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La vie de saint Marnan, abbé en Écosse

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Acta Sanctorum, March I (éd. 1643–1668) — traduit du latin.

Aberdeen (que Camden dit signifier en britannique « l’embouchure du Don ») est une ville écossaise sur le bord de la mer dans la province de Mar, ornée autrefois, tandis que la religion orthodoxe y florissait, d’un siège épiscopal ; dont le Bréviaire fut imprimé en l’année 1509 aux frais de Walter Chepman, citoyen d’Édimbourg. De celui-ci furent tirées les Leçons, ou brèves vies des saints écossais, qui sont conservées au séminaire écossais de la Société de Jésus, dont nous obtînmes une copie de là-bas. Au premier jour de mars on y lit l’éloge de saint Marnan, évêque et confesseur : mais la première partie en est tirée de l’homélie de saint Maxime qui a coutume d’être récitée dans le Commun d’un confesseur évêque. Puis ces choses y sont jointes concernant sa sépulture et ses reliques :

2 « Enfin, accablé par l’infirmité de son corps, en un saint âge avancé il envoya devant lui son âme très sainte pour percer les cieux, et il est enseveli avec l’honneur dû dans l’église d’Aberkerdour, qui se dresse aujourd’hui fortifiée et défendue par la très belle rivière Deveron ; et là, Dieu œuvrant, il repose encore jusqu’à ce jour, donnant chaque jour la santé aux malades. Or sa glorieuse tête a coutume d’être lavée chaque jour du Seigneur tout au long de l’année, tandis que le peuple et le clergé font humble supplication, des lumières allumées ; et il est coutume qu’elle soit portée aux infirmes et à ceux qui sont affligés de quelque maladie que ce soit ; et lorsqu’il en a été bu par eux [l’eau dans laquelle elle fut lavée], c’est le plus grand secours pour leurs infirmités, et très nombreux sont ceux qui obtiennent par là la santé par les mérites du bienheureux. »

3 « Il advint en effet que certains hommes très méchants aux pensées mauvaises, témérairement enflammés de fureur et de colère, dérobèrent certains biens ecclésiastiques annexés à ladite église d’Aberkerdour. Étant là-dessus avertis par l’évêque diocésain de faire satisfaction au bienheureux et à son église qu’ils avaient offensés, ils y vinrent les pieds déchaussés, portant des cierges en leurs mains — frappés toutefois par la crainte et non par l’amour du saint ; et (chose merveilleuse à dire !) ces cierges dans leurs mains, par quelque art qu’on les approchât du feu, ne purent en aucune manière rendre la lumière : mais lorsqu’ils furent déposés de leurs mains, ils s’allumèrent aussitôt. De plus, un certain tyran s’efforça d’enlever de force un certain arbre du territoire de l’église du même lieu de Lochells dans le diocèse d’Aberdeen, et il fut déraciné par un certain rustre ; et lorsque ce rustre l’eut légèrement saisi sur son dos et l’eut porté jusqu’au bord et aux bornes du même terrain de l’église, là il le déposa, un peu lassé ; et lorsqu’il tenta à nouveau de le porter plus loin, ce tyran avec toute sa maisonnée ne put le porter à cause de son très grand poids : et là il fut laissé, et le clerc de cette église paroissiale le reporta seul à son ancien lieu. »

Jusqu’ici le Bréviaire. D’où il semble clairement se recueillir que saint Marnan fut d’abord enseveli dans cette église, et que là le reste de ses reliques est conservé, et que sa tête avait coutume d’être lavée dans l’eau, efficace ensuite pour la guérison des maladies. Mais dans quelle province d’Écosse ce lieu d’Aberkerdor, ou Aberkerdour, arrosé par la rivière Deveron, se situe, je n’ai pas encore pu le déterminer. David Chalmers [Camerarius], au livre 9 De la Piété des Scots, écrit que saint Marnan, après divers labeurs entrepris dans l’Église écossaise, quitta cette vie à Annandale, une province d’Écosse proche de l’Angleterre, et ajoute aussitôt : « Moray avait la tête de saint Marnan, laquelle avec la plus grande pompe et le plus grand honneur (la noble et ancienne tribu des Innes accompagnant surtout, qui portait une très tendre affection envers Marnan) avait coutume d’être portée alentour pour demander à Dieu la sérénité de l’air. » Mais Moray, communément Murray, est fort éloigné d’Annandale, au-delà de la forêt Calédonienne. Nous sommes cependant aisément portés à croire qu’il fut enseveli dans cette province ou une voisine, puisque le nom d’Innerness, quelque peu apparenté à celui de la rivière Deveron par laquelle l’église d’Aberkerdour est dite avoir été fortifiée et défendue, semble avoir été jadis le nom d’un fort puissant dans cette contrée, comme aussi de la rivière Findhorn ; bien que sur ces mêmes côtes se trouve aussi la rivière Earn, qui se jette dans l’estuaire du Tay — que ce soit peut-être la même que la Deveron, il n’est pas aisé aux étrangers de le deviner. Le même Chalmers fait mention de l’église d’Aberkerdour, mais s’il la distingue du lieu de sépulture et de celui qui gardait la tête, je ne sais, bien qu’il la confesse fameuse pour ses reliques : « Il se dresse, dit-il, l’église d’Aberkerdour, arrosée par la rivière Deveron, fameuse sous le nom de Marnan pour le pèlerinage des étrangers aux saintes reliques de Marnan là-bas. »

5 De l’âge et des actes de saint Marnan nous n’avons jusqu’ici rien trouvé de certain. Car nous ne saurions approuver entièrement ce que le même Chalmers écrit en ces termes : « Saint Marnan, évêque et confesseur, par la conduite et le conseil duquel Aidan roi des Scots remporta une victoire, non sans miracle, sur Ceaulin roi des Saxons de l’Est et Ethelfrid roi de Northumbrie. Car lorsque le roi Aidan fut effrayé par la multitude inattendue des Saxons infidèles, les Scots en étaient presque venus à désespérer ; lorsque le saint Marnan exhorta les soldats frappés de peur à reposer toute leur espérance dans le Christ Seigneur, le Dieu des armées, et que, fortifiés sur leurs fronts du signe salutaire de la croix et criant vers Jésus-Christ, ils chargent sans crainte l’ennemi. Il fut fait comme Marnan l’avait ordonné ; et ils se ruèrent sur l’ennemi avec un tel courage (fortifiés du signe de la croix et nommant le Christ Jésus) qu’ils firent un grand carnage, Ceaulin et Vitellius, principaux hommes des Saxons, étant tués, et le reste mis en fuite. Cette victoire, d’une seule voix tous déclarèrent qu’elle devait être attribuée à l’étendard de la croix et aux prières des saints Columba (qui aussi, bien que fort éloigné dans l’île d’Iona, l’annonça par l’esprit de prophétie) et Marnan. » Ici l’auteur semble suivre les écrivains des affaires écossaises, Hector Boece, John Leslie et George Buchanan, qui toutefois ne font nulle mention de saint Marnan et errent en beaucoup de choses, tandis qu’ils racontent diverses guerres du roi Aidan contre Ethelfrid roi de Northumbrie suscitées par Ethelfrid lui-même ; tandis qu’il semble que Bède n’en reconnaisse qu’une seule, et celle-ci mise en mouvement par Aidan lui-même. Car il écrit ainsi au livre 1, chapitre 34 de l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais : « En ce temps-là Ethelfrid, roi très vaillant et très avide de gloire, régnait sur les Northumbriens, lui qui plus que tous les princes des Anglais ravagea la nation des Bretons… Sur quoi Aedan, roi des Scots qui demeurent en Bretagne, mû par ses succès, vint contre lui avec une immense et forte armée, mais fut battu et s’enfuit avec peu de gens. Car en ce lieu très fameux qui est appelé Degsastan (c’est-à-dire la pierre de Degsa) presque toute son armée fut tuée. Dans quelle bataille aussi Théobald, le frère d’Ethelfrid, fut coupé avec toute cette partie de l’armée qu’il commandait. Quelle guerre Ethelfrid acheva en l’année de l’incarnation de notre Seigneur 603, et la onzième année de son règne, qu’il tint vingt-quatre ans ; et en la première année de Phocas, qui tenait alors le sommet de l’empire romain. Et depuis ce temps nul roi des Scots en Bretagne n’osa venir en bataille contre la nation des Anglais jusqu’à ce jour. » Jusqu’ici Bède. Mais si Ethelfrid avait suscité cette guerre, pourquoi n’usa-t-il pas de sa victoire et n’envahit-il pas le royaume d’Aidan ? Et comment saint Columba aurait-il alors pu répandre ses prières pour les Scots, lui qui était mort six ans auparavant ? Car comme Bède le témoigne au livre 3, chapitre 4, saint Columba vint d’Irlande en Bretagne en l’année 565, et mourut environ trente-deux ans après être venu en Bretagne pour prêcher.

6 Mais les écrivains écossais confondent merveilleusement ces choses : les uns disent qu’Aidan mourut un an avant saint Columba, d’autres qu’apprenant son trépas, il fut saisi plutôt de chagrin que de maladie, et périt bientôt. Ainsi Hector. Buchanan souscrit, qui confesse néanmoins qu’Aidan fut frappé de défaite, mais onze ans après cette victoire pareillement remportée sur Ethelfrid en Northumbrie, que Columba annonça à ses compagnons dans l’île d’Iona. Il est certain par le témoignage de saint Adamnan dans la Vie de saint Columba qu’Aidan remporta la victoire, saint Columba priant Dieu pour lui avec les siens. Car il écrit ainsi au livre 1 : « Lorsque le saint homme était dans l’île d’Iona, il dit soudain à son ministre Diarmait : “Sonne la cloche.” Au son de laquelle les frères, émus, coururent vite à l’église, le saint prélat lui-même allant devant. Auquel là, sur ses genoux fléchis, il commença : “Prions maintenant instamment le Seigneur pour ce peuple et pour le roi Aidan, car en cette heure ils ont engagé la bataille.” Et après un petit intervalle, sortant de l’oratoire et regardant vers le ciel, il dit : “Maintenant les barbares sont mis en fuite, et à Aidan, quoique malheureux, la victoire est pourtant accordée.” » James Ussher pense d’après certaines annales que cette bataille advint en l’année 590, deux ans après que Fordun, cité par lui, rapporte que Ceaulin, le très puissant roi des Saxons de l’Ouest, fut frappé d’une grande défaite par les Bretons. Mais de ces choses il sera loisible d’enquêter en juin à la Vie de saint Columba. Qu’il suffise ici d’avoir montré que toutes ces choses sont rapportées confusément par les Scots. Car en ce que Chalmers écrit que Ceaulin, roi des Saxons de l’Est, était avec Ethelfrid, il erre, suivant témérairement Buchanan : car il n’y eut point de roi de ce nom parmi les Saxons de l’Est. Il y eut Ceaulin, très puissant roi des Saxons de l’Ouest, que d’autres appellent Ceaulin et Ceaulin. Il périt en l’année 593, comme l’a la chronologie saxonne de Worcester et d’autres ; en quelle même année Ethelfrid obtint le royaume de Northumbrie, et défendit d’abord vivement le sien, comme l’a Malmesbury. Il ne fit donc jamais la guerre contre les Scots en compagnie de Ceaulin, qui mourut à peu près au même temps ; non, « en la onzième année de son règne, Aedan roi des Scots », dit le même auteur, « enviant ses succès, le provoqua, quoique peu disposé, à la guerre ». Voilà assez concernant cette bataille, à laquelle saint Marnan est dit avoir assisté, sans le témoignage d’aucun autre écrivain.

7 Plus probable pourra sembler à quiconque ce que le même Chalmers joint ensuite : « Le saint Marnan », dit-il, « survécut au roi Aidan de nombreuses années après sa mort, et fut le conseiller du roi Eugenius, quatrième de ce nom, fils d’Aidan, afin qu’il reçût les étrangers anglais, quoique ses propres ennemis et les plus acharnés du nom chrétien, avec la plus grande humanité et libéralité, puisque grande serait la puissance de la charité et de l’humanité pour joindre les incrédules au Christ. Ce que fit aussi le roi Eugenius, recevant très honorablement les fils exilés d’Ethelfrid roi des Anglais, récemment tué par les Anglais, et les imbuant soigneusement de la religion chrétienne. Et ce ne fut pas en vain : car en vérité les fils d’Ethelfrid, Oswald et Oswiu, instruits dans la foi par les Scots, élevés à la royauté, promurent la cause chrétienne parmi les Anglais avec un grand zèle. » Jusqu’ici Chalmers. Et certes après la défaite d’Aidan par Ethelfrid, comme nous l’avons rapporté plus haut, jusqu’au temps où Bède écrivit son histoire, les Scots demeurant en Bretagne ne molestèrent aucunement la nation des Anglais, comme le même écrivain le confirme au livre 5, au dernier chapitre, en ces termes : « Les Scots qui habitent la Bretagne, contents de leurs propres frontières, ne machinent aucun complot ni fraude contre la nation des Anglais. » Or il écrivait, comme il l’indique ensuite, en l’année de l’Incarnation 731. Le contraire toutefois est rapporté par Fordun, chez Ussher p. 710, au sujet du fils d’Aidan Eochaid Buide, ou Buydwelf, que les Scots appellent communément Eugenius — qu’il ne prit garde que rarement à la paix mais continuellement à la guerre, infestant sans cesse les régions des Saxons de graves incursions, et parfois celles des Pictes. Mais Bède, qui vécut au plus près de ces temps, mérite le plus grand crédit. Concernant saint Oswald, qui, son père Ethelfrid étant tué en bataille en l’année 617, fut porté avec ses frères en Écosse et là instruit dans les mystères de la foi chrétienne, nous traiterons au 5 août, jour où il est vénéré.

8 De plus, Chalmers indique qu’il a tiré ce qu’il écrit de saint Marnan du Bréviaire d’Aberdeen, des Chroniques de Scone, du Calendrier du Roi, et d’autres. Les paroles du Bréviaire d’Aberdeen, nous les avons récitées plus haut. Nous avons vu le Calendrier du roi Adam, dans lequel Marnan est dit avoir vécu sous le roi Indulf, que les écrivains écossais rapportent avoir régné au dixième siècle, trois cents ans après Aidan et Eugenius. Et quant à ce qui concerne les Chroniques de Scone que Chalmers cite souvent — où elles existent maintenant il ne l’indique pas, ni ne cite nulle part leurs paroles. Thomas Dempster, dans son Histoire ecclésiastique des Scots, livre 12, chapitre 832, le rapporte aussi aux temps d’Indulf, tandis qu’il raconte qu’il florissait en l’année 952 et écrivit beaucoup de choses, dont peu de restes survivent — parmi elles, De la Garde de l’Alliance, un livre ; une Admonition à ses Églises natales, un livre. Où sont-ils maintenant ? Cet auteur tient pour coutume établie de ne laisser passer nul des anciens Scots fameux par la sainteté sans lui attribuer quelques monuments de lettres. Il ajoute là, et dans le Ménologe, qu’il est vénéré le deuxième jour de mars dans le Calendrier du Roi cité, quoique le Roi et d’autres le placent au premier.

[Suit dans l’original le récit de saint Siviard.]

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