1 « Heureux l’homme qui craint le Seigneur ; il prend grand plaisir à ses commandements. » [Psaume 112, 1 ; Vulgate Psaume 111, 1]
2 Bienheureux, juste et parfait est l’homme qui a (littéralement, « sur qui il y a ») la crainte et la terreur du Seigneur tout-puissant, et qui désire ardemment accomplir les commandements et les enseignements de Dieu, comme il est déclaré dans le canon de l’Ancien et du Nouveau Testament.
3 Il y eut des multitudes de patriarches, de prophètes, d’apôtres et de disciples du Seigneur dans l’Ancien et le Nouveau Testament qui portèrent témoignage à cette vérité. Ils furent véritablement bienheureux, fidèles, parfaits et persévérants dans leur désir et leur ardente aspiration à accomplir les commandements et les enseignements divins, et dans leur sainte crainte du Seigneur, avec une complète dévotion dans leurs cœurs et leurs esprits et sans considération de quoi que ce fût d’autre que cela seul.
4 L’un de cette compagnie sous le Nouveau Testament fut l’homme dont la fête et la commémoration tombent en ce temps de l’année, le dix-septième jour avant les calendes de juin (16 mai), à savoir Brendan, fils de Finnlug, de la race de Ciar, fils de Fergus. Ce saint Brendan fut une figure éminente dans la foi et la piété à travers une grande part du monde. Il fut juste, comme Abraham [Genèse 15, 6] ; un psalmiste prophétique, comme David, fils de Jessé [1 Samuel 16, 1-13 ; Psaumes] ; un éminent sage, comme Salomon, fils de David [1 Rois 4, 29-34] ; un législateur, comme Moïse, fils d’Amram [Exode 24, 12 ; 34, 27] ; un interprète inspiré, comme saint Jérôme ; d’un intellect suréminent, comme Augustin ; d’une excellente érudition générale, comme Origène ; et vierge, comme Jean, le disciple bien-aimé du Seigneur [Jean 13, 23] ; un évangéliste, comme Matthieu [Matthieu 9, 9 ; 10, 3] ; un prédicateur, comme Paul [Actes 9, 20] ; un premier messager du pardon, comme Pierre, prince des apôtres [Matthieu 16, 18-19 ; Jean 20, 21-23] ; chef des ermites, comme Jean le Baptiste [Matthieu 3, 1-4] ; un commentateur, comme Grégoire de Rome ; et un prudent guide sur terre et mer, comme Noé, fils de Lamech [Genèse 5, 28-29]. Et comme Noé éleva son arche haut au-dessus des vagues tumultueuses du Déluge [Genèse 7-8], ainsi Brendan élèvera ses moines et son peuple au-dessus des feux du Jugement [2 Pierre 3, 7-13], de sorte que, par la puissance et la vraie piété de Brendan, fils de Finnlug, ni fumée, ni brume, ni étincelles ne les toucheront.
5 C’est durant le règne d’Ænguis, fils de Nathfraech, roi de Munster, que le grand saint Brendan naquit. Il venait de Kerry-Luachra, dans le district d’Alltraighe-Cuile. Son père, Finnlugh, était un homme libre de noble naissance, dévot et juste, qui, avec sa légitime épouse, vivait dans l’obéissance et la discipline religieuse sous la conduite de l’évêque Erc. Avant que Brendan ne naquît, sa mère vit une vision dans laquelle son sein était plein d’or pur et ses poitrines resplendissaient comme la neige. Lorsqu’elle rapporta sa vision à l’évêque Erc, il dit : « Un enfant de puissance te naîtra, plein de la grâce du Saint-Esprit » — c’est-à-dire Brendan.
6 À quelque distance de la maison de Finnlugh vivait un certain homme riche nommé Airde, fils de Fidach. En ce temps, un chef prophète d’Irlande, nommé Becc MacDé, vint à son manoir. Airde demanda à Becc quel extraordinaire événement devait bientôt avoir lieu là, et Becc répondit : « Cette nuit, entre toi et la mer, ton vrai et digne roi naîtra. Beaucoup de rois et de princes l’honoreront dévotement, et il les portera avec lui au ciel. » La nuit de la naissance de Brendan, trente vaches appartenant à Airde MacFidaigh mirent bas trente génisses. Le lendemain, Airde se leva tôt et partit à la recherche de la maison où l’enfant était né. Il trouva la demeure de Finnlugh et le jeune nourrisson là. Empreint d’ardeur, il s’agenouilla devant l’enfant et lui présenta les trente vaches et leurs trente veaux. Ce fut la première aumône faite à Brendan. Alors ce grand possesseur de terre prit l’enfant dans ses bras et dit : « Dès ce jour, que cet enfant soit mon filleul pour toujours. »
7 La nuit de la naissance de Brendan, l’évêque Erc vit Alltraighe-Cuile dans un extraordinaire embrasement de lumière, différent de tout ce qu’il avait jamais vu auparavant, et témoigna de divers offices angéliques à travers le district environnant, les anges vêtus de robes blanches comme neige. Au matin, il se leva tôt et alla à la maison de Finnlugh. Prenant l’enfant dans ses bras, il lui adressa ainsi : « Ô homme de Dieu » (c’est-à-dire, celui qui servira Dieu), « reçois-moi comme ton fidèle serviteur, et beaucoup se réjouiront grandement de ta naissance, comme mon cœur et mon âme s’en réjouissent maintenant grandement. » Ainsi parla l’évêque Erc. Alors il se prosterna en la présence de l’enfant et pleura abondamment de joie. Peu après, il le baptisa, et d’abord, au souhait de ses parents, il lui fut donné le nom de Mobhi, comme le poète dit :
8 Mobhi fut son premier nom,
Donné par ses parents ; beau était son visage.
Un hospitalier, curieux et agile jeune homme,
Il fut une aide pour les hommes d’Irlande.
9 Ensuite, une blanche goutte (broen finn), c’est-à-dire une blanche brume, tomba là et se répandit sur tout Fenit. De là il fut véritablement appelé Broenfinn, find signifiant « blanc », car il était blanc en corps et en âme, comme le poète dit :
10 Broenfind fut son nom désormais,
En corps et en âme.
De cette brume il reçut le tout,
De l’évêque Erc une part de lui.
11 C’est alors que trois moutons pourpres, ou rouge sombre, bondirent de la fontaine (de son baptême), comme le prix du baptême de Brendan, comme il fut dit :
12 Trois moutons pourpres, un agréable troupeau,
Les droits du baptême pour le jeune Brendan ;
Un beau don jaillit,
Du puits seul.
13 Sa famille alors le prit avec eux, afin qu’il demeurât sous leur soin durant un an. Après cela, l’évêque Erc le mena à sa mère nourricière, sainte Ita, et il demeura avec elle cinq ans. La religieuse l’aimait extrêmement, car elle voyait les anges servant autour de lui et la grâce du Saint-Esprit manifestement sur lui. Brendan criait toujours joyeusement à la religieuse chaque fois qu’il la voyait. Un jour, Ita lui demanda : « Qu’est-ce qui t’apporte tant de joie, mon saint enfant ? » dit-elle. « Vous, répondit-il, que je vois continuellement me parler, et les innombrables vierges comme vous, qui me nourrissent affectueusement, me passant de l’une à l’autre. » Ces anges avaient pris la forme de vierges :
14 Des anges sous l’apparence de belles vierges
Nourrissaient Brendan,
Le passant d’une main à une autre,
Sans causer beaucoup de mal au nourrisson.
15 Ensuite, durant cinq ans, il lut les psaumes continuellement sous l’évêque Erc, et Ita s’affligea grandement de son absence. Or, l’évêque Erc n’avait pas de vache à lait, car il ne recevait que de modestes aumônes des fidèles. Un jour donc, il eut besoin de lait pour son filleul, et il dit : « Dieu est capable de le pourvoir, mon fils. » Après cela, une vache sauvage venait chaque jour avec son veau de Slieve-Luachra pour être traite pour lui, et, après avoir été traite, retournait seule aux montagnes.
16 En ce temps, Brig vivait avec lui. Elle était sa sœur de plein droit, et il avait une grande affection pour elle, car il pouvait voir les anges servant autour d’elle, et il voyait le visage de son père nourricier resplendir de l’éclat du soleil d’été.
17 Un jour, l’évêque Erc partit en mission pour prêcher la Parole de Dieu, emmenant Brendan avec lui dans le chariot. Brendan avait alors dix ans. Tandis que les clercs étaient occupés à prêcher, Brendan fut laissé seul dans le chariot, où il était assis lisant les psaumes. Alors une jeune demoiselle, douce et modeste, aux cheveux de lin et de famille princière, s’approcha du chariot et le regarda. Voyant combien beau et radieux était son visage, elle sauta soudain en jouant dans le chariot pour jouer avec lui. Alors il lui dit : « Rentre à la maison, et porte mauvaise volonté (ou blâme) envers quiconque t’a laissée ici. » Il saisit les rênes du chariot et lui donna une sévère correction avec elles, jusqu’à ce qu’elle pleurât et hurlât et s’enfuît vers le lieu où ses parents, le roi et la reine, demeuraient.
18 Peu après, l’évêque Erc revint et réprimanda sévèrement Brendan pour avoir battu l’innocente demoiselle. « Je ferai pénitence pour cela, dit Brendan, prononce donc quelle sera ma pénitence. » « Va dans cette grotte jusqu’au matin, dit l’évêque Erc, et demeure-y seul jusqu’à ce que je te visite demain. » Brendan alors s’assit dans la grotte et se mit à réciter ses psaumes et ses hymnes de louange au Seigneur. L’évêque Erc veillait près de la grotte, écoutant Brendan à son insu. Le son de la voix de Brendan tandis qu’il chantait les psaumes pouvait être entendu à mille pas dans toutes les directions. La voix de Colum Cille pouvait être entendue à la même distance lorsqu’il chantait ses psaumes et ses hymnes :
19 Le son de la voix du mélodieux Brendan,
Dans la grotte près de Fenit,
À mille pas dans toutes les directions,
Sa claire et haute voix fut entendue.
20 C’est alors que les clercs virent des troupes d’anges montant au ciel et descendant vers la terre autour de la grotte jusqu’au matin. De ce temps en avant, nul ne put fixer constamment le visage de Brendan à cause de l’abondance de son éclat divin, sinon Finan Cam, qui était lui-même rempli de la grâce du Saint-Esprit.
21 Un jour, Brendan et l’évêque Erc voyageaient ensemble lorsqu’un jeune homme se joignit à leur compagnie le long du chemin. Quelques ennemis à lui survinrent à sa rencontre : sept hommes armés. Une grande peur le saisit, et il dit : « Ces hommes vont me tuer maintenant. » « Va un peu plus loin, dit Brendan, et couche-toi dans l’ombre de cette pierre dressée. » Il fit comme on le lui dit, et Brendan éleva ses mains vers Dieu et pria que le jeune homme fût sauvé en prenant la forme de la pierre dressée. Ses ennemis alors s’approchèrent de la pierre, en coupèrent le sommet en la forme de la tête du jeune homme, blessèrent la pierre en son flanc, et la laissèrent sans tête, emportant ce qui paraissait être la tête de leur ennemi. Cette pierre se dresse encore au même lieu, comme les gens savants nous le racontent. Ainsi Brendan fit une pierre de l’homme et un homme de la pierre. « Faites pénitence, leur dit l’évêque Erc, pour avoir pris la tête de la pierre et pour que votre ennemi vous ait échappé sain et sauf. » Ensuite, ils accomplit une convenable pénitence sous la conduite de l’évêque Erc, et continuèrent de la faire de ce temps en avant.
22 Après que Brendan eut appris les Écritures canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament, il souhaita consigner et apprendre les règles des saints d’Irlande. L’évêque Erc alors lui donna la permission d’aller apprendre ces règles, car il savait bien qu’un tel conseil venait de Dieu. L’évêque Erc lui dit : « Reviens à moi lorsque tu auras appris ces règles, afin que tu reçoives les saints Ordres de moi. » Lorsque Brendan alla chercher l’avis de sa mère nourricière, Ita, elle lui donna le même conseil : « Apprends les règles des saints d’Irlande. » Elle dit aussi : « N’acquiers pas ce savoir des femmes ni des vierges, de peur que tu ne donnes occasion de reproche. » « Va, dit-elle, et en chemin tu rencontreras un charmant soldat de noble naissance. » Et ainsi il advint que Mac Lenin fut ce guerrier. Après que Brendan eut poursuivi son voyage, Mac Lenin le rencontra. Alors Brendan lui dit : « Fais pénitence, car Dieu t’appelle ; désormais, sois un fils dévoué pour Lui. » Colman Mac Lenin fut alors converti au Seigneur, et une église lui fut bâtie peu après, comme Colman dit :
23 Brendan, flamme de la victorieuse vie.
24 Ensuite, Brendan entra dans le Connaught, attiré par la renommée d’un certain homme dévot qui y vivait, nommé Iarlath, fils de Lug, fils de Tren, fils de Fiach, fils d’Imcadha (ou Mochta), fils de Bresal, fils de Siract, fils de Fiacha-finn. Brendan apprit de lui toutes les règles des saints d’Irlande. Alors Brendan dit à Iarlath : « Ce ne sera pas le lieu de ta résurrection. » « Mon saint fils, dit Iarlath, pourquoi nous caches-tu les divines grâces du Saint-Esprit qui sont manifestement en toi, et les innombrables puissances du Seigneur tout-puissant qui gisent cachées dans ton âme immaculée ? Tu es venu apprendre de moi, dit Iarlath, mais désormais c’est moi qui serai tien. Accepte seulement de me prendre comme ton fidèle serviteur à jamais. Mais dis-moi maintenant, où sera le lieu de ma résurrection ? » Alors Brendan lui dit : « Fais-toi faire un nouveau chariot, puisque tu es évêque (ou ancien), et voyage en lui sur ton chemin. Partout où les deux brancards du chariot se briseront, là sera le lieu de ta résurrection, et la résurrection d’une multitude avec toi. » Peu après, l’évêque voyagea dans le chariot, et il n’était pas allé loin lorsque les deux brancards se brisèrent. Le lieu s’appelle Tuaim-da-ghualann. Alors, les deux composèrent un poème ensemble tandis qu’ils regardaient vers le lieu de sépulture de quelque distance, les anges y servant étant clairement visibles pour eux. Brendan prononça les cinq premiers vers, et Iarlath prononça le reste.
Brendan #
1 Noble enclos d’église, radieux d’anges,
Brillante est sa splendeur devant mes yeux ;
Ceux qui sont ensevelis dans son sol
Ne souffriront pas les tourments de l’enfer.
2 C’est l’archange qui le marqua de croix,
Et consacra son vert gazon ;
Ce n’est pas la demeure du hideux démon
Qui nous sera révélée là.
3 Ce sera une noble église, avec de nombreux clercs,
Où de grands synodes seront tenus ;
Ce sera un refuge pour hauts et bas de même,
Et il y aura place pour des multitudes.
4 Si tes fidèles abandonnent ton église,
Leurs jours seront des jours de tribulation ;
Mauvaise est la ruine qui suit ici,
Et la condamnation de l’enfer ci-après.
5 Quand, dans les temps à venir, tes frères paraîtront,
Convoqués au siège du jugement [2 Corinthiens 5, 10],
Tu seras leur avocat,
S’ils suivent ta conduite maintenant.
Iarlath #
1 Tant qu’ils vivent dans l’obéissance à moi,
Et tant que la croix demeure,
Ils chasseront leurs ennemis au loin ;
Ils resplendiront comme le soleil [Matthieu 13, 43].
2 Tant qu’ils vivent dans l’obéissance à moi —
Je dis la vérité ; il n’y a pas de mensonge —
Leurs fils leur survivront ;
Ils ne souffriront aucune peine ci-après.
3 Heureux celui qui prend la croix
Sur la colline des ifs toujours verts.
Il ne sera pas condamné à l’enfer après le jugement,
Quiconque gît enseveli dans son sol.
4 Ne sois pas courroucé, ô MacDuach !
Je te récompenserai pleinement :
Le ciel et l’abondance sans mesure,
Et mon lieu de repos pour toujours.
5 Les rois et les clercs de ta lignée triompheront
Tant qu’ils demeureront obéissants à moi ;
Nul ne réclamera leurs otages :
Ils vaincront tout assaillant.
6 Lorsque Brendan eut quitté Iarlath, il poursuivit son chemin vers la plaine d’Ai. Sur la route, un ange le rencontra et dit : « Écris de moi les règles de la vie religieuse » (littéralement, « les paroles de la piété »). Alors, Brendan écrivit de l’ange toutes les saintes règles ecclésiastiques, et cette règle existe encore. Tandis qu’ils traversaient la plaine, ils virent une bière portant le corps d’un homme mort, tandis que ses amis le lamentaient. « Mettez votre confiance dans le Seigneur, dit Brendan, et le mort que vous avez sera rendu à la vie. » Après que Brendan eut prié Dieu, le jeune homme se leva aussitôt à la vie, et sa famille l’emmena avec une extrême joie. Ensuite, tout le peuple se mit à regarder Brendan avec un grand intérêt, et ils l’amenèrent devant le roi de la plaine. Le roi lui offrit de la terre dans tout district de la plaine qu’il pût choisir, mais Brendan ne l’accepta pas, car il ne souhaitait pas y demeurer.
7 Lorsque Brendan eut écrit la règle donnée par l’ange, ensemble avec les règles des saints d’Irlande, leurs coutumes et leurs pratiques dévotes, il retourna à l’évêque Erc et reçut l’ordination de lui. C’est alors qu’il entendit ces paroles dans l’Évangile : « Quiconque aura laissé père, mère, sœur ou terres recevra au centuple en ce temps présent et héritera la vie éternelle. » [Matthieu 19, 29]
8 De ce temps en avant, l’amour du Seigneur crût extrêmement dans le cœur de Brendan, et il désira quitter son pays et sa terre, ses parents et sa famille. Il supplia ardemment le Seigneur de lui accorder quelque lieu qui fût secret, retiré, sûr et délicieux, fort éloigné des autres hommes. Tandis qu’il dormait cette nuit-là, il entendit la voix d’un ange du ciel lui disant : « Lève-toi, ô Brendan, car Dieu t’accordera ce que tu as prié — même la Terre de la Promesse. » Alors Brendan se leva, et son cœur fut grandement réjoui par ces paroles. Il se retira seul à Sliabh-Daidche (mont Brandon), d’où il contempla le vaste et sombre océan de toutes parts. Là il vit en vision une belle et noble île, avec des anges y servant. Après cela, il y demeura trois jours puis s’endormit de nouveau. L’ange du Seigneur vint parler avec lui là et dit : « Désormais, je demeurerai en étroite union avec toi pour toujours et à jamais, et je t’enseignerai comment trouver la belle île que tu as vue dans ta vision et que tu désires atteindre. » À ces paroles, Brendan pleura extrêmement de joie et rendit de fervents remerciements à Dieu.
9 Alors Brendan quitta la montagne et retourna à sa communauté de moines. Il leur dit : « Bâtissez trois grands vaisseaux, chacun avec trois bancs de rames, trois voiles faites de cuirs, et vingt hommes à bord. » Mais ils n’étaient pas tous clercs, comme le poète dit :
10 Trois vaisseaux le sage navigua
Sur les écumants flots de l’océan ;
Vingt hommes dans chaque vaisseau il eut
Sur les vagues de la tumultueuse mer.
11 Trois rangées de rames dans chaque vaisseau,
Douce la musique de leur aviron ;
Trois voiles de cuirs à déployer
Dans chacun des trois vaisseaux qu’il navigua.
12 Tous ceux qui allèrent n’étaient pas clercs
En ce voyage ; doux était leur amour mutuel ;
Les moines étaient humbles — épargne leurs regards —
Qui naviguèrent dans les trois vaisseaux.
13 Alors Brendan, fils de Finnlug, navigua sur les vagues haut-voix de la mer aux crêtes rugueuses, sur les lames de la marée verdâtre, et sur les abîmes du merveilleux, terrible et implacable océan, où ils virent dans ses profondeurs des monstres marins à la gueule rouge et de nombreuses grandes baleines. Ils découvrirent de belles et merveilleuses îles, mais n’y demeurèrent pas. Durant cinq ans ils voyagèrent sur l’océan, si merveilleux, étrange et tout à fait inconnu d’eux. Durant tout ce temps, il ne leur arriva jamais de rencontrer un autre homme, et aucun de l’équipage ne souffrit aucun manque, ni nul mal n’atteignit personne en corps ni en âme. Ce fut en vérité une merveille, car Brendan ne leur avait pas permis d’emporter de provisions avec eux. Au lieu de cela, il leur dit que Dieu pourvoirait de la nourriture pour eux où qu’ils fussent, juste comme Il avait nourri les cinq mille de cinq pains et deux poissons [Matthieu 14, 13-21 ; Marc 6, 30-44 ; Luc 9, 10-17 ; Jean 6, 1-14].
14 Or, lorsque Pâques approcha, les frères pressèrent Brendan d’aller à terre et d’y célébrer la fête pascale. « Dieu, dit Brendan, peut pourvoir de la terre pour nous où qu’Il veuille. » Lorsque Pâques vint, la grande baleine éleva son énorme masse au-dessus des brisants et des rugissantes vagues de la mer, jusqu’à ce que son dos gît nivelé et ferme comme une verte prairie, lisse et égale. Ils allèrent à terre sur cette terre et y célébrèrent la fête de Pâques durant un jour et deux nuits. Dès qu’ils retournèrent à leurs vaisseaux, la baleine replongea dans la mer. De cette manière, ils célébrèrent Pâques durant sept ans sur le dos de la baleine, comme Cuimin de Connor le rapporte :
15 Brendan aima la dévotion incessante,
Selon son synode et ses pairs.
Sept ans sur le dos de la baleine ;
Sévère était cette manière de dévotion.
16 Chaque année, lorsque Pâques approchait, la baleine élevait son dos jusqu’à ce qu’il devînt une terre sèche et solide.
17 Certains jours, tandis qu’ils traversaient le merveilleux océan, ils virent les profonds et noirs courants de la mer aux crêtes rugueuses, et leurs vaisseaux étaient en danger de couler sous la violence de la tempête. Chaque homme alors regarda intensément le visage de Brendan, car le péril auquel ils faisaient face était extrêmement grand. Brendan éleva sa voix et cria à haute voix : « Il te suffit, ô puissante mer, de me noyer seul ; mais laisse ces gens échapper indemnes. » Alors la mer s’apaisa, et les bouillonnants tourbillons s’affaissèrent aussitôt. De ce temps en avant, ils ne nuisirent plus à personne.