1 Garde la Règle du Seigneur ; tu n’y cours aucun risque. Mieux vaut que tu ne la transgresses pas, aussi longtemps que dure ta vie.
2 Voici l’essence de la Règle : aime le Christ, hais la richesse ; que soient en toi la dévotion envers le Roi du soleil et la douceur envers les hommes.
3 La persévérance dans la pénitence — merveilleux le chemin — l’ardeur, la constance en elle ; le souci de la mort chaque jour ; la bienveillance envers tout homme.
3a [Dans un autre manuscrit] : Cent prosternations vers Lui aux Beati, matin et soir ; si cela est accompli, la récompense qu’il en aura dans le Royaume des Cieux ne sera pas médiocre.
3b Chaque matin, à l’heure, qu’il s’incline promptement trois fois. Sur sa poitrine, sur son visage, qu’il mette le signe de la croix du Christ.
4 Ne vise pas une dévotion […]. Mange ta juste portion de nourriture. La dévotion courte et grossière — c’est le Diable qui l’a imaginée.
5 Ne fais pas un feu de fougère ; son extinction alors est proche. Ne sois pas un carex contre le courant, afin que ta dévotion soit durable.
6 Si les combats te rattrapent, mieux vaut pour toi n’être pas lâche : un combat contre les nombreux vices, un combat contre le corps, un combat contre le Diable.
7 Voici tes trois règles — n’as-tu rien de plus cher — la patience, l’humilité, et l’amour du Seigneur dans ton cœur.
8 Par la crainte vient l’amour du Roi qui guérit toute misère. C’est par amour pour Lui que Sa volonté et Son commandement sont gardés.
9 L’amour de Dieu […] la terre enchaîne vite les pensées. La crainte a pouvoir sur la repentance. L’amour détermine la piété.
10 Que ce soit dans la crainte ou dans le mal, prions le Christ afin d’en échapper. La manière de la pénitence, notre patron la déterminera.
11 Les huit chefs des vices qui tuent l’âme de tout homme — je connais des vertus qui les éteignent tous.
12 Voici la vertu qui opère une longue consolation : qu’en tout désir que tu désires tu exerces la patience.
12a [Dans un autre manuscrit] : Mon âme dit à mon corps […], s’il pouvait être mû sur cette terre après avoir été un temps dans le blasphème.
13 Chanter les trois cinquantaines [le psautier] de tierce en tierce, si possible, selon les ordonnances des anciens — il viendra un jour où ce sera un secours.
13a [Addition] : Trois cents prosternations chaque jour, et trois à chaque heure canonique — ton âme ne sera pas au jugement du Roi au Jour du Jugement dernier.
13b [Dans un autre manuscrit] : Deux cents prosternations chaque jour au Seigneur, selon un livret suivi avec soin — elles seront accomplies sans aucun défaut toujours, sauf le jour du Seigneur.
13c Deux cents coups sur les mains chaque Carême — ce sera un secours. De tout orgueil dont ils se rendent coupables, ils détournent d’eux toute culpabilité.
14 Léger, merveilleux et doux est le joug du Seigneur. Il est bon d’aller vers un sage pieux pour diriger ton chemin.
15 Il est bon d’avoir un sage pieux pour te guider, afin d’éviter le châtiment. Même si tu estimes grande ta fermeté, ne sois pas sous ta propre conduite.
16 Mieux vaut pour toi éviter ceux dont tu peux attendre qu’ils te tuent : un insensé pieux mais ignorant ; un sage impénitent […].
16a Pratique la liberté des anciens. Ne sois pas insensé comme […]. Avant et après, en tout lieu, être dans l’obéissance à Jésus vaudra mieux.
16b Pratique la délivrance de la captivité pour le peuple de Dieu — ce n’est pas une honte — afin de ne pas jouer sans t’en apercevoir à « moi seul, toi seul » devant le Diable.
17 Quand de grandes injures t’adviennent, ne t’en lamente pas ; car elles ne sont pas plus abondantes que celles du Roi qui les envoie.
18 Même si tu estimes les hôtes nombreux, si tu leur rends le service qui leur est dû, prie le Roi auprès de qui tu es ; n’achète rien pour eux.
19 Ne va pas toi-même solliciter ; que personne n’aille de chez toi mendier. Demeure à la maison en prière ; supporte toujours ta pauvreté.
20 Ne sois ni dur ni avare. Ne sois pas sourd à la prière qui t’est faite. Ne refuse pas, ne sollicite pas. N’aime pas la richesse d’un homme.
21 Tu ne vendras pas, tu n’achèteras pas la miséricorde de Dieu, tu ne la cacheras pas. Ce que tu gagnes au-delà de ton suffisant, tu le donneras aux pauvres.
22 Ne t’adonne pas à l’achat et au trafic. Que ta piété envers le Christ soit grande. Ne mendie pas auprès d’un roi d’Irlande, si tu es vassal du Fils de Marie.
23 La repentance lente après avoir été dans un grand péché — petite est sa récompense au ciel ; grande sera son épreuve par le feu.
24 S’il est quelqu’un qui prenne le chemin de la repentance, qu’il avance d’un pas chaque jour ; qu’il ne pratique pas les manières d’un aurige.
25 Si tu dois te séparer du monde, tu as pris le chemin des souffrances. Fuis-le, ne regarde pas — comme s’il s’agissait d’une poursuite dont tu étais poursuivi.
26 Si tu as un fils ou une maisonnée dont tu as résolu de te séparer, tu ne les chercheras pas, tu ne penseras pas à eux, comme si tu étais dans la terre.
27 Si tu pratiques la repentance, si ton cœur est doux, cette voie est droite jusqu’au Roi du Royaume des Cieux.
27a [Dans un autre manuscrit] : Cent coups sur tes mains chaque Carême — ce sera un secours. Pour tout orgueil qu’ils ont pratiqué, ne manque pas une seule fois.
28 Si tu désires que ton âme soit aussi blanche que le cygne, nul autre ne peut rien entreprendre pour ton âme à ta place.
28a [Dans un autre manuscrit] : Si tu es berger de tenants d’église, il convient que tu aies compassion d’eux et que tu les aimes […].
28b Si le service des tenants te revient, si ton épreuve fréquente t’est douce, garde trois paroles jusqu’à ce que tu sois porté à ton cimetière.
28c Voici tes trois paroles — ce n’est ni plus court ni plus long — « ar co fuin imon daire » tu diras chaque jour.
29 Voici la Règle du Seigneur. Tu peux l’éprouver. Nul imparfait ne comprend comment se tenir sous la règle de Celui qui la garde.