1 Chaque fois, très chers frères, que vous entendez proclamer les lectures de l’Ancien Testament, comme je vous l’ai souvent rappelé, vous ne devez pas vous attacher uniquement au sens littéral des mots, mais plutôt au sens spirituel qu’ils véhiculent. Comme l’Apôtre nous le rappelle : « La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie ». Car tous les événements rapportés dans l’Ancien Testament, comme le dit l’Apôtre, « leur sont arrivés à titre de figure, et ils ont été consignés par écrit pour notre instruction ».
2 Lorsque les fidèles se rendent à l’église, quel bénéfice y a-t-il à se contenter d’entendre comment les saints patriarches ont pris des épouses ou engendré des enfants, s’ils ne perçoivent pas, par la compréhension spirituelle, pourquoi ces événements se sont produits ou ce qu’ils préfiguraient ? Par exemple, nous avons entendu que le bienheureux Jacob engendra un fils et l’appela Joseph, et qu’il l’aimait plus que ses autres fils. Dans ce passage, le bienheureux Jacob représente Dieu le Père, tandis que le saint Joseph préfigure le Seigneur et Sauveur. Jacob aimait son fils, et Dieu le Père aimait Son Fils unique. Jacob envoya son fils prendre soin de ses frères, et Dieu le Père envoya Son Fils unique rendre visite à la race humaine, affaiblie par le péché.
3 Tandis que Joseph cherchait ses frères, il errait dans le désert ; de même, le Christ est parti à la recherche de l’humanité égarée, perdue dans le monde. En effet, Il semblait Lui-même errer dans le monde, car Il était venu chercher ce qui était perdu. Joseph a cherché ses frères à Sichem (Sichima), ce qui signifie « épaule ». Cela est tout à fait approprié, car les pécheurs tournent toujours le dos au visage des justes. Les épaules, après tout, sont derrière.
4 Tout comme les frères de Joseph, poussés par l’envie, ont tourné le dos à son amour fraternel plutôt que de lui montrer leur visage, de même les malheureux Juifs, lorsque l’Auteur du Salut est venu vers eux, ont choisi de l’envier plutôt que de l’aimer. De ces gens-là, il est dit dans le Psaume : « Que leurs yeux s’assombrissent, afin qu’ils ne voient pas, et que leur dos se courbe sans cesse ».
5 Joseph retrouva ses frères à Dothan (Dothaim), ce qui signifie « défection ». En effet, ils se trouvaient dans un état de grave défection, car ils complotaient un fratricide. Lorsque les frères de Joseph le virent, ils complotèrent pour le tuer. De la même manière, lorsque les Juifs virent le véritable Joseph, Jésus-Christ, ils complotèrent à l’unanimité pour le crucifier. Tout comme les frères de Joseph l’ont dépouillé de sa tunique multicolore qui lui descendait jusqu’aux chevilles, de même les Juifs, par la mort sur la croix, ont dépouillé le Christ de Sa tunique corporelle. Joseph, après avoir été dépouillé de sa tunique, fut jeté dans une citerne, c’est-à-dire dans une fosse, tandis que le Christ, après avoir été dépouillé de Sa chair humaine, descendit aux enfers.
6 Joseph, après avoir été sorti de la citerne, fut vendu aux Ismaélites, c’est-à-dire aux païens. De même, le Christ, après être revenu des enfers, fut révélé à toutes les nations, qui l’acquirent par le commerce de la foi. Joseph fut vendu sur la décision de Juda pour trente pièces d’argent, et le Christ fut vendu sur la décision de Judas Iscariote pour le même prix. Or, bien que dans certaines traductions, on dise que Joseph a été vendu pour vingt pièces d’argent et dans d’autres pour trente, cela signifie spirituellement que le Christ ne serait pas apprécié ni aimé de la même manière par tous. En effet, même aujourd’hui dans l’Église, certains l’aiment davantage et d’autres moins. Pourtant, le Christ a plus de valeur pour ceux qui l’aiment plus ardemment. Joseph est descendu en Égypte, et le Christ dans le monde. Joseph a sauvé l’Égypte de la famine en lui fournissant du blé, et le Christ a libéré le monde de la famine de la Parole de Dieu. Car si Joseph n’avait pas été vendu par ses frères, l’Égypte aurait péri. En vérité, mes frères, si les Juifs n’avaient pas crucifié le Christ, le monde aurait été perdu.
7 Réfléchissons, très chers frères, à la raison pour laquelle les frères du bienheureux Joseph se sont montrés si cruels à son égard. N’était-ce pas à cause du poison de l’envie, par lequel la mort est entrée dans le monde ? Comme le dit l’Écriture : « Ses frères étaient jaloux de lui et ne pouvaient lui parler paisiblement ». Le bienheureux Joseph fit un rêve : lui et ses frères se tenaient dans un champ, liant des gerbes. Puis, les gerbes de ses onze frères s’inclinèrent devant la sienne. Cela s’accomplit lorsque ses frères s’inclinèrent devant lui en Égypte. Il est juste que les gerbes stériles aient été contraintes de s’incliner devant celle qui portait du fruit, grâce à laquelle elles furent sauvées du péril de la famine.
8 Joseph fit également un autre rêve : le soleil, la lune et onze étoiles s’inclinaient devant lui. Son père répondit : « Allons-nous donc, ta mère, tes frères et moi, venir nous prosterner jusqu’à terre devant toi ? ». Mais cela ne pouvait s’accomplir en Joseph lui-même, car sa mère avait déjà quitté cette vie. Cependant, en notre Joseph — c’est-à-dire en notre Seigneur Jésus-Christ —, les mystères de ce rêve se sont accomplis. Car le soleil, la lune et les onze étoiles se prosternèrent devant lui lorsque, après sa résurrection, la sainte Marie, telle la lune, et le bienheureux Joseph, ainsi que les onze étoiles — c’est-à-dire les saints apôtres — l’adorèrent. Ils s’inclinèrent profondément et se prosternèrent devant lui, et ainsi s’accomplit la prophétie : « Louez-le, soleil et lune ; louez-le, vous toutes, étoiles brillantes ».
9 Car comment les frères de Joseph, tels des étoiles, auraient-ils pu s’incliner devant lui alors que les ténèbres de l’envie les avaient rendus obscurs et fantomatiques ? En effet, ils avaient perdu l’éclat des étoiles, ayant éteint en eux-mêmes la lumière de la charité. Ainsi, nous croyons à juste titre que cela s’est accompli plus parfaitement en notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, que, comme je l’ai déjà mentionné, le bienheureux Joseph et la bienheureuse Marie, ainsi que les onze apôtres, adoraient fréquemment. Quant au fait que les apôtres possédaient la lumière des étoiles, le Seigneur lui-même le dit dans l’Évangile : « Vous êtes la lumière du monde », et encore, parlant d’eux et de ceux qui leur ressemblent : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ».
10 Joseph signifie « accroissement » ou « expansion ». Or, dans le cas du premier Joseph, seule l’Égypte connut l’expansion. Dans le cas de notre Joseph, en revanche, le monde entier fut jugé digne d’accroissement. Le premier Joseph distribuait du blé ; notre Joseph daigna distribuer la Parole de Dieu. Car, comme le dit l’Écriture : « Leur voix s’est répandue sur toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde ». C’est pourquoi, très chers frères, puisque nous avons reçu, sans aucun mérite préalable, de si grandes bénédictions par la miséricorde du vrai Joseph — notre Seigneur Jésus-Christ —, efforçons-nous, autant que nous le pouvons avec la grâce de Dieu, afin que ce qu’il nous a accordé, en tant que notre juge, il le retrouve intact en nous lorsqu’il viendra juger. Car il exigera de vous autant qu’il vous a donné.
11 En effet, lorsqu’il viendra, il rendra ce qu’il a promis, mais il recherchera aussi ceux qu’il a rachetés. Et ce qu’il a donné lors de sa première venue, il l’exigera lors de sa seconde. Que personne ne rende à notre Seigneur Jésus-Christ le mal pour le bien. Car qui pourrait agir de manière aussi méchante, si ce n’est celui qui reçoit la douceur et rend l’amertume, qui reçoit la vie et rend la mort ? On rend la mort pour la vie en se détruisant soi-même par une vie de péché. Qui rend le mal pour le bien, sinon celui qui, alors qu’il devrait se consacrer à la lecture et se hâter d’aller à l’église, choisit au contraire de jouer aux dés, d’assister à des spectacles débridés, sanglants ou honteux, et, plutôt que d’effacer ses péchés par la prière, la lecture et l’aumône, s’efforce au contraire de les multiplier et de les accumuler davantage encore ? Qui rend le mal pour le bien ? Celui qui offre les ténèbres pour la lumière, la malice pour la bonté, l’ivresse pour la sobriété, l’avidité pour l’aumône, et l’injustice pour la justice.
12 C’est pourquoi, quiconque, avec l’aide de notre Seigneur, a évité ces maux, qu’il garde en lui-même, autant qu’il le peut, les dons de la grâce divine. Mais quiconque se trouve empêtré dans ces maux et reconnaît qu’il en est pris au piège, qu’il se tourne rapidement vers les remèdes du repentir. Avant que cette âme assombrie ne quitte le corps de sa mort, qu’il s’assure la guérison le jour où il en aura besoin, par l’aumône, le jeûne et la prière.
13 Ainsi, frères, vivons de telle sorte que, lorsque nous nous tiendrons devant le tribunal du Christ, ceux qui sont bons puissent recevoir la couronne, et ceux qui ont été négligents puissent obtenir miséricorde.
