1 À mes très bénis et très vénérés pères en Christ — Eufronius, Leontius, Fonteius, Viventius, Mamertus, Patiens, Verianus, Auxanius, Faustus, Paulus, Megethius, Graecus, Eutropius, Leontius, Claudius, Marcellus, Crocus, Basilius, Claudius, Ursicinus, Praetextatus, Pragmatius, Théoplast, Leucade, Viventius, Julien, Amical, Jean, Opilio et Licinius, évêques — Lucide, prêtre, vous salue.
2 Votre correction est le salut du peuple, et votre jugement est un remède. C’est pourquoi je considère comme le plus grand remède de pardonner les erreurs passées en les condamnant et de me purifier par une confession salvatrice.
3 En conséquence, conformément aux récents décrets du Concile sur la prédication, je condamne moi aussi, avec vous, cette opinion qui prétend que l’obéissance humaine au travail ne doit pas être unie à la grâce divine :
4 Qui dit qu’après la chute du premier homme, la liberté de la volonté a été entièrement éteinte,
5 Qui dit que le Christ, notre Seigneur et Sauveur, n’a pas pris sur lui la mort pour le salut de tous,
6 Qui dit que la prescience de Dieu contraint de force une personne à la mort, ou que ceux qui périssent le font par la volonté de Dieu,
7 Qui dit que quiconque pèche après avoir légitimement reçu le baptême meurt en Adam,
8 Qui dit que certains sont destinés à la mort tandis que d’autres sont prédestinés à la vie.
9 Qui dit que, depuis Adam jusqu’au Christ, aucun parmi les païens n’a été sauvé par la première grâce de Dieu — c’est-à-dire par la loi de la nature — avant la venue du Christ, parce que tous avaient perdu le libre arbitre en leur premier parent,
10 Qui dit que les patriarches, les prophètes ou les plus grands saints habitaient dans la demeure du paradis avant même le temps de la rédemption,
11 Qui dit qu’il n’y a pas de feux de l’enfer.
12 Condamnez toutes ces choses comme impies et pleines de sacrilège.
13 J’affirme la grâce de Dieu de telle manière que j’associe toujours l’effort et la lutte de l’homme à la grâce, déclarant que le libre arbitre n’a pas été éteint, mais affaibli et rendu fragile. Je proclame également que celui qui est sauvé est en danger et que celui qui périt aurait pu être sauvé. De plus, j’affirme que le Christ, notre Dieu et Sauveur, en ce qui concerne les richesses de sa bonté, a offert le prix de sa mort pour tous, et puisqu’il ne souhaite pas que quiconque périsse — étant le Sauveur de tous les hommes, en particulier des fidèles, et riche en bénédictions pour tous ceux qui l’invoquent —, il a rendu le salut accessible. Et parce que les questions de conscience doivent trouver une réponse, je rappelle avoir déjà déclaré que le Christ n’est venu que pour ceux dont Il savait d’avance qu’ils croiraient, conformément aux paroles du Seigneur : « De même que le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie en rançon pour beaucoup » ; et aussi : « Voici la coupe de mon sang, de la nouvelle alliance, qui est répandue pour beaucoup en pardon des péchés » ; et celles de l’apôtre : « De même qu’il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, de même le Christ, s’étant offert une seule fois, a porté les péchés de beaucoup ».
14 Or, à présent, en vertu de l’autorité des témoignages sacrés, qui abondent dans toute l’étendue des Écritures divines, et selon le raisonnement de la doctrine des anciens, je confesse volontiers que le Christ est également venu pour les perdus, puisqu’ils ont péri contre sa volonté. Car il n’est pas juste de limiter les richesses infinies de sa bonté et les bienfaits divins uniquement à ceux qui semblent être sauvés. Car si nous disons que le Christ n’a apporté la guérison qu’à ceux qui ont été rachetés, nous semblerions justifier ceux qui n’ont pas été rachetés, alors même qu’il est évident qu’ils doivent être punis pour avoir méprisé la rédemption.
15 J’affirme également que, selon l’ordre et le cours des âges, certains ont été sauvés sous la loi de la grâce, d’autres sous la loi de Moïse, et d’autres encore sous la loi de la nature, que Dieu a inscrite dans le cœur de tous, dans l’espérance de la venue du Christ. Cependant, depuis le commencement du monde, nul n’a été libéré du lien du péché originel si ce n’est par l’intercession de son sang sacré. Je professe également que le feu éternel et les flammes infernales ont été préparés pour les péchés mortels, car le jugement divin suit à juste titre les transgressions humaines pour ceux qui y persistent jusqu’à la fin. Et ceux qui ne croient pas cela de tout leur cœur encourent à juste titre ce jugement. Priez pour moi, saints et apostoliques pères.
16 Moi, Lucidus, le prêtre, j’ai signé cette lettre de ma propre main et j’affirme ce qui y est affirmé, et je condamne ce qui y est condamné.
