Traduction moderne en anglais britannique — la préface de l’éditeur condensée à sa substance.
Préface de l’éditeur (W. Levison) #
Au temps de Lambert abbé de Fontenelle (vers 673), le prêtre Condedus aurait quitté sa Bretagne natale avec quelques disciples et gagné le monastère de Fontenelle. Il n’y séjourna pas longtemps : il aurait reçu du roi Thierry III l’île de Belcinac, ceinte des flots de la Seine et proche du domaine royal d’Arlaune, ainsi qu’un lieu sur la rive droite du fleuve ; et, bâtissant deux églises, il s’établit sur l’île. Celle-ci, avec toutes ses possessions, Condedus la transmit en 675 par testament au monastère de Saint-Wandrille, donation dont il fit dresser une seconde expédition en 679/680. Le corps du défunt, enseveli sur l’île — qui fut ensuite rongée par les flots —, fut transféré à Fontenelle ; et là, lorsque le cénobium se releva après les tempêtes normandes, l’abbé Gérard plaça en 1027 dans une même châsse les reliques dites de Condedus et d’Erembert.
La Vie de Condedus fut composée, sans nul doute par un moine de Fontenelle, non avant le neuvième siècle — car il dévalisa tant l’Histoire des Lombards de Paul que la Vie de Willibrord d’Alcuin. De l’Histoire ecclésiastique de Bède, utilisée dans la plupart des Vies de Fontenelle, il tira l’ancien nom de la Bretagne et quelques autres mots ; il copia en outre les Vies d’Amand et d’Ermenland — et l’on tient à bon droit que la chose est ainsi, non que la Vie d’Ermenland ait été dévalisée par le biographe de Condedus. Il avait aussi sous la main la Vie de Lambert évêque de Lyon, qu’il cita à peu près dans les mêmes termes que l’auteur des Gesta des abbés de Fontenelle ; et il me semble vraisemblable qu’il doive à cette Vie aujourd’hui mutilée, ainsi qu’à certaines chartes et à l’épitaphe, le peu qu’il transmet sur Condedus. Ayant fouillé les archives du cénobium, à la manière des moines de Fontenelle il inséra dans son ouvrage de petits extraits de ces chartes — et, ajoutant aux années des rois, qu’il y trouva seules, les années des abbés comptées par lui-même, il y gagna peu. Que le récit de la translation et l’épitaphe (ch. 12) n’aient été ajoutés à la Vie que plus tard, parce qu’une doxologie précède (ch. 11), n’est nullement certain — puisque ce qui la suit n’est pas toujours étranger à l’auteur original, et qu’une doxologie est pareillement placée au milieu de la Vie par le biographe d’Erembert, et que, comme au premier chapitre ainsi au dernier, certains mots de Bède se trouvent copiés. La Vie de Condedus fut composée avant la seconde Vie de Wandrégisile, dont l’auteur la mentionne, et doit donc être attribuée à la première partie du neuvième siècle.
Manuscrits : 1) codex 332 (A 34) du Havre, XIe siècle, autrefois la « grande chronique de Fontenelle », folios 73–75v — collationné par Krusch ; 1a) un codex de Paris de la collection Chesne, XVIIe siècle, dépendant de 1 mais fort corrompu — il omet non seulement l’épitaphe mais la plus grande partie du ch. 6 et plusieurs clauses du ch. 8 ; 2) un codex de Bruxelles, XVIe siècle, le quatrième volume des livres écrits par Antoine Gentien chanoine de Rouge-Cloître († 1543), folios 94r–95v ; duquel semble dépendre 2a) un codex de Bruxelles du XVIIe siècle contenant, parmi des collectanea bollandistes, une copie faite sur le manuscrit de Rouge-Cloître, avec une épitomé du codex de Saint-Sauveur d’Utrecht annexée.
Après que Hugo Ménard (1629) eut publié une épitomé d’après le codex 1, André du Chesne (1636) et Charles Le Cointe (1668–70) imprimèrent des extraits ; Mabillon (1669) donna la première édition de la Vie entière ; Bouquet (1741) répéta des lambeaux ; enfin Victor de Buck (AASS Oct. IX, 1858) réédita la Vie, préfixant l’épitomé d’Utrecht, qu’il souhaita — avec hésitation et à tort — faire tenir pour un texte plus ancien.
Le Trépas de saint Condedus le confesseur, dont le cénobium de Fontenelle garde les ossements sacrés ensevelis dans la terre #
1 Le saint père Wandrégisile ayant été transféré aux royaumes célestes après ses nombreux labeurs dans le monde, et le vénérable abbé Lambert ayant été établi à la place du gouvernement du cénobium de Fontenelle, au même temps le saint prêtre et anachorète Condedus — de race breton, né dans l’île de Bretagne de l’Océan, qui fut jadis appelée Albion —, embrasé de l’ardeur d’une vie plus stricte, incité par l’amour du pèlerinage et ému par la conversation des saints, quitta pour l’amour de la patrie céleste l’île susdite, à savoir sa propre patrie, et vint dans les contrées de la Gaule. Et d’abord, après avoir été porté sur la surface de l’Océan, au lieu appelé la Fontaine de Valéry pendant quelques années — nu du monde et plein de Dieu — il but chaque jour en conversation solitaire les plus doux fruits de la contemplation céleste.
2 Apprenant de plus, par la rumeur volant au loin au sujet du saint père Lambert, que la congrégation du cénobium de Fontenelle ne brillait pas moins que les autres par l’agrément de la religion, il se proposa en esprit de se joindre à leur société. Quittant donc ce lieu et entrant dans la mer — la divine providence l’accompagnant —, porté d’un cours prospère il atteignit sans délai l’embouchure du fleuve Seine, et remontant à la voile la seconde eau il vint à Arlaune, domaine royal ; et là, ses voiles déposées, il s’assit dans le port du même domaine. Et lorsqu’il se fut détourné pour loger chez une certaine religieuse matrone — les autres de ce domaine vivant à la manière des bêtes et ne le recevant pas —, après que les nécessités du corps eurent été accordées et les louanges divines chantées, il livra ses membres au repos avec quelques-uns de ses disciples dans la petite demeure qui lui était assignée. La susdite femme fidèle, faisant irruption au milieu de la nuit dans la torpeur du sommeil et ouvrant la fenêtre de la chambre, vit soudain au-dessus du toit dans lequel le soldat du Christ se reposait un fanal de feu d’une grandeur merveilleuse s’élevant sublimement jusqu’aux hauteurs du ciel. Car il est manifeste de l’esprit de qui cet homme était rempli — sans doute de Celui qui, au désert, précéda le peuple en marche durant quarante ans en une colonne de nuée le jour et en une colonne de feu la nuit.
3 Le saint homme vint aussi au monastère de Fontenelle ; et après les prières au Seigneur et les salutations fraternelles et l’entretien spirituel, lorsque toute humanité — comme la règle monastique le prescrit — eut été montrée au même saint homme avec toute sa compagnie, que l’abbé Lambert avait reçus comme des anges, et tandis qu’il séjournait quelques jours dans le susdit cénobium et jouissait de la douce conversation de si grands pères, le bienheureux Condedus enfin, ouvrant le vœu de son cœur, dit qu’il ne lui semblait pas suffisant de suer dans la sainteté de la religion seulement, s’il ne profitait aussi aux autres en resplendissant par la prédication et la lumière de l’exemple. Alors, pour consulter le susdit père Lambert, il résolut de chercher humblement un lieu convenable à sa dévotion et à sa religion. Puis, avec la bénédiction et le congé du susdit père, retournant au fleuve Seine et montant dans une barque, il navigua jusqu’à l’île appelée Belcinac, proche du domaine d’Arlaune, qui était entourée de toutes parts par le fleuve Seine. Quittant la barque, il en fit le tour en la contemplant, et admira très attentivement l’agrément et le secret du lieu, priant le Seigneur tout-puissant de daigner gracieusement accorder ce lieu à Son serviteur.
4 Or la nuit suivante, Thierry, le roi glorieux — fils à savoir du roi Clovis et de la reine Bathilde —, avait été admonesté en vision par révélation divine (il était alors occupé à l’exercice de la chasse d’automne dans la forêt d’Arlaune) qu’il devrait recevoir avec le plus grand honneur le serviteur du Seigneur demeurant sur l’île susmentionnée, et qu’il devait être un maître de nombreux peuples, et que rien ne devait lui être refusé de ce qu’il lui demanderait. Le roi, rendu certain par cette vision, vint aussitôt à la même île et reçut le même serviteur du Seigneur avec joie et très grand honneur. Et comme il percevait en lui la ferveur de la foi, la dévotion de la religion, la plénitude de la sagesse, selon sa sainte pétition il lui transmit la susmentionnée île de Belcinac par un privilège de son autorité, pour être possédée perpétuellement sous tutelle et défense durables — que ni lui ni sa postérité, à savoir les moines demeurant en ce même lieu, ne fussent troublés par la moléstation ou l’inquiétude de quiconque, afin que, l’assaut des maux étant écarté, ils pussent librement implorer la clémence du Seigneur pour lui-même et pour la paix de tout son royaume.
5 Le susdit roi accorda aussi dans le même privilège au même serviteur du Seigneur, du côté oriental et septentrional, les champs contigus à la même île et de plaisants prés avec une forêt très dense, dans laquelle des troupeaux de sangliers et de cerfs habitent très abondamment en toute saison — parce qu’elle est plantée dru d’arbres fruitiers, qui fournissent aux animaux de cette sorte une nourriture convenable et fertile sans faute. Car c’est un lieu très apte à nourrir des animaux de toute espèce, bien qu’il puisse aussi se prouver très utile en beaucoup d’autres égards. Ce lieu, l’antiquité a décrété qu’il devrait s’appeler « Boue » (Lutum), parce qu’en hiver ou en la saison pluvieuse, par les débordements du fleuve Seine, certains endroits marécageux et stagnants s’y trouvent. Car il a trois milles de long, tandis qu’en largeur il finit à mille cinq cents pas.
6 L’île susmentionnée de Belcinac, qui — comme il a été dit plus haut — est entourée de toutes parts par le fleuve Seine, garde en elle-même une telle quiétude et un tel silence que tout désir du désert semble être entièrement retiré à ceux qui désirent la vie anachorétique. De plus elle produit une telle abondance de poissons de la mer et de la Seine aux saisons ordonnées, qu’il semblerait incroyable à entendre aux pêcheurs fouillant les profondeurs des autres fleuves, s’ils ne l’avaient appris par la vue. Le flot marin, au temps de la marée de vive-eau et de morte-eau, ne néglige pas de la visiter trois fois dans la révolution du jour et de la nuit, l’environnant de toutes parts ; lequel est poussé avec une telle impétuosité de sa vigueur que, procédant à reculons au-delà de cette île par l’eau de la Seine durant soixante milles, il atteint jusqu’au lieu appelé Pitres — bien que le trajet aqueux de la mer jusqu’à cette île soit compté à environ trente milles. Et ainsi ce courant de marée, qui sort du nombril ou de la Charybde de la mer, avale deux fois le jour les ondes et les vomit de nouveau — comme il se prouve arriver avec une rapidité extrême le long de tous les rivages de la Seine, les ondes avançant et reculant ; lesquelles sont remplies de telles soudaines inondations que celui qui se trouverait par hasard un peu en dedans du rivage pourrait à peine s’échapper. Car l’onde semble rouler vers le haut d’une course très rapide et se dresser en hauteur à la manière des plus hauts arbres avec le plus grand fracas, et tourner les eaux du fleuve en amertume dans l’espace de plusieurs milles. Ces choses ont été dites de la marée et de la situation du lieu et de l’inondation du fleuve ; retournons maintenant, le Seigneur le donnant, aux œuvres de l’homme de Dieu.
7 Le saint homme donc, entrant dans la susmentionnée île avec l’autorité de la concession royale, y bâtit une basilique en l’honneur de sainte Marie la perpétuelle vierge, et une autre au nom des bienheureux apôtres Pierre et Paul, dans laquelle il établit aussi un mémorial du saint confesseur Valéry. Ô combien heureuse et bénie l’île de Belcinac — jadis nourrice des bêtes sauvages, maintenant aussi le très secret repos des serviteurs du Christ ! Car ici le saint homme, embrasé de la ferveur de la sainte conversation, se contraignait lui-même, se mortifiant d’une intention d’esprit plus stricte, et chérissait de doux discours les foules affluant vers lui, produisant du trésor de son cœur des choses nouvelles et anciennes.
8 L’île susmentionnée, qu’il avait obtenue par la largesse du roi — avec toutes les choses s’y rapportant, et aussi certaines petites possessions qu’un homme très riche et noble nommé Schiward lui avait conférées en don perpétuel —, il la transmit sous la troisième année du susdit roi, qui était la neuvième année de l’abbé Lambert, par l’ordonnance d’un testament à la domination du susdit cénobium de Fontenelle, pour être possédée par droit perpétuel. De ces possessions, voici les noms : Champellos, que le susdit Schiward et le reste des hommes riches lui avaient conférée ; pareillement une autre petite possession nommée Geldulfiaca ; de même aussi un manse au lieu appelé Adciacus au-dessus de la rivière Scie avec un moulin. Cette concession avait été faite le dixième jour du mois d’octobre, c’est-à-dire le sixième jour avant les ides d’octobre. Pareillement, en la septième année du roi Thierry, il donna une autre autorisation de concession concernant le monastère de la susdite île et les choses s’y rapportant, laquelle avait été célébrée dans le cénobium de Fontenelle sous la septième année du roi Thierry, le bienheureux Ansbert gouvernant le cénobium de Fontenelle en sa seconde année — puisque l’homme du Seigneur Lambert avait déjà reçu le pontificat de l’église de Lyon, comme il est écrit très amplement dans ses Gestes. Était présent aussi l’illustre Waratto, maire du palais royal, dans le cénobium de Fontenelle lorsque la concession de ces choses fut faite par le susdit saint homme — lequel y consentit et la fortifia des sceaux de sa main, ainsi que certains autres hommes nobles, dont les noms sont contenus encore maintenant dans la susdite concession. Brandulf le prêtre avait dressé l’autorisation de ce testament. Étaient présents de plus Conomail, Zachée et Jean — disciples du susdit saint homme Condedus, qui aussi étaient venus avec lui jadis des contrées d’outre-mer. Ô heureuse terre, qu’illumina la présence du soldat du Christ Condedus ! Il mortifiait chaque jour ses membres, s’offrait lui-même en sacrifice vivant à Dieu, accomplissait les préceptes divins en toute manière, et bâtissait aussi des temples dignes de Dieu.
9 Tandis que le saint homme séjournait en ce lieu, une bête subtile et poursuivante des oiseaux — le renard tortueux — déroba furtivement l’oiseau de l’homme de Dieu, à savoir le héraut du jour, que les Gaules appellent aussi le coq, et courut en hâte regagner son repaire. Tandis qu’il s’efforçait de tout son effort d’y entrer, il demeura néanmoins immobile devant la bouche de la caverne. Et peu après, comme s’il se souvint de son crime, il porta l’oiseau malgré lui dans sa gueule et — beaucoup regardant — le rapporta au même lieu d’où il l’avait pris. Ô les illustres mérites de ce prêtre, qui brillent en paroles et étincellent en miracles — lui que même les bêtes muettes obéissent !
10 Une autre fois aussi, tandis qu’une barque était en construction sur la même île pour les besoins de l’homme de Dieu, il advint qu’il manquait une troupe d’hommes pour la lever pour la construction ; ce que l’homme du Seigneur, appuyé de l’aide divine, leva seul aussi vite que s’il eût été soulevé par la force du secours de nombreux hommes. Voyez ! Celui qui fit jadis d’un berger de brebis le psalmiste, a rendu Condedus l’exilé un noble champion ; Celui qui choisit Amos le bouvier et chevrier cueillant les fruits des sycomores pour un prophète, embrasa ensuite Condedus en une lampe resplendissant dans l’Église catholique. Daniel jadis dans le lac surmonta la rage des lions par le mérite de sa vie ; et Condedus, choisissant la vie anachorétique, surmonte louablement les machines de l’ancien ennemi. Élie est enlevé au ciel dans un char de feu ; et Condedus, le combat virillement accompli, est placé au ciel soutenu par les compagnies des anges.
11 Vivant donc la vie contemplative sur la même île et persévérant dans les bonnes œuvres sans faute, après que son séjour dans le monde eut été plutôt longuement prolongé, il migra vers le repos de l’éternelle félicité le douzième jour avant les calendes de novembre [21 octobre], et fut vénérablement enseveli dans l’église des bienheureux apôtres Pierre et Paul, qu’il avait lui-même bâtie longtemps auparavant — en laquelle de nombreux bienfaits furent faits par ses prières, et le nom du Seigneur Jésus-Christ y était loué par tous, Lui qui est avec le Père éternel et le Saint-Esprit vertu et honneur, domination et gloire dans tous les siècles des siècles. Amen.
12 Les cours de nombreuses années s’étant écoulés après la mort du saint homme, la même île étant rongée et effondrée par la marée de la mer, le corps du saint homme fut transféré de là par les frères du saint cénobium de Fontenelle et placé dans l’église du saint apôtre Pierre auprès de l’oratoire de saint Martin du côté méridional ; et une épitaphe de cette sorte fut écrite au-dessus de son tombeau :
Un homme très digne en mérites se leva jadis parmi les Gaules,
Dont les membres sacrés gisent ici ensevelis —
Condedus de nom, étincelant de la fleur des vertus,
Pour quoi il vit maintenant glorieux dans les cieux.
Lui, tandis que Thierry gouvernait les sceptres des Francs,
Quitta les terres des Bretons, porté à travers la mer,
Et chercha les contrées des Gaules, lumière des adorateurs du Christ.
L’île de la Seine appelée Belcinac
Le nourrit à travers de nombreux cours, et l’ensevelit ensuite.
Dont les cendres consacrées, après de longs temps,
La foule consacrée porta avec un noble culte,
Les ensevelissant dans le beau gazon de Fontenelle —
Où maintenant Il comble de dons ceux qui demandent.