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La seconde vie de saint Foillan, évêque et martyr

·4841 mots·23 mins

Chapitre premier : La naissance de saint Foillan, son voyage en Belgique, et sa demeure à Nivelles #

Ici commence la Vie ou Passion de saint Foillan, évêque et martyr, qui se célèbre la veille des calendes de novembre.

1 Par la voix du psalmiste nous sommes avertis de louer le Seigneur notre Dieu plein de grâce dans ses saints, comme il dit : « Louez le Seigneur dans ses saints. » Lequel, bien qu’il soit en lui-même grand et excessivement digne de louange, est pourtant en ces mêmes saints glorieux et merveilleux, et en toutes choses dignement à louer. Car qu’y a-t-il de plus digne que de rendre à notre Dieu, par ses dignes serviteurs, les louanges et les grâces dues en cœur, en parole et en œuvre pour son ineffable miséricorde — à laquelle nous ne pouvons en aucune manière faire retour — selon le dire de l’Apôtre : « Rendant grâces à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part au sort des saints dans la lumière ; qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés. » Puisque donc, par la grâce de Dieu seul, nous avons été arrachés à la puissance des ténèbres — c’est-à-dire du diable et de ses anges — et transportés dans le royaume du Fils de son amour, à savoir que nous-mêmes fussions une génération élue, un sacerdoce royal, offrons-lui le sacrifice de la louange due, déclarant les vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière, et à une part du sort des saints. De laquelle sainte vocation il institua d’abord les apôtres comme ministres, à qui aussi il dit : « Vous êtes la lumière de ce monde. » Ensuite, comme la lumière de cette même foi s’affermit et resplendit au loin, il leur joignit de toutes parts les pasteurs plus éclatants des Églises, qu’il exalta tant à la gloire de la grâce que, joints aux troupeaux qu’ils présidaient — de tout ordre, sexe et âge — ils menassent avec eux une innombrable armée de noble soldats, combattant jusqu’à une mort précieuse pour l’amour de leur Roi. Pour le mérite de la foi, de la patience et de la victoire desquels ils méritèrent de recevoir la palme de la gloire céleste et la couronne de la béatitude éternelle.

2 Dans la sainte compagnie desquels le bon enfant Foillan fut préconnu dès le commencement et prédestiné à avoir sa place ; il naquit en Irlande d’une souche royale, et ennoblit la noblesse de sa naissance par la générosité d’un noble esprit. Car dès sa toute enfance il se dévoua sans cesse au service de Dieu. Et bien que par nation il semble non nôtre mais étranger, il nous fut pourtant dirigé comme spécialement nôtre par le don de la divine providence, lorsqu’elle établit des ministres du salut de l’homme en toute partie du monde. Ce saint homme donc, parvenu à maturité à travers les années progressantes en droiture, tandis qu’il passait le pèlerinage de cette vie présente, se montra en toutes choses un modèle de bonnes œuvres. Mais après qu’il eut été transporté, par le patronage de ces mêmes œuvres, au royaume de la vie céleste, il plaide maintenant pour nous par les mérites de ses intercessions.

3 Le cours de sa vie, jadis en vérité couché dans un style insuffisamment poli, nous sommes maintenant contraints — votre charité, frères, le demandant et plutôt le commandant — de l’écrire de notre plume, humble qu’elle soit et, comme il est clair pour tous les savants, inhabile. Pourtant, afin que tous ceux qui voudront lire ou entendre ces choses sachent quel homme il était et combien grand : à la louange du nom du Seigneur, par le don duquel il fut tel et si grand, et afin que vous saisissiez les exemples de sa louable vie, nous présentons devant votre sainteté, comme vous l’avez commandé, peu de choses parmi beaucoup, brièvement et fidèlement commémorées.

4 De très nombreux saints, que la divine grâce accorda à son Église comme modèles à imiter, la manière de vivre fut de cette sorte : que des moindres choses ils s’élevèrent aux plus grandes, des inférieures aux plus hautes, de commencements imparfaits aux hauteurs perfectionnées de la vertu. Mais ce bienheureux père Foillan, comme s’il lui eût répugné de gravir les échelons de l’échelle s’étendant vers le haut avec un lent labeur de pas — porté en haut par la divine grâce — rechercha d’un vol d’aigle, pour ainsi dire, les plus hauts sommets de la vertu ; et avec le très bienheureux patriarche Abraham, entendant la voix du Seigneur : « Sors de ta terre et de ta parenté », il obéit très joyeusement, imitateur de sa foi et de son œuvre. Il laissa donc sa parenté, il laissa aussi son pays, et entra dans un pèlerinage volontaire. Et pour cette raison il hérita à juste titre, comme fils d’Abraham, la bénédiction des enfants d’Abraham — la terre, à savoir, de la promesse, qui est très véritablement appelée la terre des vivants, parce que là tous vivent sans crainte de la mort. Combien merveilleux en vérité apparut ce saint dans cette action, lui qui en un même acte imita les chefs des pères de chaque testament, l’ancien et le nouveau ! Car il fut non seulement un imitateur d’Abraham, en ce qu’à l’avertissement angélique il abandonna son pays et sa parenté, mais aussi un suiveur des pas des apôtres, en ce qu’à l’avertissement du Seigneur il laissa tout ce qu’il avait, avec la volonté de posséder. Puisque donc il accomplit ce qu’il y a de plus haut dans les préceptes, il gagna aussi ce qu’il y a de plus haut dans les récompenses — à savoir le centuple en ce monde, et dans le monde à venir la vie éternelle et un trône de jugement. Ô combien précieux est ce commerce qui se fait avec Dieu sans aucune comparaison de prix ! Ô combien heureux les marchands d’une si heureuse marchandise ! Ils donnent des choses temporelles, ils reçoivent des éternelles. Ils abandonnent ce qui périt, ils reçoivent ce qui fleurit d’une stabilité immuable. Ils abandonnent des choses transitoires, ils reçoivent des choses qui durent sans fin. Qui donc ne rechercherait de toute ardeur une si grande marchandise, par laquelle pour de la glaise on gagne de l’or, pour des choses terrestres des célestes ? Courons donc, frères, courons tous, hâtons-nous de tout notre désir ; qu’il n’y ait pas de délai dans notre hâte — tant qu’il est temps, tant qu’il est loisir, tant que notre marchand attend ; tant que sans acception de personnes il appelle tous à lui, tant qu’aux affamés et aux assoiffés il crie chaque jour par le héraut de sa grâce : « Vous tous qui avez soif, venez à moi ; et vous qui n’avez pas d’argent, hâtez-vous, achetez et mangez. Venez, achetez sans argent, et sans aucun échange, du vin et du lait » ; tant que lui-même aussi invite les laborieux et les affligés à lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez et êtes chargés, et je vous soulagerai » ; et encore : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne et boive. » Ces choses ayant été perçues des oreilles de l’ouïe qui sont dans l’homme intérieur, ne soyons pas négligents, frères, ayant devant les yeux comme modèle et miroir de toute sainteté ce très bienheureux patron nôtre, Foillan, qui ne passa pas auprès du Seigneur l’appelant ni le cœur fermé ni l’oreille sourde, mais le suivit d’autant plus vite du pied obéissant. Si nous suivons les exemples de ses actes avec un esprit prompt et ardent, nous mériterons aussi d’être faits participants de ses récompenses. Mais maintenant retournons à ses louanges, dignement à proclamer.

5 Ce même homme de Dieu donc, commençant du parfait, comme il a été dit, et s’efforçant chaque jour vers de meilleures choses encore, et désirant s’attacher plus librement à Dieu seul — estimant cela aussi être son seul bien — mit derrière lui tout désir mondain, et résolut que son âme devînt un siège de sagesse. Et puisque, étant lui-même fait le trône de Dieu, il choisit d’avoir un si grand assis sur lui, il mérita à juste titre de recevoir avec les anciens du ciel un trône de puissance judiciaire. De laquelle chose, tandis qu’il demeurait encore corporellement sur terre, il tint comme un très ferme gage, lorsque cet honorable homme, élevé à l’honneur du pontificat, reçut avec le bienheureux apôtre Pierre l’office de lier et de délier, de sorte que tout ce qu’il ordonnerait sur terre fût ratifié aussi au ciel. Ce que nous avons dit pour cette raison, afin qu’il paraisse plus clairement quel homme il était.

6 Donc, pour l’obtention de cette dignité — aux temps de Sigebert roi des Francs, lorsque Grimoald était maire du palais et Erchenald comme patrice — après le départ de cette vie de son très saint frère Fursey, lequel jadis, venant en Francie selon une révélation angélique, resplendissant de glorieuses vertus, fut reçu par ce même Erchenald avec grand honneur, et chéri, et même enseveli avec l’honneur dû à un si grand homme — Foillan lui-même aussi, en compagnie d’Ultan l’aîné des frères, vint en Francie pour l’amour du pèlerinage si cher à lui ; et lorsqu’ils eurent traversé de très nombreux lieux prêchant l’Évangile, enfin, le Seigneur les conduisant, ils atteignirent la sainte compagnie de la très noble matrone de ce temps, Itta, et de sa fille Gertrude, la très sainte vierge, de la sainteté de laquelle beaucoup de monuments resplendissent parmi nous.

7 Vraiment une compagnie très digne et agréable à Dieu — qu’au vénérable évêque Foillan fût divinement jointe et recommandée Gertrude, la très sacrée vierge. Car il nous est ici présentée l’image évangélique, figurée dans les plus belles fleurs des vertus : comme jadis à Jean, le bien-aimé évangéliste et apôtre du Christ, fut confiée sa mère au sépulcre, ainsi le saint homme est ici placé à la place de l’homme, afin qu’une vierge succédât de même à une vierge dans la garde — à concevoir dans l’esprit, à nourrir dans la mémoire, à engendrer dans toute faculté dont elle pouvait un modèle de bonne conduite, et à l’accomplir et le garder en actes. Ni la reconnaissance des vicaires du Christ n’est-elle en tous points inégale : l’un fut apôtre du Christ, l’autre apostolique ; l’un appelé évangéliste par la grâce de l’écrit évangélique, l’autre par la grâce de la prédication de la foi. Chacun, doté de la sainteté de la virginité, reçut des ministères convenables : l’un reçut la mère du Seigneur dans les siennes, l’autre reçut l’épouse de son Seigneur — et, comme il a été dit, la même — dans les siennes. De la coupe de Jésus aussi, que l’un se professa capable de boire, l’autre ne fut pas sans part, comme il sera manifesté au cours de notre discours.

Chapitre deux : Le monastère fondé à Fosses ; la mort de saint Foillan ; son corps est trouvé et transféré à Fosses #

1 Or dans toutes ces voies très convenablement ordonnées, le bienheureux évêque Foillan, fait le compagnon de la bonne vierge Gertrude, demeura avec elle sous son obéissance dans son monastère de Nivelles, où la vierge, l’estimant comme un second soi-même, l’aima comme sa propre âme. La sainte vierge, connaissant la sainteté tant de lui que de son frère Ultan, offrit à Dieu par leurs mains une portion de son héritage — à savoir le domaine communément appelé Fosses — qu’elle leur remit pour la subsistance des serviteurs de Dieu, afin qu’ils y bâtissent un monastère comme hospice perpétuel pour les pèlerins, de sorte que ceux arrivant de régions lointaines y trouvassent un convenable soulagement. Et les saints hommes, la grâce de Dieu menant l’ouvrage à terme, accomplirent le vœu de la sainte vierge aussi vite que possible ; et le monastère étant bâti, Ultan en vérité demeura comme recteur dans cette même maison, mais saint Foillan se rendit de nouveau à son office dans la compagnie de la bienheureuse vierge.

2 Et lorsqu’il eut accompli cela durant un très long temps, et qu’il eut étudié à élever les dévots esprits des fidèles à la hauteur de la vertu et à les émouvoir au sommet de la perfection — Dieu œuvrant avec lui en toutes choses pour le bien — son appel au saint martyre était déjà proche. Il lui vint donc, de la source de charité dont il débordait toujours, une pensée sourdant de cette manière : qu’il montrerait sa présence, pour consolation et exhortation, à son frère de même sentiment Ultan et aux serviteurs de Dieu demeurant dans cette même maison. Donc, ayant dûment célébré les solennités de la messe, faisant ses adieux à la très sainte vierge Gertrude et aux frères et aux saintes femmes, et se recommandant instamment à leurs saintes prières, il leur recommanda aussi avec une certaine perspicacité d’esprit la sépulture de son propre pauvre corps. Après cela, se mettant en chemin — content de la compagnie de seulement trois disciples — tandis que, ne connaissant pas la route, il errait à travers une certaine forêt, une bande de diabolique tentation s’attacha à lui, qui pourtant fut tournée pour le saint homme en accroissement de vertu. Car soudain s’approcha un ministre du diable, plein de tromperie serpentine et de méchanceté, lequel, feignant une fausse bonté d’hospitalité mais méditant contre eux une cruauté abominable à tous les mortels et très inhumaine, conduisit les hommes — droits et simples d’esprit et d’acte — par des chemins détournés à un lieu appelé Soneffe, et leur prépara un carnage, comme un très sauvage loup pour d’innocentes brebis. Ni en vérité le piège du sbire de Satan ne put être caché à l’homme très prudent, plein de l’esprit de science et de prescience. Donc, portant un esprit très constant et patient contre toutes adversités dans la vertu de force, selon sa coutume passant la nuit en récitation ininterrompue de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels — dans lesquels l’homme de Dieu, se dévouant à Dieu seul, ne cessait ni de jour ni de nuit — il attendit l’issue de l’affaire sans terreur, se recommandant lui-même et ses compagnons plus instamment à Lui.

3 Après l’accomplissement donc des louanges matinales, lorsque le saint homme vit ses compagnons d’armes craintifs devant la mort maintenant imminente et leur fin approchante, lui — éloquent comme il était, puissant dans l’œuvre de vertu et dans la parole d’exhortation — leur adressa la parole de cette manière, d’un visage placide et d’un discours serein : « Ne soyez pas troublés, je vous en prie, frères ; ne soyez pas ébranlés par l’effroi de la mort ; n’ayez pas peur : ces choses doivent arriver ; nous devons tous comparaître devant le tribunal du Christ. Souvenez-vous, très chers fils, des paroles du Seigneur : “Ne craignez pas, dit-il, ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme.” Et si notre temps s’est approché, et que le Seigneur par son juste jugement, bien que caché de nous, nous ait maintenant livrés aux mains des méchants, disons — louant Celui en qui il n’y a pas d’iniquité, parce qu’il est juste dans toutes ses voies — humbles et sans peur, dans les paroles de ceux qui pour son testament livrèrent leurs corps à la mort : “Mourons aussi dans notre simplicité, et le ciel et la terre seront témoins sur nous qu’ils nous tuent injustement.” Car pourquoi nous, serviteurs inutiles, répugnerions-nous à entrer dans la voie de la mort — sans laquelle aucun passage ne peut se faire vers la vraie vie — quand nous croyons véritablement que notre Seigneur et Dieu lui-même passa par la même ? Plutôt, le bénissant, demandons humblement avec le psalmiste : “Béni soit le Seigneur jour par jour : que le Dieu de notre salut fasse prospérer notre voie. Car notre Dieu est le Dieu du salut.” Ni n’oublions ce qui suit pour notre consolation : “Et au Seigneur, au Seigneur sont les issues de la mort.” Et pondérons avec un esprit attentif ce dire de l’Apôtre : “Car les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire qui sera révélée en nous.” » Par un tel discours il calma leurs cœurs effrayés, et de son propre cœur restaura les cœurs de ses compagnons, frappés de peur.

4 Cependant, poussé par les furies depuis longtemps conçues dans son esprit, ce misérable — pourtant non objet de notre pitié — se précipita : non plus un hôte feint mais un ennemi très ouvertement sauvage, accompagné en vérité de peu de compagnons, car il n’avait pas besoin de beaucoup, mais plein de démons ; et assaillant de la lame nue le très saint homme qui attendait la mort sans terreur, il profana ses mains sacrilèges de ce sang sacré. Lorsque la tête du vénérable prêtre eut été tranchée, il sévit contre ses compagnons aussi d’une pareille fureur, avec sa propre troupe. Ce très grand crime accompli, les fils des ténèbres, pensant que ce qu’ils avaient fait pouvait être caché, gagnèrent les lieux cachés de la forêt, et là jetèrent très déshonorablement — plutôt que ne cachèrent — un honnête trésor : à savoir les corps des saints hommes, nus et dépouillés de toute couverture. Et de peur qu’ils ne fussent découverts par quelque soupçon des voisins, les sacrés vêtements, avec les chevaux et les habits pris de leurs corps, ils se hâtèrent de les vendre dans des régions lointaines, et pour un petit gain de se profiter à eux-mêmes la plus grande perte de leurs propres âmes. Ô détestable crime d’avarice, ô passion de convoitise et avec elle une insatiable soif, du poison de laquelle les hommes misérables enivrés — non plus dans le sommeil mais dans le corps vivant plongés dans la plus profonde mort — ne peuvent entendre d’une oreille bouchée cette terreur tonnante : « Que profite-t-il à un homme s’il gagne le monde entier, et souffre la perte de sa propre âme ? » ou : « Quel échange un homme donnera-t-il pour son âme ? » et cela aussi qui suit, trop épouvantable pour les impies : « Car le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » Hélas ! combien misérablement les avares et les rapaces mettent leurs propres âmes en vente, et comme l’enfer, auquel ils sont comparés et vers lequel ils se hâtent, toujours insatiables ils ne connaissent pas de mesure ; et tandis que de dents sauvages ils déchirent toutes choses, ils ignorent entièrement la satiété, mais toujours ont faim, toujours sont dans le besoin. En vérité, étrangers à toute humanité, ils ne peuvent même être rassasiés de sang : et c’est pourquoi à juste titre, sans terme et sans mesure, ils seront subjugués par d’éternels tourments, où leur ver ne meurt pas et le feu n’est pas éteint, et eux-mêmes ne seront pas soufferts de mourir ; parce que la mort venant sur eux ne mourra pas elle-même, et la douleur éternelle qui les afflige ne les détruira pas, ni n’aura elle-même de fin. Ceux-là donc, malheureusement endurant dans la mort éternelle sans pouvoir de mourir, comme il a été dit — les justes dans la vie éternelle, sans crainte de mourir, ignorant toute misère, remplis d’allégresse se réjouiront heureusement. Avec lesquels aussi notre bienheureux père et martyr Foillan, comme un bon soldat, après les labeurs de sa guerre, après la sueur que, son service maintenant achevé, il déposa au ciel — racontant les abondantes récompenses de ses mérites — jouit de joies infaillibles, contemplant avec les anges la face désirable du Père céleste. Le mérite de la sainteté duquel une révélation angélique rendit manifeste même après la déposition de son sacré corps.

5 Après cette manière de départ de la vie du bienheureux évêque Foillan, les jours s’écoulèrent maintenant pendant lesquels la bonne vierge Gertrude attendait le retour désiré de son patron, s’étonnant grandement pourquoi il avait dépassé le temps fixé pour son retour vers elle. Enfin elle envoie des messagers à la maison où le saint homme était allé, afin qu’elle apprît les causes d’un si long retard. Eux, venant là et ne trouvant pas l’homme qu’ils cherchaient, s’approchèrent d’Ultan, son frère, et demandèrent ce qu’il savait de l’affaire. Lui en vérité — plein d’étonnement à ces choses, et rendu pensif par le discernement d’une vision qui lui avait été pré-montrée, et méditant beaucoup dans son cœur — rendit aux messagers de la sainte vierge ces paroles comme des oracles : « Que votre soin avisé, ô très prudente vierge, voie ce que ces signes présagent, pré-montrés à moi de cette manière, non sans cause d’un sûr présage. Dans l’urgence de mes veilles et de mes prières il me sembla qu’apparaissait une colombe, plus blanche que neige en tout son corps, mais ses ailes suffusées d’un sang pâle et rosé, et montant en haut d’un vol doux. Ce que ces choses indiquent, que votre vigilante habileté le discerne, ô bienheureuse vierge. Car de la présence de mon cher frère il n’y a pas d’autre signe. » Lorsque les oreilles de la sainte vierge eurent bu ces choses, elles émurent son esprit à l’anxiété d’un souci plus aigu, et aussitôt elle envoya de rapides messagers de tous côtés — lesquels pourtant ne lui rapportèrent des réponses certaines de rien. Que devait faire la bienheureuse vierge ; où se tourner, privée d’un si grand père ; quel conseil prendre, veuve d’un si grand conseiller et aide ? Pourtant en aucune manière la grâce du regard du Père ne lui fit défaut, soufflant dans son esprit ces choses qui semblaient cachées aux hommes, venant de Celui à qui rien n’échappe, et chez qui il n’y a pas d’ombre de changement, cherchant ce qui devait être révélé. Et parce qu’elle ne se fiait pas assez à ses propres mérites, bien qu’ils fussent grands — sachant que la prière assidue d’un juste vaut beaucoup, et plus encore la fréquente intercession de beaucoup de justes — elle rassembla avec elle des compagnies de fidèles : des clercs de divers ordres, des saintes femmes, et des laïcs des deux sexes, pour l’accomplissement de cette chose ; et une observance de trois jours de veilles, de psaumes et de litanies fut dévotement commencée et célébrée. La vénérable vierge elle-même, qu’un plus grand souci rongeait en cette affaire, s’affligea d’autant plus par le jeûne au-delà de tous, et par une prière incessante, afin que de sûrs gages de son guide lui fussent accordés de Dieu. Et voici, le Seigneur regarda la prière des humbles, et ne méprisa pas leurs supplications.

6 Enfin, avant l’aurore, tandis que la vierge avait accompli son office accoutumé de veilles, et que son esprit, encore penché vers les choses célestes, méditait en Dieu dans les veilles du matin selon le psalmiste, afin qu’elle vît sa puissance et sa gloire, elle fut jugée digne — comme une nourricière de la vie angélique, bien que demeurant encore sur terre dans le corps — de jouir de la vision angélique, et d’être réjouie, consolée et égayée par la compagnie et l’entretien du ciel. Car il se tenait auprès d’elle un ange envoyé de Dieu du ciel, qui d’un visage serein et d’une voix amie lui adressa ainsi la parole : « Ô vierge, dit-il, Gertrude, dévouée à Dieu, choisie et aimée de Celui que tu aimes continuellement d’un esprit sincère — reçois les réponses de Lui, rendues à cette ta supplication si chère à Lui et envoyées vers toi par moi. “Présentes, dit ton Époux, sont les oreilles de mon excellence aux prières de ton humilité ; et tes larmes, sourdant de la source intime de la charité et mouillant au-dehors les joues rosées de ton visage, je les ai vues — lesquelles tu trouveras présentement changées en joie pour toi. Car mon fidèle serviteur Foillan, au sujet duquel tu es trop anxieuse, que j’ai voulu te fût pour un temps nécessaire et le ministre de ton salut et de l’accroissement de la grâce, ayant fidèlement déchargé l’office qui lui était commis, a aussi achevé le cours de cette vie temporelle dans le martyre, et a gagné le prix de la vie éternelle. Et puisqu’il a combattu le bon combat, a achevé la course, a gardé la foi, il a justement reçu la couronne de justice qui lui était réservée avec la palme du martyr.” » La bienheureuse vierge, entendant les paroles de l’ange, et se réjouissant grandement dans le Seigneur comme il convenait, exulte de la grâce d’un triple don : à savoir la visitation angélique, la divine consolation, et la gloire de son patron. Et ainsi elle rendit un magnifique tribut à la Sainte Trinité. Mais l’ange ajouta ceci : « De peur que tu ne sois émue par quelque scrupule au sujet du corps de ton patron pas encore révélé, sors, applique-toi diligemment aux signes, afin qu’il soit cherché où je te montrerai. » Ce qui lorsqu’il eut été fait, il lui montra une colonne de feu de la plus grande splendeur, s’étendant de la terre où les corps des saints étaient gisants jusqu’au ciel. Plus réjouie donc par le gage de ce signe, elle amena aussi beaucoup de témoins pour le voir, pour l’amour d’un sûr rapport et de la croyance. Et ainsi tous étant rendus certains par ce miracle, avançant par une voie directe ils vinrent au lieu qui leur était marqué du ciel, et trouvèrent les corps des justes qu’ils cherchaient — au soixante-dix-huitième jour après leur massacre, qui est le dix-septième des calendes de février, jour auquel aussi le bienheureux Fursey, son propre frère, fit la fin de cette vie et gagna la récompense de celle qui ne finit jamais. Ô glorieux évêque Foillan, dont la pure simplicité d’âme et le sang béni du martyr la colombe blanche comme neige attesta, les ailes suffusées de sang ; dont le mérite de sainteté la vision angélique révéla à la bienheureuse vierge Gertrude ; dont la cachette du corps la colonne de feu révéla du ciel !

7 Et afin que celui qui était glorieux en mérites devant Dieu fût aussi célébré en renommée et vénérable en honneur parmi les hommes, il advint qu’à cette époque Grimoald, qui était maire du palais, et Dido, évêque de Poitiers, séjournaient dans ces contrées. Et tandis qu’ils fréquentaient les seuils des saints de Dieu pour la prière, en ce même jour où les corps du bienheureux Foillan et de ses compagnons étaient portés à la sépulture — lorsque ce même évêque eut livré ses membres au sommeil après les offices des veilles — il reçut en vision des avertissements de cette sorte : qu’il se hâtât d’assister, aussi vite que possible, aux funérailles du corps du prophète Élie. Aussitôt secouant la pesanteur du sommeil et se levant en hâte, il saisit de ses oreilles les voix de diverses personnes faisant résonner les mélodies des psaumes et des hymnes ; et s’enquérant de ce qu’elles pouvaient être, il apprit qu’elles officiaient aux funérailles des hommes de Dieu, et ainsi comprit ce qui lui avait été commandé au sujet du corps du prophète Élie. Ni sans mérite le bienheureux père Foillan, après sa mort, se montra digne d’être désigné sous la figure d’un si grand prophète, dont le mérite de sainteté il avait lui-même étudié à imiter tandis qu’il vivait encore. Convoquant donc Grimoald — alors intendant de la maison royale et de tout le royaume des Francs — ils se mirent à rendre le service dû aux vénérables funérailles, et mettant leurs épaules sous le portage du saint fardeau, se réjouirent d’avoir sué à le porter. Ainsi, lorsque les corps des trois disciples du saint homme eurent été confiés à la terre dans le monastère de la bienheureuse Gertrude et de ses sacrées vierges, et lorsque d’innombrables foules eurent afflué aux funérailles d’un si grand évêque — prêtres, clercs et saintes femmes, et laïcs aussi, nobles et communs pareillement, rivalisant à acquitter leurs vœux et leurs offrandes — le vénérable gage de son corps fut porté avec le plus grand honneur, au milieu des psaumes et des hymnes, les chœurs des fidèles résonnant de toutes parts, au même monastère que lui et son vénérable frère Ultan avaient bâti sur la petite rivière appelée Biesme, et qui est nommé Fosses d’après la situation du lieu ; et là il fut enseveli. Où aussi même maintenant, pour déclarer le mérite de sa sainteté, les prières des humbles et craignant-Dieu qui demandent les choses qui sont pour leur salut sont entendues à travers l’intercession de sa prière — notre Seigneur Jésus-Christ l’accordant, qui avec Dieu le Père et le Saint-Esprit vit et règne, Dieu, dans les siècles des siècles. Amen.

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