus grande charité que de déposer sa vie pour ses amis ».

6 C’est pourquoi Allowin l’homme de Dieu, retournant au susdit château de Gand, demanda humblement au vénérable homme Florbert l’abbé — que le nourricier pontife Amand avait établi là comme recteur sur le troupeau des clercs — une petite cellule pour soi où il pût familièrement implorer la miséricorde du Seigneur pour ses méfaits. Et quand le pieux père du monastère entendit sa pétition, il la reçut avec joie et — toute la congrégation étant appelée ensemble selon le précepte du pieux père Benoît — exposa ses prières aux frères du même monastère, afin que si par hasard il avait été révélé à un plus jeune ce qui était agréable au Tout-Puissant, il pût le recevoir et l’accomplir avec tout l’empressement du cœur, comme il est écrit : « Fais toutes choses avec conseil, et tu ne t’en repentiras pas après ». La pétition d’Allowin étant donc entendue, les frères — l’abbé narrant — la reçurent avec un esprit joyeux, et ainsi il obtint d’eux la petite cellule qu’il avait demandée, Dieu l’accordant. Dans laquelle, enfermé, il invoqua Dieu de pieuses et infatigables prières — comme il est écrit : « Cherchez et vous trouverez ; frappez et il vous sera ouvert ; car quiconque demande reçoit, et celui qui cherche trouve, et à celui qui frappe il sera ouvert ». Or cet homme de Dieu ne recherchait ni or ni argent ni gemmes précieuses ni les ornements de ce monde — qu’après sa conversion il comptait pour rien — mais l’ardeur du zèle pour Dieu l’élevait en vigiles, jeûnes, gémissements, famines et aumônes aux pauvres, au-delà de ce qui peut être écrit. Placé donc dans l’affliction du corps, il exerçait en âme tous les célestes instruments que la miséricorde du Très-Haut mettait dans son esprit. [La Vie ultérieure de Thierry insère ici l’ermitage antérieur de Bavon en un lieu appelé Bella et à Metmedunc — Mendonk — où il entra dans un vaste hêtre creux, spacieux de six pieds au-dedans, qui fleurit encore ; et où il bâtit une minuscule cellule dans un bois marécageux à deux milles de Gand.]

7 En un certain jour de ce temps les frères de ce monastère sortirent en obéissance pour bâtir la cellule de l’homme de Dieu Bavon. Ils commencèrent donc à labourer de leurs mains et à fabriquer le bâtiment. Et quand les gens du susdit abbé Florbert transportaient du ciment avec un wagon, un certain d’entre eux nommé Attinus s’assit sur le char — que les chiens sortant du village environnèrent et se mirent à assaillir férocement. Mais lui, pris dans les pièges du diable, fut rempli d’envie et ne rougit pas de blasphémer l’homme de Dieu Bavon ; et le diable, plus cruel que toute bête, confondu en toutes choses — bien qu’il ne pût en aucune manière lui nuire — s’efforça d’autant plus d’assaillir l’homme qui lui était soumis, d’autant qu’il percevait qu’il était revenu à son premier service. Car le sanguinaire, voyant ses idoles changées en temples de Dieu, grinçant et rugissant cherchait qui il pourrait dévorer. Ainsi il jeta les bêtes avec le wagon sur l’homme susdit, lequel — écrasé par ce poids — exhala l’esprit de vie. La foule, le voyant maintenant mort, porta son corps en pleurant dans un bateau jusqu’au susdit château de Gand pour l’y ensevelir, comme est la coutume d’ensevelir les morts. L’homme du Seigneur Bavon, le voyant mort, gémit d’un excessif chagrin ; se frappant la poitrine en larmes et tenant la faute pour sienne — parce qu’il avait reçu la mort dans son labeur — il ordonna que le corps du mort fût porté à sa propre petite cellule. Et aussitôt l’homme du Seigneur se courba à la prière, implorant la miséricorde du Seigneur avec un grand pleur en ces mots : « Dieu tout-puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui non seulement pardonnes les péchés mais aussi justifies les pécheurs, et aux coupables non seulement relâches le châtiment mais aussi donnes des récompenses — accorde à ma fragilité ces aides et inspire bénignement le céleste effet de Tes miséricordes, afin que je sois trouvé aidé de Ton saint secours. Toi qui as ressuscité Lazare quatre jours mort et puant de la tombe, que Ta miséricorde nous profite à nous indignes, afin que ceux qui se confient en Ta bonté soient d’autant plus tôt entendus par la largesse de Tes dons. Renouvelle l’esprit salutaire de Ta grâce sur ce corps de Ton serviteur mort, lui restaurant le souffle de vie — Toi qui vis et règnes aux siècles des siècles, sanctificateur et fondateur du genre humain, qui règnes avec Ton Fils en éternelle charité. Afin que par le mystère de Ta guérison Tu sois rendu honorable par tous Tes serviteurs, et montres Ta présence, afin que nous exultions en Ta miséricorde et nous réjouissions en Ta gloire — accorde-le, Toi qui vis et règnes Dieu avec le Fils et le Saint-Esprit par tous les siècles des siècles. Amen ». La prière donc étant achevée — après l’espace d’environ trois heures — ce mort, Dieu le commandant, recouvra l’âme qu’il avait exhalée ; et rendu sain, se tint sur ses pieds, et vécut ensuite indemne à travers de nombreux cours d’années.

8 Nous donc, très chers, admirant ces si grands miracles dans le soldat de Dieu, efforçons-nous de le suivre dans ce combat de la vie présente, afin que nous aussi nous méritions avec lui de recevoir de Dieu les joies éternelles de Ses élus au ciel. Nous devons rechercher en cette vie présente rien de consolation et d’honneur mondains, mais nous réjouir dans l’abjection de la pauvreté — non seulement jeter loin les facultés de ce monde mais même déraciner les plaisirs du monde de nos cœurs. Qu’il revienne aussi à la mémoire que l’homme du Seigneur Bavon congédia beaucoup de facultés pour le nom du Christ, afin de recevoir le centuple dans le royaume céleste et la vie éternelle en outre ; à la prière duquel le Seigneur ressuscita un mort. À autant que venaient à lui, il recommandait ses dons. Car la plus grasse grâce de l’humilité enflamme en tous la ferveur de la charité, comme l’huile fait abonder la lumière. Lui donc donna tous ses biens pour le Christ — non pour la perte mais même pour le gain trouvé : car il ne fait jamais défaut celui qui profite par le bon exemple, et dont l’humilité confond l’orgueil de beaucoup. Et l’homme du Seigneur Allowin, soufflé du céleste désir, croissait chaque jour de plus en plus dans le service de Dieu ; et, pour ainsi dire, il ne semblait pas suffisamment affligé par le manque de pain — mais plus il profitait en bonté, plus il s’affligeait en outre de lamentations, de jeûnes, de vigiles et de prières. D’une continuelle inondation de larmes il arrosait sa face, afin d’accomplir la parole de la Vérité disant : « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ».

9 En un certain jour il aperçut un certain homme venant à lui, revenu d’exil — lui qu’autrefois, demeurant dans l’habit séculier, il avait vendu. À la vue de qui il se livra à d’innombrables lamentations, parce qu’il avait perpétré envers lui un si grand crime. Alors se tournant vers lui et prosterné à ses genoux, il dit : « Car je t’ai vendu lié de courroies ; je t’en prie, ne te souviens pas de l’injure que je t’ai faite, et ne dédaigne pas la prière que je demande. Je te supplie, pour le crime commis contre toi, flagelle mon corps de fouets, tonds ma tête à la manière des voleurs, et précipite-moi lié pieds et poings dans la garde, comme je le mérite. Peut-être la divine bonté, si tu fais cela, m’accordera le pardon ». Alors l’homme susdit, prosterné aux pieds de saint Bavon, dit qu’il n’osait en aucune manière faire cela à son seigneur. Mais l’homme du Seigneur — étant fort éloquent — le persuada enfin de faire ce qu’il avait demandé. Ainsi, longtemps contraint et résistant, vaincu enfin par ses prières, il accomplit ce qui lui avait été enjoint : il lia les mains de l’homme de Dieu, rasa sa tête, lia ses pieds dans les ceps et le livra à la garde publique ; où, enfermé les pieds liés, l’homme du Seigneur demeura jusqu’au jour de son proche départ, ne cessant jour et nuit de pleurer sur ses actes mondains qu’il avait coutume de poser devant les yeux de son esprit comme un fardeau d’un chargement. Ce serviteur du Seigneur, plein de tant de vertus, ne s’exalta pas en s’enflant ; mais s’humilia de plus en plus — content de pain d’orge seulement, mêlé de cendre, et d’eau qu’il buvait à la mesure. Ainsi pendant environ quatre mois guerroyant pour Dieu dans cette austérité, il ne goûta en aucune façon le vin ni le breuvage fort ; couvert là de cilice et de cendre, il avait mis son pied dans le lien à la manière du prophète ; son lit était la terre nue, sur laquelle il avait coutume de se reposer un peu le jour. Le plus vil cilice était étendu sous lui, la cendre répandue dessus, et une pierre posée sous sa tête quand il dormait. Ainsi il avait condamné ses membres que la délice du monde avait jadis pollués. Et il s’efforçait plutôt d’offrir les odeurs des vertus louablement à Dieu après sa conversion que de se consumer dans ses iniquités — se souvenant du précepte de l’apôtre qui disait : « Où le péché abondait, la grâce abondait encore plus » ; et encore : « Vous étiez jadis ténèbres, mais maintenant lumière dans le Seigneur ».

10 Le très saint homme du Seigneur, Allowin, placé dans cette réclusion, sustentait volontiers l’austérité et la faim. Ni dans cette affliction ne quitta-t-il la règle de l’obéissance, mais demanda instamment à son abbé de l’enfermer sur le pavé afin que, chaque fois qu’il s’occupait des louanges du Dieu tout-puissant, il fût si bien clos du pavé à droite et à gauche qu’il n’eût le pouvoir de décliner d’aucun côté, mais jour et nuit — comme pendu dans l’agonie — pût prier Dieu, s’étendant vers les cieux et tirant de profonds soupirs. Ce qui aussi fut fait. Alors l’homme du Seigneur, gémissant de plus en plus et haletant maintenant vers la patrie céleste, ordonna au ministre qui lui était obéissant de lui apporter une pierre. Et lui, accomplissant le commandement, apporta une grande tuile. À qui l’homme de Dieu : « Cherche encore plus grand ». Enfin il lui apporta une pierre trouvée qui pouvait à peine être portée par les mains de deux hommes. Laquelle l’homme de Dieu reçut rempli d’une grande joie — et chaque fois qu’il s’occupait des louanges de Dieu, il la portait sur ses épaules.

11 Mais l’ancien ennemi, le fléau de la race humaine, qui ne cesse de tenter les hommes et exerce la force de sa méchanceté principalement contre les élus — puisque plus il les voit profiter, plus grièvement il est embrasé des torches de l’envie — s’efforça de jeter le susdit homme de Dieu hors de cette même cellule avec diverses menaces et de méchantes images dont il feignit de remplir la cellule. Car avec diverses sortes de bêtes, d’oiseaux et de serpents il essaya de lui apporter la terreur, afin qu’il sortît au moins. Mais le plus fort athlète du Seigneur, plus instamment il voyait l’ancien ennemi presser sur lui, plus fortement prenant le combat contre lui, ne cessa de lutter chaque jour. Mais les esprits malins, voyant que leur industrie n’avait rien profité, se retirèrent confondus ; et n’osant plus rien apporter sur l’homme de Dieu, ils s’évanouirent. Alors le susdit homme du Seigneur, rendant de grandes grâces au Dieu tout-puissant, l’attribua non à sa propre force mais à la miséricorde du Seigneur — qui daigne partout être présent à ceux qui espèrent en Lui. Continuant donc l’œuvre commencée sans cesse, il ne retira pas la main mise à la charrue ni ne regarda en arrière — car il se souvenait que cette parole évangélique lui avait été annoncée par le très bienheureux Amand : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé ».

12 Et le jour de sa récompense approchant, l’homme du Seigneur Allowin persévérait sans cesse dans la confession de Dieu. Et quand il se fut un peu donné au sommeil, il vit l’ange du Seigneur venant sur lui en la forme d’une colombe. Lui, terrifié par cette vue, la grâce de la divine consolation le rafraîchit aussitôt, et remplit toute la cellule dans laquelle était l’homme de Dieu de la fragrance d’une inestimable douceur — afin qu’il fût ouvertement donné à comprendre que l’ange de lumière et de douceur était venu là. Ni sans cause l’ange de lumière lui est-il montré en la forme d’une colombe : car il portait la simplicité de la colombe dans le cœur, bien qu’il ne désertât pas la ruse du serpent dans les tentations. Car il est manifeste que sur le rédempteur de la race humaine aux courants du Jourdain le Saint-Esprit fut montré en la forme d’une colombe, où la voix du Père fut entendue sur Son Fils bien-aimé en qui Il fut bien plaisant — où le Père était dans la voix, le Fils dans l’homme, le Saint-Esprit dans la colombe, et toute la Trinité manifestement déclarée ensemble : sans doute au bienheureux homme Bavon aussi la Trinité elle-même montra l’ange en la forme de la colombe, puisqu’il portait cette même Trinité fixée au-dedans de son cœur — certain hors de doute que ni la mort ni la vie ni aucune créature ne pouvaient le séparer de l’amour qu’il avait dans le Christ.

13 Mais afin que la renommée des mérites précédents d’un si grand homme se répandît au loin — lui qui, comme une cité posée sur une colline, ne pouvait être caché — un certain jour il vit l’étendard de la sainte croix descendre du ciel sur lui, afin que sa foi en la récompense fût d’autant plus accrue qu’il était plus digne des célestes regards ; et qu’il ouvrît d’autant plus sûrement la porte au Seigneur frappant, comme il avait connu de sûrs signes lui avoir été montrés par le Seigneur. Mais l’homme du Seigneur, ne doutant de rien, n’hésitant en rien, désirait d’une ineffable joie être dissous et aller au Christ. Pourtant ceci il disait sans cesse : « Seigneur, non ma volonté mais la Tienne soit faite ». Je le dis hardiment : bien que la raison du temps ne lui permît pas le martyre, il ne manquera pourtant pas de la gloire du martyr — car il pouvait être martyr par le vœu et la vertu, et il le voulut. En lui-même en vérité il porta volontiers toutes les peines et tous les tourments auxquels la fragilité humaine cède communément, et de la confession du Seigneur il ne se retira pas — demeurant immobile dans l’œuvre des commandements du Seigneur, si bien que se réjouissant dans les blessures et les tortures il riait au milieu de quels que fussent les tourments. Mais bien qu’il ne fût pas frappé par le glaive du persécuteur, il accomplit pourtant le martyre sans sang. Quelles passions de douleurs humaines n’endura-t-il pas pour l’espérance de l’éternité — la faim, les vigiles, la nudité, les jeûnes, les reproches des envieux, les persécutions des méchants, le soin des malades, la sollicitude pour les périlleux ? Pour qui ne s’affligea-t-il pas avec les affligés, ne brûla-t-il pas avec les scandalisés, ne gémit-il pas avec les périssants ? — outre ses quotidiens divers combats contre la spirituelle méchanceté de l’homme, tandis qu’en lui, assailli de diverses tentations, abondaient la force de vaincre, la patience d’attendre et l’équanimité de supporter — comme si le Seigneur lui répétait : « Réjouis-toi et exulte, car ta récompense est abondante au ciel ».

14 Il vaut la peine aussi d’insérer dans cette lecture comment le bienheureux homme Allowin — qui depuis sa naissance était appelé Bavon par affection — partit de cette lumière. Le très saint et religieux homme du Seigneur Bavon, donc, après la confession de la pénitence qu’il avait reçue du bienheureux pontife Amand, guerroya en ce monde pour le royaume des cieux trois ans en outre des quarante jours d’abstinence qu’il accomplit — le Seigneur y consentant — avec un zèle sagace et un merveilleux effet. Car plein de vertus et de sainteté, l’homme plein de Dieu comprit que son dernier jour approchait. De quoi il annonça à l’abbé et aux frères de son monastère que la dissolution de son corps était proche ; et il souhaita qu’un certain fidèle prêtre demeurant loin de lui, nommé Domlinus du monastère de Torhout, fût mandé — car il désirait jouir de sa conversation. Car grande était l’étendue du voyage, et le chemin entre la cellule du bienheureux homme et le monastère de Torhout où le susdit prêtre vivait était encombré d’une vaste solitude de bois épais. Enfin, mandant le ministre, il lui ordonna d’aller vers le susdit prêtre. Et lui, ne refusant pas l’obéissance et ne connaissant le moins du monde le chemin qu’il devait aller, se mit à faire le voyage qui lui était enjoint sans le savoir. Mais, l’ange du Seigneur l’accompagnant, il vint au même prêtre en toute hâte ; et à travers la vaste solitude par le plus droit sentier tous deux vinrent à l’homme de Dieu avec une incroyable célérité. À la vue de qui le très bienheureux homme fut rempli d’une grande joie et lui ordonna de prendre soin de son ensevelissement. Et tandis qu’il haletait sans cesse vers la patrie céleste et ne cessait des divins entretiens — toujours intentif les yeux et les mains vers le ciel — il ne relâcha pas son esprit invaincu dans la prière, se fortifiant du corps et du sang de notre Rédempteur ; et sa sainte âme, déliée de la chair, il la rendit au Dieu tout-puissant le premier jour du mois d’octobre — reçue dans la salle du ciel avec un ineffable triomphe. Et aussitôt son esprit, apparaissant à la très bienheureuse vierge Gertrude avec les autres vierges demeurant avec elle loin de lui, ordonna que des vêtements lui fussent envoyés pour l’ensevelissement de son corps ; ce qui aussi fut fait.

15 Et quand l’office de ses funérailles était célébré, une certaine femme qui avait longtemps été vexée par un démon toucha la glèbe du saint, et fut aussitôt rendue saine.

16 Une autre, un homme frénétique, était méchamment vexé par un démon. Et quand il vint au sépulcre de l’homme de Dieu — le Seigneur y consentant — il recouvra sa santé première, comme s’il n’eût souffert aucune blessure de l’ancien ennemi. Beaucoup en vérité sont les autres choses que le Seigneur a daigné opérer par lui qui nous sont inconnues et connues de Dieu. Car si nous voulions poursuivre tout ce que nous avons appris de ses actes, le jour finirait avant le discours — comme je pense. Qu’il suffise d’avoir dit peu de beaucoup, de peur que nous semblions apporter lassitude aux lecteurs studieux et à ceux qui se hâtent à d’autres choses. L’homme de Dieu fut enseveli avec un magnifique honneur dans le lieu appelé le château de Gand, dont le cénobium est maintenant ouvertement appelé Ganda — où beaucoup de bienfaits de ses prières sont conférés aux fidèles, et le nom du Seigneur Jésus-Christ est loué par tous : avec qui sont, avec l’éternel Père et le Saint-Esprit, vertu, honneur, gloire et domination, louange et puissance aux siècles des siècles. Amen.

Ici finit la vieille Vie de saint Bavon (les Miracles suivent dans les mêmes manuscrits).

Deuxième. Spécimens de la Vie amplifiée de Thierry (abbé de Saint-Trond, 1099–1107) #

De son prologue. …Mais puisqu’il est insensé de se répandre avant l’histoire, nous ne nous soucions guère des simples futilités et de l’éloquence canine des détracteurs — que nous pensons ne manqueront pas d’apparaître — contre lesquels l’impérieuse autorité des frères qui me contraignit d’oser ceci, et la toujours intrépide charité de l’obéissance, nous défendront aisément.

De la Vie. Le glorieux athlète de Dieu, Allowin surnommé Bavon, élu et prédestiné par Dieu avant les temps séculiers, de la souche des princes francs et héritier des ducs austrasiens, naquit et fut nourri dans la Gaule belge au pays de Hasbanie, en un lieu non obscur — Pélage administrant le pontificat universel, qui siégea avant le bienheureux Grégoire, Justin le plus jeune portant le sceptre, Chlodovech gouvernant la monarchie de Francia. Son père se nommait Filolf, sa mère Adeltrud…

De son épilogue. Car qui pourrait passer à sec d’yeux par des royaumes divisés en eux-mêmes en signe de désolation, les commotions des peuples comme de la mer, les dispersions des pierres du sanctuaire à la tête de chaque rue ? Hélas, les pierres du sanctuaire sont dispersées — car ceux qui étaient appelés évêques, les bercails du Christ étant brisés et vendus, mirent les brebis qui leur étaient confiées devant les loups et furent tournés en fuite : non pasteurs mais mercenaires. Par leur main des églises furent brûlées jusqu’au sol, des autels souillés de sang humain, les essaims de moines partie menés captifs, partie chassés — droit et loi, toutes choses confondues.

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