1 [Note de l’éditeur : des chiffres parasites apparaissent dans le texte source ; ils ont été retranchés là où le contexte montrait qu’ils n’appartenaient pas au texte. Le texte latin est ici rendu en français.]
2 En l’année de l’incarnation du Seigneur cinq cent quarante-sept, et quatre-vingt-dix-huit depuis l’arrivée des Angles en Bretagne, Ida, premier roi issu des Angles, commença à régner dans la province des Northumbriens, de qui toute la souche royale de cette province tira premièrement son origine. Car ce même Ida était venu avec son père le comte nommé Eoppa, avec quarante navires, à Flamburgh près de Scarburgh ; et de là s’avançant, il occupa les contrées du nord et commença à y régner, et gouverna le royaume douze ans. Or Ida engendra six enfants : à savoir Adda, Ethelric, Theoderic, Ethric, Theotheri, Osmer ; et d’une concubine six autres, à savoir Ogg, Alric, Ecca, Osbald, Scor et Steotheri. Ida mort, Elle succéda dans le royaume des Deiriens, tandis qu’Adda fils d’Ida ne reçut que le royaume des Berniciens. Cet Elle toutefois ne descendait pas de la semence d’Ida, mais il tirait, comme Ida, son origine de Woden. Car le royaume des Deiriens s’étendait jadis du fleuve de la Humber jusqu’au fleuve Tyne ; le royaume des Berniciens s’étendait du fleuve Tyne jusqu’à la Mer Écossaise, qui dans la langue des Écossais se nomme Forth. Tout ce qui était entre les fleuves Tyne et Tees n’était alors que l’immensité d’un désert, et c’est pourquoi il ne servait à la domination de personne, puisque c’était seulement l’antre et la demeure des animaux indomptés et sauvages. Adda régna en Bernicie huit ans ; après lui Glappa, Hussa, Fridwif, Theoderic, Ethelric régnèrent successivement vingt-six ans. À ceux-ci succéda, huitième, Ethelfrid, qui tint le royaume de Bernicie vingt-quatre ans. Celui-ci, prenant pour femme Acca fille d’Elle roi des Deiriens, engendra sept fils : à savoir Eanfrid, Oswald, Oswi, Oslac, Osmund, Osaph, Offa. Desquels Eanfrid et Oswald étaient issus de la fille du roi Elle, les autres en vérité étant nés de concubines. De la succession du roi Elle on peut voir plus bas dans la vie des saints rois Oswin et Edwin. Le roi Ethelfrid étant enfin tué par Edwin, ses fils, prenant la fuite avec leur mère Acca, se tinrent cachés en Écosse durant tout le temps du roi Edwin leur oncle. Là en vérité Oswald, adolescent de bonne nature, recevant pieusement la doctrine et la foi de sa mère, mérita la grâce du baptême. Durant le temps de son pèlerinage, apprenant parfaitement la langue des Écossais, il renonça parfaitement à sa vieille manière de vivre. Le roi Edwin étant enfin tué, le fils de son oncle Elfric, nommé Osric, reçut le royaume des Deiriens, et Eanfrid, fils du roi Ethelfrid, frère d’Oswald, reçut le royaume des Berniciens ; et rejetant la foi du Christ, ils se soumirent au culte des idoles. Sans délai, le roi des Bretons Cadwalla les tua tous deux par le juste jugement de Dieu. Ceux-ci ainsi détruits, Oswald, frère d’Eanfrid, survenant avec une petite armée, muni de la foi du Christ, Cadwalla fut tué avec ses immenses forces, auxquelles il se vantait que rien ne pouvait résister, au lieu qui se nomme Denisburn, c’est-à-dire le ruisseau de Denis. Ce lieu-là est jusqu’à ce jour tenu en grande vénération : là Oswald, allant au combat, dressa le signe de la sainte croix, et les genoux fléchis supplia le Seigneur qu’en une si grande nécessité des choses il secourût ses adorateurs d’une céleste aide. Car lorsque la croix de bois eut été faite et dressée, Oswald dit : « Fléchissons tous les genoux, et supplions le Dieu tout-puissant, vivant et vrai, qu’il nous défende par sa miséricorde de l’ennemi orgueilleux et féroce. Car lui-même sait que c’est pour le salut de notre peuple que nous avons entrepris de justes guerres. » Et lorsqu’il eut prié Dieu d’un esprit dévot, au pointe du jour ils s’avancèrent contre l’ennemi et obtinrent la victoire selon le mérite de leur foi. En ce lieu de l’oraison, d’innombrables vertus de guérisons sont connues avoir été opérées, en témoignage et en mémoire de la foi du roi. Car beaucoup, coupant du bois même de la très sainte croix de petites chevilles et les mettant dans l’eau, les donnèrent à boire à des hommes ou des bêtes languissants, ou les en aspergèrent, et ils recouvrèrent bientôt la santé. Or ce lieu se nomme Heavenfield, c’est-à-dire le « Champ céleste », et il est près de ce fameux mur, au nord, par lequel les Romains jadis, pour repousser les assauts des barbares, ceignirent toute la Bretagne d’une mer à l’autre. Là en vérité une église fut ensuite bâtie, et elle n’est pas fort distante de l’église de Hexham. Et avant ces temps-là il n’y avait nulle église, nul autel dans toute la nation des Berniciens, avant que le roi Oswald dressât la croix dans cette bataille. Un certain moine de Hexham, glissant un jour par imprudence sur la glace, tomba soudain et se brisa le bras, et se mit à être cruellement fatigué. De la vieille mousse dont la surface du bois de la croix était couverte, il prit et posa auprès de lui dans son lit ; et au milieu de la nuit, comme il s’éveillait, il retrouva son bras et sa main sains, comme s’il n’avait jamais eu tant de mal. Saint Oswald donc, neveu du roi et martyr Edwin par sa sœur, ayant obtenu le royaume, demanda et obtint de la nation des Écossais, parmi lesquels il avait été baptisé au temps de son exil, le saint homme Aidan comme évêque, pour instruire le peuple qu’il gouvernait. Or cet homme était d’une suprême douceur, piété et modération, ayant le zèle de Dieu, quoique non pleinement selon la science. Car il observait le jour de Pâques à la manière de sa nation, de la quatorzième lune jusqu’à la vingtième : ce que faisaient aussi en ce temps la province septentrionale des Écossais et toute la nation des Pictes. Le roi Oswald lui donna le lieu du siège épiscopal, là où lui-même le demandait, dans l’île de Lindisfarne : lequel lieu, au flot et au reflux de la marée, est deux fois par jour environné d’eaux comme une île de la mer, et deux fois, la grève dénudée, est rendu contigu à la terre ; et écoutant humblement et volontiers ses avertissements en toutes choses, il prit soin de bâtir et d’étendre les églises dans son royaume. Or il arrivait souvent, spectacle admirable, que l’évêque évangélisant, qui ne connaissait pas parfaitement la langue des Angles, le roi lui-même l’interprétât en anglais au peuple, ainsi qu’à ses ducs et à ses ministres. Alors affluaient quotidiennement de la nation des Écossais, pour prêcher aux Angles, des moines du monastère d’Aidan qui était dans l’île de Hy, des plus fameux : laquelle île de Hy appartenait au droit des Angles, n’en étant séparée que par un détroit peu large, mais donnée jadis par donation des Pictes aux moines écossais, parce que c’était par leur prédication qu’ils avaient reçu la foi du Christ. On bâtissait donc des églises de lieu en lieu, les peuples affluaient joyeux pour entendre la parole, des possessions et des territoires étaient donnés par la munificence royale pour construire des monastères. Oswald donc, instruit par l’exemple et la parole d’Aidan, obtint non seulement l’espérance du royaume céleste, mais aussi l’accroissement du royaume terrestre plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Car outre qu’il réunit en un seul corps les provinces des Berniciens et des Deiriens, qui jusque-là étaient divisées, il reçut sous sa domination toutes les nations de la Bretagne, qui alors se partageaient en quatre langues : celles des Bretons, des Pictes, des Écossais et des Angles. Il ne permit pas qu’un seul fidèle fût publiquement pauvre, lui qui prenait soin de sustenter, par des domaines ou de copieux dons, tous les pauvres dont il savait l’indigence. Comme donc il prodiguait ainsi l’œuvre de dilection à ceux qui lui étaient soumis par la grâce de Dieu, il advint par la dispensation divine qu’il voulût éprouver et éprouver la foi des récemment convertis par des flagellations. Une grave peste étant donc répandue de toutes parts par l’Angleterre, très nombreux, périssant d’un très cruel carnage, montèrent aux royaumes célestes. Lors donc que le saint roi vit que le jugement de la divine animadversion menaçait le peuple qui lui était soumis, avec larmes et voix plaintives et gémissements il se mit à attribuer ce fléau de Dieu surtout à ses propres péchés, disant : « C’est moi, dit-il, Seigneur, qui ai péché, c’est moi qui ai agi iniquement : ceux-ci qui sont des brebis, qu’ont-ils fait ? Sur moi, Seigneur, et sur ma maison que se tourne le glaive de ta vengeance, si toutefois mon iniquité ou celle des miens mérite cela. » Comme donc il insistait longuement en prières et en larmes, il fut soudain saisi de cette même peste par la volonté de Dieu : car il plut à la divine piété que le vase de son élection fût purifié de toute souillure de la conversation terrestre, afin que rien de la vanité mondaine ne demeurât du tout dans son corps. Et comme il était venu à l’extrémité de la vie, la vigueur de l’esprit défaillant entièrement, il se mit à dresser les yeux au ciel et à remuer les lèvres comme s’il s’entretenait avec certains. Les yeux de son intelligence, en vérité, comme il le rapporta ensuite aux sacrés évêques, voyaient souvent, ensemble avec les yeux corporels, certains esprits angéliques l’assister en une éclatante contemplation ; du nombre desquels trois, s’approchant pour le consoler, dirent : « Oswald, roi très élu de Dieu, ne crains pas l’horreur de la mort : réputé notre collègue et consort au ciel, le terme de ta vie accompli, tu devras être adjoint à notre collège. Tu ne mourras pourtant pas en ce temps, ni ne dois être frappé davantage de l’âcreté de cette pestilence. Le Christ, prenant en pitié les angoisses de ta désolation, a délivré tout le peuple des Angles de la peste et du carnage, absous par tes mérites et tes prières, et ajoutant miséricordieusement tant d’années à ta vie, il a institué que tu doives être couronné par le martyre, et il nous a délégué la garde de toi, désormais, tant vivant que mourant. » Ils lui désignèrent le jour et l’heure de son martyre, assurant qu’ils seraient alors présents pour lui. Leurs faces rayonnaient au-dessus de la clarté du soleil, mais le roi ne pouvait en expliquer la forme par des paroles. Sur ces mots ils furent reçus au ciel loin de ses yeux. Car le roi étant aussitôt rendu à la santé, nulle peste ne présuma troubler les confins des Angles durant les jours de sa vie. Dès ce temps il se montra en toutes choses amendé devant Dieu et devant les hommes, et attendit avec joie l’issue de sa vie. Il transcenda par dévotion d’esprit les vanités de la vie passée, et racheta chaque jour par des aumônes et des larmes les négligences passées. Après cette vision aussi, il conserva désormais avec son épouse Kyneburga, fille de Kynegils roi des Saxons de l’Ouest, la pureté de la chasteté. Or saint Oswald fut toujours humble, bénin et large envers les pauvres et les pèlerins. Car un certain jour de Pâques, l’évêque Aidan étant assis avec lui à table, une grande multitude de pauvres vint à la porte du roi demander l’aumône, et le roi n’ayant rien d’autre à portée de main à tendre, envoya aux pauvres le plat même posé devant lui, le brisant menu avec le plat d’argent. À cette vue, le pontife, se réjouissant d’un tel fait, saisit sa main droite et dit : « Je prie Dieu que jamais ne vieillisse cette main. » Ce qui ainsi se fit : car Oswald étant ensuite tué, le bras retranché du corps dura jusqu’ici incorrompu. Enfin, livrant une grave bataille, il fut tué par la même nation païenne et par le païen Penda roi des Merciens, par qui aussi son prédécesseur Edwin avait été tué, au lieu qui dans la langue des Angles se nomme Maserfeld, en la trente-huitième année de son âge, aux nones d’août. Or ce lieu est limitrophe des confins de l’Armorique, c’est-à-dire du pays de Galles — car jadis la plus grande partie du pays de Galles était dite Armorique. De la ville de Shrewsbury ce même lieu est distant d’environ sept milles vers ledit pays de Galles, et il échoit à la juridiction de l’abbé de Shrewsbury ; il est aussi séparé du fossé du roi Offa, qui divise l’Angleterre et le pays de Galles, de moins d’un demi-mille, et du monastère de Wenlock de seize milles. En ce champ en vérité une église, qui se nomme « l’Église Blanche », est fondée en l’honneur de saint Oswald, et non loin de là sourd une source pérenne, qui par les habitants est nommée « la fontaine de saint Oswald ». Or le roi Penda ordonna que la tête coupée de saint Oswald, avec ses bras, fût suspendue à des poteaux durant un an. Car le roi Oswald, ayant premièrement subjugué le royaume des Merciens et mis en fuite le roi Penda dans le pays de Galles, celui-ci, rassemblant des forces de païens, tua le saint roi Oswald au lieu susdit. La tête étant ensevelie dans le cimetière de Lindisfarne, une lumière émise du ciel reluisit fréquemment en ce lieu comme une lampe, tantôt comme une forme blanche quelconque ; tantôt comme une chandelle, tantôt éclatante comme une étoffe. La tête étant ensuite retirée, elle est honorifiquement placée dans la cité de Bamburgh. La dévotion du peuple croissant enfin envers les reliques du saint, il n’y en avait pas qui recueillît dignement les précieuses reliques de ce saint, ni leur montrât une garde diligente. Un certain moine donc, venant du bourg de saint Pierre dans ces contrées, et explorant diligemment le secret de l’église où les reliques étaient déposées, l’occasion venue, tira le bras de saint Oswald de sa châsse et l’emporta secrètement avec lui, et le plaça avec honneur dans son monastère. Car il préféra être le ravisseur sacrilège d’un tel vol, plutôt que de se priver d’un si grand trésor, accusateur malhonnête de sa propre conscience. Car du crime du péché il acquit en quelque manière la louange de la gloire, lorsqu’il dédommagea de la note de son infamie le comble d’honneur pour son église, et mérita d’acquérir au saint martyr une perpétuelle vénération. Un an s’étant écoulé après le martyre de saint Oswald, un certain personnage apparut en vision au roi Oswi, disant :
3 « Va, dit-il, le plus vite possible, et cherche diligemment la tête avec les bras de ton frère tué pour le Christ. Car la clémence du Christ a estimé indigne que la tête fût fichée plus longtemps sur un poteau : la bonté de Dieu a disposé d’honorer aussi les bras avec les mains, et n’a pas permis qu’ils fussent lésés par les volatiles du ciel, ni maculés de leur beauté en si longtemps. La main droite avec le bras, tu ne la trouveras plus sur un poteau, mais dans des eaux vives, là où de l’esprit même, du plus dur rocher, une vive source a commencé d’émaner. » Ces mots dits, ce héros disparut, et le roi, hâtant son voyage avec diligence, accomplit les ordres et ensevelit la tête dans le cimetière de Lindisfarne, et déposa le bras à Bamburgh. La reine des Merciens Ostrida, fille du roi Oswi, apporta aussi avec elle le corps et les os, et les porta jusqu’au monastère de Bardney en Lindsey : mais les moines la repoussèrent, portant envie au mort, parce qu’il avait pris le royaume sur eux par le droit de la guerre ; mais au milieu de la nuit, une colonne de lumière étant vue émise du ciel sur le corps, ils demandèrent aussitôt ce qu’ils avaient auparavant rejeté. Là en vérité, du sang tombé, le gazon reverdit. Longtemps après les années de son martyre, saint Cuthbert, apparaissant à un certain homme dévoué à son service, dit : « Lève-toi, dit-il, et ne diffère pas de m’apporter la tête de saint Oswald, gardée négligemment dans l’église de Bamburgh, afin qu’elle repose avec moi en un même coffre. Car ce que Dieu m’avait désigné en me le confiant, enseveli dans mon cimetière, il ne devait pas m’en être séparé par la violence des hommes. » L’homme se levant et parvenant au lieu désigné, l’occasion offerte, embrassant la tête du martyr, revint en hâte à la maison. Et voici, le sépulcre de saint Cuthbert, d’un mouvement intérieur retentissant, se vit s’ouvrir soudain sans le toucher d’aucune main, et, la tête déposée avec lui, se refermer de son propre mouvement. Vers l’année du Seigneur neuf cent neuf, comme on lit dans les histoires, les os de saint Oswald furent translatés de Bardney jusqu’à Gloucester, par Ethelred duc des Merciens, là où il bâtit un monastère en l’honneur de saint Oswald.
4 Combien grande fut la foi d’Oswald en Dieu, quelle dévotion d’esprit, cela brilla aussi après sa mort par des miracles de vertus. Car au lieu où, combattant pour sa patrie, il fut tué par les païens, jusqu’à ce jour les guérisons des infirmes ne cessent d’être célébrées. Et il n’est pas étonnant qu’au lieu de sa mort les infirmes soient guéris, lui qui toujours, tandis qu’il vivait, ne cessait de consulter les infirmes et les pauvres, de donner l’aumône, de porter secours. Au lieu même de son martyre, une certaine paralytique est guérie. De la poussière du lieu de son martyre, suspendue au poteau d’une certaine maison, la maison toute entière s’étant consumée par le feu, seul le poteau auquel la poussière pendait demeura intact. Comme un certain homme était gravement tourmenté par un esprit immond, on apporta de l’eau dans laquelle les os du saint martyr avaient été lavés : et voici, le démoniaque se tut soudain, et comme relâché dans le sommeil, il composa la tête et les autres membres en repos. Et après un petit espace d’heure il se rassit, et soupirant gravement dit : « Dès que la vierge avec la petite boîte s’est approchée de l’atrium de la maison, tous les esprits malins qui m’oppressaient se sont retirés, et me laissant ne sont nulle part apparus. » Car ils racontent de saint Oswald qu’au temps de la louange matinale il persistait souvent en prières jusqu’au jour, et qu’à cause de cette coutume de prier ou de rendre grâces au Seigneur, il avait toujours, où qu’il fût assis, l’habitude de tenir les mains tournées sur ses genoux. Or il est divulgué que même entre les paroles de l’oraison il finit sa vie : car lorsque, environné d’ennemis, il se vit devoir périr, il pria pour les âmes de son armée. D’où il se dit en proverbe : « “Dieu aie pitié des âmes”, dit Oswald en tombant à terre. » À Farnham une église fut construite en l’honneur de saint Oswald, dans laquelle beaucoup sollicitant ses bienfaits ont souvent éprouvé des remèdes d’infirmité et d’incommodité. Un certain larron en ayant furtivement emporté les clés, entra par la porte ouverte, et ravissant tous ses ornements les emporta. Et voici, la lumière de ses yeux s’obscurcissant, il ignora entièrement où il se tournait. Le prêtre enfin survenant, le malheureux implorait sa miséricorde avec d’abondantes larmes, et se jugeant coupable et méritamment damnable, révéla ce qu’il avait frauduleusement fait à l’instigation du diable. Ce qu’entendant, le prêtre, rendant d’immenses grâces à Dieu et au bienheureux Oswald, plaignit son erreur et le laissa aller libre. Comme au monastère de Selsey et partout dans la province la peste de la mortalité sévissait et que beaucoup étaient de toutes parts ravie de cette vie, il parut aux frères d’indiquer un jeûne de trois jours et de supplier humblement la divine clémence, afin qu’elle daignât leur impartir sa miséricorde et, ou délivrer de la présente mort ceux qui périssaient de ce mal, ou garder d’une perpétuelle damnation de l’âme ceux qui étaient ravis du monde. Il y avait alors dans ce monastère un certain enfant, qui, touché de la même infirmité, gisait dans son lit ; à qui les princes des apôtres daignèrent apparaître, disant : « Ne crains pas, enfant, la mort dont tu es soucieux : car nous devons te conduire aujourd’hui aux royaumes célestes. Appelle donc à toi le prêtre Eoppa et dis-lui que le Seigneur a exaucé vos prières et a regardé propice votre dévotion et vos jeûnes, et que nul de ce monastère ne mourra de ce fléau, sinon toi seul, qui dois être aujourd’hui conduit à la vision de Dieu au ciel. Ce que la divine clémence a daigné vous conférer par l’intercession du glorieux roi Oswald : car en ce jour ce même roi, éteint en bataille par les infidèles, fut bientôt assumé aux joies sempiternelles des âmes au ciel, associé aux armées des élus. Qu’ils célèbrent donc des messes, soit pour l’action de grâces, parce que vos oraisons ont été exaucées, soit aussi en mémoire du roi susdit qui priait suppliant Dieu pour eux. » L’enfant ayant raconté ce qu’il avait entendu, mourut le même jour : et toutes les choses qu’il avait dites furent trouvées vraies ; et le jour natal de saint Oswald commença dès lors à être vénéré dans les monastères.
5 [Le manuscrit Tiberius ajoute : Narratio.]
6 Un certain courtisan reçut au très saint samedi de Pâques la fille d’une certaine jeune fille au baptême. Lui, revenant à la maison après le jeûne, et enivré de beaucoup de vin, demanda que cette même fille restât avec lui, et cette nuit-là — ce qu’il est abominable de dire — la perdit. Il passa en vérité six jours gai et sûr, estimant que le Seigneur, ou n’avait pas vu son crime, ou l’avait miséricordieusement remis à l’impénitent : le septième jour il mourut soudain. Et lorsqu’il eut été mis en sépulture, durant longtemps, tous le voyant, une flamme sortit de son sépulcre, et consuma si longuement ses os que tout le sépulcre fût consumé, et que la terre qui avait été amoncelée sur le tombeau parût défoncée. Ce que faisant, le Dieu tout-puissant montra ce que son âme souffrait en secret, lui dont le corps aussi la flamme consuma devant les yeux des hommes.]