1 Ô toi, la vie, combien en as-tu trompés, combien en as-tu séduits, combien en as-tu aveuglés ! Tant que tu t’envoles, tu n’es rien ; tant que tu sembles exister, tu n’es qu’une ombre ; tant que tu es exaltée, tu n’es que fumée. Tu t’enfuis chaque jour, et tu reviens chaque jour ; en venant, tu t’enfuis ; et en t’enfuyant, tu reviens. Tu es différente dans ton issue, mais semblable dans ton origine ; différente dans le luxe, mais semblable dans ton caractère éphémère. Douce pour les insensés, amère pour les sages.
2 Ceux qui t’aiment ne te connaissent pas, et ceux qui te méprisent sont ceux qui te comprennent véritablement. C’est pourquoi tu n’es pas sincère, mais trompeuse : tu te présentes comme si tu étais vraie, mais tu te révèles fausse.
3 Que es-tu donc, ô vie humaine ? Tu es le chemin des mortels, non la vie elle-même — commençant par le péché et finissant par la mort. En effet, tu aurais été vraie si le péché de la première transgression humaine ne t’avait pas interrompue. Mais tu es devenue éphémère et mortelle lorsque tu as voué tous tes voyageurs à la mort.
4 Ainsi, tu es un chemin vers la vie, non la vie elle-même ; car tu n’es pas vraie. Tu es un chemin, mais pas un chemin facile — long pour certains, court pour d’autres, large pour certains, étroit pour d’autres, joyeux pour certains, douloureux pour d’autres. Pourtant, pour tous, tu te précipites sans pause ni retour en arrière. Tu es un chemin, dis-je — un chemin — mais pas un chemin manifeste pour tous. Beaucoup te voient, mais peu comprennent que tu es un chemin. Tu es si subtile et trompeuse que seuls quelques-uns te reconnaissent comme une route.
5 C’est pourquoi il faut te questionner, et non te croire ; il faut te traverser, et non s’y accrocher — ô misérable vie humaine ! Car nul ne s’attarde sur une route, mais y marche plutôt, afin que ceux qui voyagent sur ce chemin puissent venir s’établir dans leur patrie.
6 Pourquoi donc, ô vie mortelle, es-tu habitée, aimée et revendiquée ? Tu es aimée et revendiquée par les insensés et les égarés, mais méprisée par les sages et évitée par ceux qui cherchent le salut. Tu dois être redoutée, ô vie humaine, et grandement surveillée, car tu es si fugace, si glissante, si périlleuse, si brève, si incertaine, que tu te dissous comme une ombre, ou une image, ou un nuage — ou dans le néant, le vide même.
7 Puisque, par conséquent, tu n’es rien, ô vie mortelle — que tu sois une image, fugace comme un oiseau, incertaine comme un nuage, fragile comme une ombre, ou éphémère comme un rêve —, il faut te traverser avec le plus grand soin, la plus grande prudence et la plus grande rapidité, afin que, tels des voyageurs, nous puissions nous hâter, en toute lucidité, vers la véritable patrie.
8 Il faut être serein face à ce qui est passé, mais vigilant quant à ce qui reste. Car il ne vous sert à rien d’être montés, si vous n’échappez pas aussi à ce qui vous attend. En effet, cette vie [ou plutôt, ce chemin] doit être considérée comme un voyage et une ascension.
9 Ne cherchons pas sur la route ce qui se trouve dans notre patrie. Car la peine et le labeur appartiennent au voyage, tandis que le repos et la sécurité sont préparés dans la patrie. Nous devons prendre garde, de peur de nous sentir en sécurité en chemin et de ne pas parvenir à notre véritable foyer.
10 Il y en a, en effet, dans ce voyage, qui sont oisifs, complaisants et envieux, comme s’ils n’étaient pas en chemin mais déjà dans leur patrie. Ils se dirigent vers leur patrie non pas de leur plein gré mais à contrecœur — et pourtant, hélas, ils l’ont déjà perdue. Car ici, sur la route, ils se sont épuisés pour une patrie terrestre, et en échange d’une vie brève, ils ont acheté la mort éternelle.
11 Malheureux sont-ils, qui se réjouissent d’un échange trompeur : ils ont aimé ce qui était éphémère et ne leur appartenait pas, et ont négligé ce qui était éternel et leur appartenait véritablement.
12 C’est pourquoi, aussi délicieuses, aussi séduisantes, aussi splendides que puissent être les choses terrestres, fuyons ce qui est étranger et temporaire, de peur de perdre ce qui est nôtre et éternel. Soyons fidèles à ce qui appartient à autrui, afin de devenir héritiers de ce qui est nôtre — qui nous est accordé par notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles.
13 Amen.
