1 Ce que nous avons réservé hier à votre charité concernant la divinité du Saint-Esprit, nous pouvons maintenant, si vous le permettez, l’écouter comme il se doit, en silence et avec attention. Lorsque nous proclamons la personne distincte du Saint-Esprit et que nous confessons le Père comme non engendré et le Fils comme l’unique-engendré, vous me demandez si le Saint-Esprit doit être confessé comme non engendré, engendré, ou autre chose. Les Saintes Écritures parlent de la puissance et de la divinité du Saint-Esprit, mais elles ne précisent pas s’Il est engendré ou non engendré.
2 Voyez les ténèbres que l’incrédulité fait peser sur elle-même : vous refusez de savoir ce que Dieu n’a pas voulu voir ignoré, et pourtant vous désirez savoir ce qu’Il n’a pas ordonné d’examiner. L’Écriture ne dit pas que l’Esprit est engendré, de peur que vous ne le confondiez avec le Fils ; elle ne dit pas non plus qu’Il est non engendré, de peur que vous ne Le preniez pour le Père. Au contraire, pour distinguer Son essence, l’Écriture atteste qu’Il procède du Père, comme nous le lisons : « Le Défenseur, l’Esprit de vérité, qui procède du Père ».
3 Cela étant, reconnais que le Saint-Esprit possède sa propre personnalité distincte. La différence de nom prouve qu’outre les deux premiers, il en existe un troisième ; tandis que l’unité de majesté montre que sa procession de Dieu ne le place pas en troisième position ni en rang ni en degré. Car Celui qui procède de l’intimité même de Dieu n’est pas une créature de Dieu, mais se révèle être de la substance même de Dieu.
4 Ne cherchez pas à savoir comment Dieu est, alors qu’il est évident qu’Il est Dieu. Ici, la raison est cachée, mais la vérité ne l’est pas. Pourquoi se demander comment l’Esprit est le compagnon et l’égal du Roi, alors qu’il est clair qu’Il partage l’honneur et la nature du Roi ? S’interroger sur le nom est superflu lorsqu’il n’y a aucun doute quant à Sa majesté. C’est pourquoi, puisque le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils, il est écrit : « Quiconque n’a pas l’Esprit de Christ ne lui appartient pas », et ailleurs : « Il souffla sur eux et dit : “Recevez le Saint-Esprit” ».
5 Vous demandez si le Saint-Esprit est non engendré ou engendré. Les Écritures sacrées n’en ont rien dit, et il est blasphématoire de rompre le silence divin. Ce que Dieu n’a pas jugé nécessaire de révéler dans ses Écritures, il n’a pas souhaité que vous le recherchiez ni que vous le sachiez par curiosité superflue. La gloire ou la substance du Saint-Esprit dépend-elle du fait qu’il soit prouvé qu’il est non engendré ou engendré ? Certainement pas. Car le Fils ne subit aucune diminution en n’étant pas appelé « non engendré », pas plus que le Père ne perd quoi que ce soit en n’étant pas décrit comme « engendré ». En la matière, la distinction réside dans les termes désignant les personnes, et non dans une quelconque différence de puissance ou de majesté. « Engendré » et « non engendré » indiquent une différence de personne, et non de nature.
6 Concernant le Saint-Esprit, notre Seigneur et Sauveur, alors qu’Il s’apprêtait à monter au ciel, s’adressa ainsi à Ses apôtres : «Lorsque viendra le Défenseur, que je vous enverrai de la part du Père — l’Esprit de vérité qui procède du Père —, c’est lui qui rendra témoignage de moi ». Et encore : « Il vous enseignera toutes choses ».
7 Que signifie cela, bien-aimés ? Pourquoi le Sauveur a-t-il dit qu’il enverrait le Saint-Esprit pour enseigner les disciples ? N’avait-il pas déjà enseigné ses apôtres ? Ou devrions-nous considérer l’enseignement du Christ comme incomplet ? Certainement pas ! Au contraire, puisque votre foi repose sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le Sauveur a voulu, en envoyant le Saint-Esprit, révéler cette vérité : que les Églises seraient édifiées par la volonté de Dieu le Père, rachetées par la passion du Fils et fortifiées par l’enseignement du Saint-Esprit.
8 Comment pourrait-on l’exprimer plus clairement ? Comment, sinon en reconnaissant que, pour notre rédemption : Dieu le Père a envoyé son Fils ; le Fils nous a sauvés par sa passion ; et le Saint-Esprit a suscité la foi en nous. Ainsi, le salut des Églises est l’œuvre de la Trinité divine tout entière. Car le Père, dans sa miséricorde, n’a pas voulu que le genre humain périsse ; le Fils nous a délivrés de la destruction ; et le Saint-Esprit nous conduit vers le royaume céleste.
9 Croyez donc au Saint-Esprit de telle sorte que vous ne pensiez pas qu’Il soit le Père ou le Fils, mais plutôt l’Esprit du Père et du Fils. Pourtant, cette Trinité tout entière est un seul Dieu. Il n’y a en elle ni dissemblance ni division. Car si l’esprit qui est en l’être humain est la partie la plus importante de cette personne, comment l’Esprit de Dieu pourrait-il être considéré comme moindre ? Par conséquent, le Saint-Esprit n’est ni le Père ni le Fils, mais l’Esprit à la fois du Père et du Fils.
10 Que le Saint-Esprit soit l’Esprit du Père, notre Seigneur et Sauveur l’a lui-même déclaré lorsqu’il a dit : « L’Esprit qui procède du Père ». Et que ce même Saint-Esprit soit aussi l’Esprit du Fils, l’Apôtre l’enseigne en disant : « Quiconque n’a pas l’Esprit de Christ ne lui appartient pas ».
11 Ainsi, le Seigneur, après sa résurrection, a dit à ses disciples dans l’Évangile : « Allez donc, et faites de toutes les nations des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Il dit « au nom », et non « aux noms », indiquant ainsi l’unité de l’essence divine. Par conséquent, le Père est Dieu, le Fils est Dieu et le Saint-Esprit est Dieu — non pas trois dieux, mais un seul Dieu. Les trois personnes se distinguent par leur identité, mais la divinité les unit. La Trinité ne connaît ni supérieur ni inférieur, et la divinité ne connaît aucune inégalité, car quiconque est Dieu ne peut être qu’ parfait. Ainsi, quiconque ne croit pas au nom du Saint-Esprit ne gagne rien à confesser le Père et le Fils.
12 C’est pourquoi il faut croire au Saint-Esprit avec la même foi et le vénérer avec la même révérence. Lorsque vous dites : « Père, Fils et Saint-Esprit », vous désignez les personnes ; lorsque vous dites : « Dieu », vous désignez la substance. Nous disons « Père, Fils et Saint-Esprit » afin que vous ne pensiez pas devoir croire en une seule personne. De même, nous disons « un seul Dieu » afin que vous n’imaginiez pas qu’il y ait trois natures. Ainsi, dans ces trois personnes, il peut y avoir un nombre, mais pas de hiérarchie. Car bien que la Trinité admette la distinction, l’égalité ne connaît pas de rang. En effet, dans la Trinité, il n’y a rien de moindre ni de plus grand, car si l’on disait que quelque chose en Dieu était moindre, la divinité elle-même serait accusée d’imperfection. Par conséquent, quiconque prétend que le Saint-Esprit est moindre que le Père ou le Fils insulte non seulement celui qu’il considère comme inférieur, mais déshonore également celui qu’il considère comme supérieur. Car puisque toute la Trinité partage une même égalité et une même majesté, tout affront dirigé contre une personne est ressenti de la même manière par toute la Trinité.
13 Très chers frères et sœurs, nous qui avons reçu la grâce d’être les temples du Saint-Esprit, nous devons, avec l’aide de ce même Esprit, préparer une demeure digne de Lui — une demeure dans laquelle Il se réjouira de venir s’établir. Que l’éclat d’un cœur pur L’invite ; que la modestie chaste, parée de la rougeur des roses, L’attire ; que la virginité immaculée, semblable à la blancheur et au parfum des lys, L’attire. Que la charité bienveillante L’accueille, que la compassion généreuse L’accueille, que l’humilité noble L’embrasse, que la miséricorde joyeuse L’égaye, et que la simplicité sincère L’accompagne.
14 Que l’Hôte éternel, le Donneur de l’éternité, ne trouve rien de la souillure de l’ancien moi, rien de la fragilité vouée à la décomposition. Que l’indulgence éhontée de la luxure soit chassée, ainsi que la conscience coupable, la crainte affligée, l’ivresse chancelante et le désir — plus hideux que toute horreur — afin que, lorsque ces vices seront absents de vous, l’éclat de la pureté, précurseur de la vertu, puisse ouvrir la voie et accueillir le Saint-Esprit dans la demeure préparée pour Sa présence.
15 Nous vous adressons cette exhortation, très chers, afin que, dans la mesure de nos moyens, nous nous efforcions de toutes nos forces, aidés par la grâce de Dieu, de veiller à ce que ni la cupidité ne Lui déplaise en nous, ni l’infidélité ne nous affaiblisse, ni la luxure ne nous souille. Au contraire, après avoir été profondément corrigés et purifiés, puissions-nous être jugés dignes de devenir la demeure de Dieu.
16 Et que le Saint-Esprit, dont il est rapporté qu’il est descendu aujourd’hui sur les apôtres, daigne habiter en nous pour toujours — Lui à qui appartiennent l’honneur et la gloire avec le Père et le Fils, pour les siècles des siècles. Amen.
