1 Dans l’Église de Dieu, mes frères, nous occupons la place la plus élevée par la miséricorde de Dieu ; c’est pourquoi nous devons veiller avec le plus grand soin à maintenir fermement ce que nous avons une fois résolu et à accomplir avec diligence, par de bonnes œuvres, ce que nous professons ouvertement. Pour y parvenir, il est nécessaire que nous chassions de nos cœurs les pensées insensées et vaines et que, selon la règle de la vie de perfection, nous empruntions le chemin de Dieu. Oubliant ce qui est derrière nous — à savoir, les choses temporelles —, nous devons, avec l’Apôtre, courir vers ce qui est devant nous, en disant à notre Créateur : « Attire-moi à ta suite ; nous courrons dans le parfum de tes onguents ».
2 Par nous-mêmes, nous ne pouvons atteindre le chemin de la vérité ni y progresser ; c’est pourquoi nous devons rechercher la grâce qui nous précède, en disant : « Attire-moi à ta suite », afin que nous puissions courir vers toi. Il convient que « Attire-moi à ta suite » soit dit en premier et que « nous courrons » suive, car sans la grâce de Dieu qui nous précède, nous ne pouvons commencer une bonne œuvre, ni, sans cette même grâce qui nous suit, la mener à bien. C’est ainsi qu’il est dit dans cette prière : « Que ta grâce, ô Seigneur, nous précède et nous suive » [Collecte du Missel romain].
3 Il convient également qu’il soit dit « nous courrons », car sur le chemin de Dieu, nous ne devons pas avancer à un rythme lent, mais courir avec une grande joie et un grand empressement. L’Apôtre nous met en garde : « Courez donc de manière à l’obtenir ». On court quand on avance vers Dieu de toutes ses forces ; on court quand on ne se lasse pas de faire le bien, tout comme le Prophète le dit du Christ : « Il se réjouissait comme un géant de courir sa course ». Le Christ, en effet, a couru le chemin de Dieu car « il ne s’est pas arrêté sur le chemin des pécheurs », ce qui signifie qu’il n’a jamais été freiné par le poids du péché.
4 Nous devons courir — mais comment devons-nous courir ? Écoutez et apprenez. Nous devons courir, dis-je, « dans le parfum de vos onguents ». Quels sont ces onguents dans le parfum desquels nous courons à la suite du Christ ? Ce sont les exemples des saints qui nous ont précédés. Les onguents sont composés d’un mélange de diverses fleurs et d’épices. Les différentes épices représentent les diverses vertus des saints, qui, telles des senteurs parfumées, sont rassemblées par la vertu de la charité et soigneusement préparées pour notre bien.
5 À propos d’un tel parfum, on dit : « Les mouches mortes gâchent la douceur du parfum ». Les mouches mortes sont les pensées vaines qui envahissent nos cœurs, et nous devons les chasser — comme à l’aide d’un éventail — par la pratique de la prière, de peur qu’elles ne nous privent de la douceur du parfum. En effet, les mouches mortes détruisent le parfum de l’onguent lorsque les pensées vaines nous privent de la joie de la vertu et des observances du culte divin que nous avons reçues des anciens pères.
6 Contemplons donc attentivement les exemples des saints qui nous ont précédés et hâtons-nous d’entrer dans ce repos. Courons sans faiblir dans nos efforts afin de pouvoir dire avec l’Apôtre : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course », et ainsi « désormais, la couronne de justice m’est réservée, que le Seigneur, le Juge juste, me donnera en ce jour-là », le Christ qui est béni par-dessus toutes choses, pour les siècles des siècles. Amen.
