1 Saint Theliau, adorateur de Dieu dès sa plus tendre enfance, lutta pour Dieu par la prière et les veillées : il se mortifiait afin que les autres puissent s’engraisser, distribuait tout ce qu’il possédait aux pauvres et avait pitié des autres afin d’obtenir miséricorde. Il était issu de parents nobles, afin que la noblesse de la chair l’honore parmi les hommes, lui qui était déjà agréable à Dieu par la noblesse de son âme. Et à mesure qu’il grandissait en âge, en vertus et en sagesse, il fut à juste titre nommé « Hélios » par les sages — car « helios » en grec se traduit par « soleil » en latin : en effet, sa doctrine brillait comme le soleil, illuminant les cœurs des fidèles. Mais les laïcs, déformant la fin du mot, prirent l’habitude de l’appeler non pas « Elyos », mais « Eliud ». Car il fut instruit dans les Saintes Écritures par saint Dubricius, l’évêque, jusqu’à ce que celui-ci perçût que le jeune garçon était d’un tel talent que, le Saint-Esprit agissant en lui, il démêlait parfaitement les énigmes des Écritures. Alors, le saint garçon, ayant entendu parler de la renommée d’un certain sage nommé Paulin, se rendit auprès de lui et échangea avec lui les secrets des Écritures ; c’est là qu’il s’unit à saint David, un homme à la vie parfaite ; une si grande affection et la grâce du Saint-Esprit les unissaient à tel point que la même volonté, qu’elle fût exprimée ou non, valait pour eux deux.
2 Or, à l’époque de ces saints, certains peuples qui, soit à cause de leurs vêtements peints, soit en raison des marques sur leurs yeux, étaient appelés « Pictes », vinrent de Scythie en Grande-Bretagne avec une flotte innombrable ; animés par l’envie de s’emparer du pays, ils envahirent les Bretons plus par la ruse que par la force, et exercèrent contre eux, pendant un certain temps, une tyrannie prodigieuse. Leur prince, massacrant les malheureux habitants, incendiant maisons et temples, s’avança jusqu’à Menevia où il y fit construire un palais. Et voyant la sainteté de vie et les mœurs de saint David, d’Eliud et des autres saints, non seulement il les enviait, mais il leur adressait souvent de nombreux reproches. Il ordonna à son épouse d’envoyer ses servantes vers les saints afin que, par les gestes impudiques de leur corps et leurs flatteries, elles détournent l’esprit des saints de leur dessein. Celles-ci, obéissant aux ordres de leur maîtresse, feignirent la folie et devinrent véritablement folles. Voyant cela, ce persécuteur et toute sa maisonnée embrassèrent la foi du Christ et furent baptisés.
3 Car tandis que saint Theliau, également appelé Elyud, et Madocus étaient plongés dans leurs lectures, un certain serviteur vint les trouver, leur disant qu’il manquait du bois pour préparer le souper des frères. Et eux, prenant mal ce qu’ils entendaient, se rendirent en hâte dans les bois. Et voici que deux cerfs apprivoisés, venant à leur rencontre comme s’ils étaient prêts à les servir, se soumirent au joug. Et lorsque les saints revinrent avec le chariot chargé, les saints hommes marchant bien en avant, les cerfs, sans que personne ne les presse, les suivirent rapidement ; et peu après, ils apportèrent du bois et d’autres provisions au monastère.
4 Et le Seigneur envoya son ange aux saints David, Theliau et Paternus, leur ordonnant de se rendre en pèlerinage à Jérusalem et d’y recevoir des dons. Alors, ne comptant que sur le Seigneur, sans sac ni bâton, ils se mirent en route et, laissant les traces de leur sainteté à travers les différentes provinces, soulagèrent les souffrances des faibles qu’ils rencontraient. Et lorsque des brigands se dressaient sur leur chemin, non seulement ils leur cédèrent paisiblement leurs biens, mais s’ils avaient eux-mêmes, par inadvertance, laissé quelque chose derrière eux, ils l’offraient aux brigands avec un visage joyeux. Et ceux-ci, voyant la simplicité des saints, leur rendirent le butin, demandèrent pardon pour leurs actes et les conduisirent en lieu sûr.
5 Et lorsqu’ils furent entrés à Jérusalem, tout le peuple vint à leur rencontre en chantant des cantiques et des hymnes, et les conduisit au temple du Seigneur. Car, après y avoir passé trois jours en prière, ils étaient si absorbés dans la contemplation des choses célestes qu’ils en oubliaient complètement les choses terrestres. Pendant ce temps, tout le clergé attendait attentivement, observant lequel des saints choisirait pour lui-même quel siège une fois la prière terminée, afin que, comme un ange du ciel le leur avait enseigné, ils puissent, par le choix des sièges, désigner celui qu’ils devaient nommer prélat au-dessus des autres. Car il y avait dans le temple trois trônes destinés depuis les temps anciens aux anciens. Theliau choisit le plus bas et le plus humble d’entre eux, laissant le plus noble à ses frères par respect. Voyant cela, tous ceux qui étaient présents, se prosternant face contre terre devant l’homme de Dieu, dirent : « Salut, saint Theliau de Dieu, et accorde-nous gracieusement que tes prières aient de l’effet pour nous auprès du Seigneur, puisque aujourd’hui tu as été élevé au-dessus de tes autres frères, en prenant place sur le siège de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a prêché le royaume de Dieu à nos pères. » L’homme de Dieu, entendant cela, se leva avec un grand émerveillement et se prosterna à terre, en disant : « Heureux l’homme qui n’a pas marché selon les conseils des impies, qui ne s’est pas tenu sur la voie des pécheurs, et qui ne s’est pas assis sur le siège de la pestilence. Et béni soit le Sauveur qui a choisi d’avoir son siège fait de bois, qui, par le bois, a voulu secourir le monde périssant. »
6 Tous lui demandèrent donc de leur raconter une parabole sur le Christ afin de les instruire dans les vertus, afin que, de même qu’il l’avait imité en s’asseyant sur le trône, il l’imite aussi en prêchant la parole de Dieu. Lui, voyant l’amour de la parole divine brûler dans leurs cœurs, alors qu’il maîtrisait pas du tout leur langue, fut saisi d’une sollicitude et d’une angoisse prodigieuses. Pourtant, afin de satisfaire le peuple suppliant et son désir, il se mit à exposer les Écritures sacrées ; et chacun des spectateurs l’entendit parler dans sa propre langue. Et lorsque tous eurent été si touchés par la douceur de son discours que plus ils l’écoutaient, plus ils désiraient l’entendre, craignant qu’il ne semble s’arroger la fonction de prédicateur s’il prêchait seul, il dit au peuple : « Écoutez maintenant de la bouche de mes frères les paroles de vie, qui sont plus parfaits que moi dans la vie et plus dignes d’être aimés dans la doctrine. » Saint David et Paternus se levèrent donc et prêchèrent au peuple, tous les comprenant parfaitement dans leur propre langue.
7 Après ces événements, avertis par un ange, ils furent choisis par le clergé et le peuple et élevés à la dignité pontificale ; et comme pour témoigner de la grâce qu’ils avaient reçue là par la générosité du Seigneur, trois dons précieux leur furent offerts, selon ce qui convenait à chacun : à Paternus, un bâton et une chape chorale tissée de soie précieuse, car ils avaient vu en lui un excellent chantre ; et à saint David, un autel merveilleux, dont personne ne savait de quelle matière il avait été fait ; car il avait célébré la messe avec plus de grâce que les autres. Mais au bienheureux Theliau, ils donnèrent une cloche plus célèbre que grande, plus précieuse que belle, car par la douceur de son son, elle semble surpasser tous les instruments : elle condamne les parjures, guérit les malades ; et à chaque heure, elle sonnait sans que personne ne la fasse tinter, jusqu’à ce que, les péchés des hommes exigeant que ceux qui la manipulaient imprudemment de leurs mains souillées en subissent les conséquences, elle cesse d’accomplir ce service si doux. Car, de même que la cloche invite tout le monde à sortir de la torpeur du sommeil et de la paresse pour se rendre à l’église, de même saint Theliau, fait héraut du Christ, poussait sans cesse ses ouailles vers le ciel par la parole et l’exemple, en prêchant sans relâche.
8 Ainsi, les saints de Dieu, revenus sains et saufs dans leur région, ne purent rester longtemps dans ce pays à cause de la peste qui avait décimé la quasi-totalité de la population. Or, cette peste était appelée « la jaune », car elle rendait jaunes et exsangues tous ceux qu’elle envahissait. Elle apparaissait aux hommes sous la forme d’une colonne de nuage aqueux, balayant une partie de la terre, en entraînant une autre vers le haut à travers les airs, et parcourant toute la région. Et tous les êtres vivants qu’elle touchait de son souffle pestilentiel mouraient aussitôt ou tombaient gravement malades jusqu’à la mort. Et si quelqu’un tentait d’appliquer un remède au malade, la peste noire entraînait le guérisseur avec le malade vers la destruction, sans que le remède ne produise d’effet. Et tandis que cette peste faisait rage parmi les hommes et le bétail, saint Theliau implora le Seigneur par le jeûne et les lamentations, en disant : « Épargne, ô Seigneur, épargne ton peuple, qui ne désire pas la mort du pécheur mais sa vie, et ne livre pas ton héritage à la perdition. » Et la colère de Dieu ayant enfin été apaisée pour un temps par sa prière et celle des autres saints, il partit, averti du ciel, avec ceux qui restaient du peuple vers des contrées lointaines, jusqu’à ce que Dieu daigne leur signifier un retour dans leur pays. Et Dieu, à qui appartiennent toutes choses et qui est plein de miséricorde, regardant avec bienveillance non seulement la misère du peuple, mais aussi le saint qui intercédait en sa faveur, leur accorda de revenir de l’exil et d’être entièrement délivrés du péril.
9 Et l’homme de Dieu, rassemblant les rescapés du peuple, retourna sur sa terre natale et exerça la primauté sur toutes les Églises de la Bretagne occidentale jusqu’à la fin de sa vie. Enfin, saint Theliau, plein de vertus et de toute sainteté, à un âge avancé, quitta ce monde le 9 février et monta au ciel.
10 Or, la nuit de sa mise en terre, une grande dissension éclata entre les trois clergés de ses trois églises, chacun faisant valoir ses propres autorités et privilèges pour obtenir sa dépouille. Mais finalement, après avoir délibéré avec discernement, ils convinrent de recourir à la prière et au jeûne, afin que le juge suprême, le Christ, qui est la véritable autorité et le véritable privilège des saints, daigne montrer à qui le corps de son saint devait être confié de la manière la plus digne. Et le matin venu, un certain ancien, en inspectant l’endroit où le corps du saint avait été déposé, s’écria d’une voix forte : « Notre prière a été exaucée, mes frères, par le Seigneur. Levez-vous et voyez ce que le Christ Seigneur a accompli pour apaiser votre discorde, afin que, tout comme dans la vie très sainte du bienheureux confesseur Theliau, ainsi aussi dans sa mort, des miracles s’accomplissent pour l’honneur et la louange de Dieu. » Et voici qu’ils virent là trois corps, d’une stature égale, au teint identique, et dont les traits, tant ceux du corps que ceux des vêtements, ne différaient en rien. Ainsi, la discorde étant apaisée, chacun reprit avec joie son propre corps et les enterra en divers lieux avec la plus grande révérence. L’un de ces corps est conservé dans l’église de Llandaff, un autre non loin de la ville de Carmarthen, et le troisième dans l’ouest du Pays de Galles, où il est tenu en grand honneur.
Une autre histoire #
1 [Ajouté dans le manuscrit de Tibère.] Il y avait un certain moine dans une grotte, d’une abstinence extrême, rayonnant de toutes les vertus de l’esprit. Et lorsque, confiant dans ses progrès, il n’attribua pas tout à Dieu mais quelque chose à lui-même, le tentateur, voyant cette présomption, prit un soir l’apparence d’une femme errant dans le désert. Celle-ci, feignant la fatigue à l’entrée de la grotte comme si elle allait s’évanouir, se jeta à l’intérieur et, s’agrippant à ses genoux, le supplia d’avoir pitié d’elle : « La nuit, dit-elle, m’a rattrapée : permets-moi de me reposer dans un coin de ta cellule, de peur que je ne devienne la proie des bêtes. » Et lui, d’abord par pitié, l’accueillit dans la grotte, lui demandant la raison de son errance dans le désert. Mais elle feignit une raison, et entre-temps, elle entrelaça les poisons de ses flatteries dans la trame de son récit ; tantôt se montrant digne de pitié, tantôt digne d’être défendue, par l’élégance et la douceur de son discours, elle détourna l’affection de l’homme vers un amour séducteur. C’est ainsi que s’entremêlent désormais des conversations plus mielleuses, des plaisanteries et des rires ; sa main, sans aucune pudeur, se tend vers son menton et sa barbe, comme en signe de révérence ; puis, plus doucement, elle effleure son cou et lui caresse la gorge. Que dire de plus ? Enfin, elle fait prisonnier le soldat du Christ : car, bouillonnant aussitôt sous les vagues de la luxure, oubliant même ses labeurs passés et sa vocation, il tentait désormais de se livrer à des étreintes obscènes. Mais elle, poussant un hurlement des plus hideux, se transformant en une ombre vaporeuse, se glissa entre ses mains qui la serraient et le quitta en le couvrant de la plus ignoble moquerie. Alors une multitude de démons, rassemblés dans les airs devant ce spectacle, s’écrièrent d’une voix puissante : « Ô toi qui avais coutume de t’élever jusqu’au ciel, comme tu es plongé en enfer ! Apprends donc que celui qui s’élève sera abaissé. » Alors, comme rendu fou, et ne supportant pas la honte de sa tromperie, il se trompa lui-même plus gravement encore qu’il n’avait été trompé par les démons. Car alors qu’il aurait dû se ressaisir et reprendre le combat, désespérant de lui-même, il s’abandonna à toute impureté et à toute impiété.