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La passion de Jean le Baptiste

·2270 mots·11 mins

Atkinson, The Passions and the Homilies from Leabhar Breac (1887) — texte irlandais, non édité

1 LA PASSION DE JEAN LE BAPTISTE, ici.

2 Il y avait un certain homme impie et sans pitié à Jérusalem et dans le pays de Juda — Hérode

3 Agrippa, fils d’Aristobule, fils d’Hérode, fils d’Antipater, fils d’Hérode d'

4 Ascalon, des terres de l’Inde. Ce fut par lui que Jean le Baptiste,

5 le saint martyr, fut décapité. Et voici la cause de la mort de ce juste. Il y avait un fameux

6 juge dans le royaume de cet Hérode même — un homme fidèle qui avait coutume de dire

7 des paroles vraies et qui faisait la paix entre toute tribu et tout lignage, leur déclarant

8 leur droit et leur dû. Philippe Tête-Bègue était son nom — un homme merveilleux

9 qui disait la vérité et réprimandait le mensonge. Grand était son zèle et sa considération — un jugement

10 légitime pour tous les hommes ; et lourd était son fardeau et son

11 pouvoir en outre. Ardais était le nom de la ville où il vivait. Or une maladie vint à cet homme merveilleux,

12 à Philippe Tête-Bègue, de sorte qu’il en mourut. Or Philippe Tête-Bègue avait une merveilleuse

13 et accomplie épouse — Hérodias était son nom. Peu nombreuses étaient sur terre les femmes

14 pareilles à elle pour la beauté, la gaieté et les bonnes manières en vérité. Hérode l’aimait

15 à l’extrême tandis que son propre mari Philippe Tête-Bègue vivait encore ; et

16 avant même la mort de Philippe il lui vint souvent à l’esprit de la prendre pour femme.

17 Voici alors ce qui arriva : lorsque le roi d’Ascalon — c’est-à-dire des

18 terres de l’Inde — Philippe fils d’Aristobule, fils d’Hérode, fils d’Antipater, frère d'

19 Hérode Agrippa lui-même — apprit que la noble dame Hérodias était

20 veuve, il vint avec une grande et brillante suite jusqu’au lieu où la

21 reine se trouvait, et l’emmena dans la cité royale, à Ascalon

22 dans les terres de l’Inde ; et il la garda dans un grand amour pendant longtemps.

840]

23 Un démon de luxure et d’envie s’élança dans le cœur d’Hérode lorsqu’il entendit ce récit —

24 que la femme qu’il aimait si fort lui avait été enlevée par son propre frère ;

25 et le démon ne lui laissa aucun repos, attisant son amour dans son cœur.

26 Alors Hérode rassembla une grande armée et se rendit à Ascalon comme

27 en voyage royal, jusqu’à ce qu’il atteignît la maison de son frère. Philippe se leva

28 à la rencontre d’Hérode, l’accueillant, et l’embrassa, et la maison royale

29 fut préparée pour lui ; et ils mangèrent des mets et du vin précieux jusqu’à ce qu’ils fussent à l’aise.

847]

30 Or lorsqu’ils eurent mangé, le roi Hérode se leva avec affliction, avec

31 une grande troupe de soldats armés, comme il le leur avait ordonné auparavant,

32 et vint de cette manière à la maison où se trouvaient Philippe et Hérodias sa

33 femme ; or Hérode n’avait d’autre arme à ce moment qu’un grand fouet à chiens

34 avec lequel il avait coutume de chasser les chiens et les corbeaux, selon son habitude.

35 Lorsque Hérode entra dans la maison, il s’assit sur le siège royal surmonté d’un

36 diadème de pierres précieuses et recouvert d’or. Sur ce siège était Philippe,

37 et sa femme Hérodias sur son épaule. Hérode se mit en colère à cela,

38 et leva la main et porta là un coup mortel sur le sommet de

39 la tête de son frère avec le fouet à chiens qu’il tenait à la main, et le traîna

40 ensuite hors du siège ; et lui-même s’assit sur l’épaule de la femme,

41 et l’embrassa ; et il se vanta de cet acte au mépris de son frère —

42 son propre mari ; et il l’emmena le lendemain à Jérusalem et dans le pays de Juda,

43 et la garda désormais dans un grand amour. Or lorsque Jean le Baptiste,

44 fils de Zacharie, entendit ce récit, il lui parut mauvais et pénible que la femme

45 pécheresse fût avec Hérode, car proche était la parenté des deux — Jean et Hérode :

46 Casandra, fille de Gomer, était la mère d’Hérode et de Philippe, et Elizabs, une autre

47 fille de Gomer, était la mère de Jean le Baptiste. Or Jean ne cessait de presser

48 Hérode de renvoyer la femme pécheresse, et il venait souvent du désert

49 des rives du Jourdain pour lui dire de la renvoyer, et pour lui prêcher ; de sorte qu’elle fut la

50 première femme pécheresse jamais dénoncée au monde. Or ce Jean fut le

51 premier martyr et le premier ermite et le premier moine et le premier fidèle

52 juste du monde, si ce n’est Abel fils d’Adam ; car il avait grandement

53 plu à Dieu dans sa jeunesse et dans son martyre avant Jean. Or Jean

54 dans le désert des rives du Jourdain vivait seul ; faible était son souci de son

55 corps tant pour la nourriture que pour le vêtement — un vêtement d’écorce de palmier et de rameaux d’olivier

56 était le plus qu’il portât sur lui. Les herbes amères du désert et les fruits

57 de divers arbres étaient la nourriture qu’il mangeait le plus, et une eau désagréable sa boisson.

875]

58 Il dormait seul parmi les bêtes sauvages, et elles ne lui faisaient pas de mal. Il avait coutume d'

59 enseigner les bêtes et les âmes du désert en outre ; et ce n’était pas

60 pour lui-même qu’il faisait cela, car ce n’était pas nécessaire, mais afin qu’il ne

61 manquât pas d’hommes à enseigner, et qu’il ne fût pas lui-même sans méditation de Dieu dans

62 son esprit jamais. Cet homme Jean était un prophète parmi les prophètes,

63 un ermite parmi les ermites, un ami des âmes parmi les amis des âmes, un vierge parmi les

64 vierges, un apôtre parmi les apôtres, bien qu’il ne fût pas compté parmi les apôtres ; car c’est sur

65 Jean que le Seigneur délivra le grand témoignage quand il dit : Inter natos

66 mulierum non surrexit maior Iohanne Baptista — « parmi les fils de toutes

67 les femmes, il n’est pas né de fils de femme plus grand et plus vénérable que Jean », dit

68 Jésus.

69 Alors Hérode vint au pays de Juda après cela, et un grand festin fut

70 fait pour ses reines et ses chefs ensuite. Or Hérodias,

71 la femme d’Hérode, avait deux filles ; Salvisa et Neptis étaient les noms de ces jeunes filles ;

72 et elles avaient de nombreux arts merveilleux — l’une d’elles experte au chant et

73 à la mélodie et en divers instruments et en musique en outre, Neptis son

74 nom. L’autre fille, Salvisa, était experte en jonglerie et

75 en sauts et en prouesses. Hérode les amena dans la maison royale pour exercer

76 leurs arts et divertir les troupes, afin qu’elles rendissent les esprits joyeux

77 et excitassent le désir chez les rois et les chefs des enfants d’Israël et de tout le pays de Juda.

895]

78 Les femmes dirent qu’elles ne feraient pas leur divertissement à moins que leur propre récompense

79 ne leur fût donnée. « Vous l’aurez », dit le roi. Elles l’y engagèrent,

80 en présence des troupes. Il leur promit cette chose. Alors les

81 jeunes filles exécutèrent des arts merveilleux avec un gracieux labeur ; et les rois et les

82 chefs les louèrent grandement. Or lorsque leur divertissement fut achevé, elles vinrent au lieu

83 où se trouvait leur mère, la femme d’Hérode, pour prendre conseil d’elle sur la récompense qu’elles devraient

84 demander au roi.

85 « Demandez la tête de Jean le Baptiste », dit la mère, « et ne prenez

86 point d’autre récompense qu’elle, et qu’elle soit apportée sur un large plat, comme un mets quelconque, depuis

87 la prison où il est jusqu’ici auprès de vous » : car Hérode avait mis Jean

88 en prison sous verrous auparavant, à l’instigation de la reine contre lui. Alors les

89 jeunes filles vinrent au lieu où était Hérode, et lui demandèrent la tête de Jean.

90 Or Hérode fut irrité de cette demande, et dit qu’il leur donnerait plutôt la

91 plus grande part de son royaume et de sa seigneurie que cette tête. Mais

92 elles ne voulurent rien de lui sinon que sa parole leur fût tenue. Aussi

93 leur accorda-t-il cette chose ; et Jean fut décapité ensuite, et sa tête fut

94 apportée sur un plat, sur la tête de l’une des femmes, dans la maison royale. Or Hérode fut

95 affligé de cela, car il craignait le peuple à cause du meurtre de Jean.

913]

96 Alors la tête fut donnée à Hérodias, la femme d’Hérode ; et

97 les disciples de Jean demandèrent le corps pour l’ensevelir. Il leur fut

98 donné, et ils l’ensevelirent honorablement, avec des hymnes et des cantiques et des louanges de

99 Dieu autour de lui, et avec une grande tristesse dans le cœur des disciples ensuite. Et la tête

100 fut ensevelie par Hérodias à l’insu des amis de Jean.

101 Alors deux saints moines vinrent de l’orient du monde après un long

102 voyage à Jérusalem pour jeûner au nom du Seigneur. Un ange de

103 Dieu vint à eux sur leur chemin et leur dit : « Il y a une certaine maison dans

104 Jérusalem, et la tête de Jean le Baptiste dedans, cachée sous la terre », dit

105 l’ange, « et je vous indiquerai où elle est, et vous l’emporterez de là ». Alors les

106 moines atteignirent Jérusalem, et ils se rendent au lieu que l’ange leur avait

107 montré, et ils soulevèrent la tête sans changement de couleur

108 ni de forme sur elle, mais telle qu’elle était à l’heure où elle fut tranchée, bien qu’elle eût été longtemps

109 cachée. Les moines mirent la tête dans une besace à livres, afin

110 de la porter avec eux dans leur propre pays. Or Acherunda — c’est-à-dire en Arabie — est le nom

111 du lieu où Jean fut décapité, et Sébaste le nom de la ville dans laquelle

112 son corps fut enseveli. Lorsque les moines poursuivirent leur chemin vers leur propre

113 pays, il arriva qu’un certain homme les rencontrât en chemin — un merveilleux forgeron c’était ; il avait quitté

114 son propre héritage par pauvreté et dénuement, et les moines mirent la besace

115 sur son dos, avec la tête de Jean dedans. Puis les moines allèrent jusqu’à une certaine

116 ville qui était sur leur route, et ils s’y attardèrent. Or Jean vint dans une

117 vision au forgeron, et lui dit : « Je suis

118 Jean le Baptiste », dit-il, « et c’est ma tête qui est sur ton dos dans la besace ;

119 lève-toi », dit-il, « et quitte les moines, et prends la tête avec toi, et tu trouveras nourriture

120 et vêtement par elle ». Aussi le forgeron se leva, quitta les moines, et prit avec lui

121 la besace et la tête dedans. Puis il se rendit à la ville qui se

122 nomme Simissena, et il y vécut longtemps ; et grand fut

123 l’honneur qu’il avait dans cette ville, jusqu’à ce qu’ils l’aimassent et

124 crussent en lui ensuite.

125 Or le forgeron fit un reliquaire d’or autour de la tête, et un

126 verrou inviolable dessus, si ce n’est quand il souhaitait l’ouvrir. Or le forgeron

127 mourut ensuite, et laissa son héritière pour en prendre soin — une pieuse veuve

128 c’était. Puis la femme mourut, et laissa le reliquaire à ses héritiers.

946]

129 Or un autre homme, nommé Eutrosius, prit le reliquaire avec la

130 tête ; et beaucoup de signes et de miracles furent accomplis pour lui à cause de la tête

131 qui était avec lui, et maladies et fléaux furent guéris par elle parmi le peuple.

949]

132 Alors la renommée des signes et des miracles de Jean le Baptiste se répandit sur le monde entier. Il fut connu

133 au sujet de cet homme que c’était en raison de cet acte, et il fut chassé de la ville.

134 Et un certain saint homme vint dans la maison où il avait été

135 à sa place : Marcellus était le nom de cet homme. Dans cette maison était

136 la tête de Jean, cachée dans la terre : or Jean vint la nuit à Marcellus et

137 lui dit que la tête était dans la terre dans cette maison ; et

138 il lui montra le lieu même où elle se trouvait, et lui dit de soulever la tête.

956]

139 Or lorsque Marcellus entendit cela, il le dit à l’évêque de la ville

140 — Laurabanus était son nom — et il était seigneur de la ville,

141 Simissena son nom. Alors les gens de la ville se rassemblèrent

142 avec l’évêque, et emportèrent avec eux la tête de Jean hors de la caverne

143 où elle se trouvait, et ils chantèrent avec eux des psaumes et des hymnes en son honneur ; et tous

144 les gens la louèrent, car ils la virent accomplir un miracle pour quelqu’un chaque jour —

145 au nom de la vierge et du saint martyr, etc.

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