[Fin de l’office précédent :] … et par de feintes supplications il détourna divers hommes de l’erreur du paganisme ; et il baptisa même le roi des Anglais des Midlands [les Angles du Milieu] avec tous ses compagnons, barons et sujets, le marqua du saint chrême avec l’ornement de la foi et l’instruisit fermement en celle-ci. Or, la neuvième année de son épiscopat, plein de grâce et de vertu, le treizième des Kalendes de mars [17/18 février], son âme très sainte se rendit au Seigneur depuis la prison du corps. Le reste du jour, du Commun d’un confesseur et pontife.
De saint Colman, évêque et confesseur. Oraison :
« Accorde-nous, nous t’en prions, Dieu tout-puissant, une persévérance continuelle dans ton saint service ; et que, par la pieuse intercession de Colman ton confesseur et pontife qui se tient proche, ils méritent de te servir dignement dans la gloire. Par le Christ. » Aux Matines, neuf leçons. Leçon 1.
Tandis que la race des Anglais demeurait encore inconstante dans les mœurs et l’infidélité du paganisme, infectée tantôt de la foi du Christ, tantôt de la très mauvaise idolâtrie : quand le révérend père et excellent pasteur Finan le Scot, évêque de Lindisfarne, fut mort, le saint homme de Dieu Colman, Scot lui aussi, fut envoyé par les Scots pour les convertir et les instruire ; lui-même, élevé à l’épiscopat peu de temps auparavant, en enseigna et en instruisit un très grand nombre parmi les Scots et les convertit à la foi chrétienne par la prédication évangélique. Et lorsque, Seigneur… Leçon 2.
Or, comme il se disposait à gagner les Anglais, la renommée se répandit entre-temps que le très saint prêtre et excellent pasteur Finan le Scot avait quitté ce monde ; le saint homme de Dieu Colman, Scot lui aussi, rechercha la succession sur ce même peuple de Northumbrie, et l’on lit qu’il présida sur eux pendant trente ans ; mais, emportant avec lui l’animosité des Anglais, après avoir pris une partie des ossements de son saint père Aidan l’évêque, il retourna en Écosse avec la châsse. Or, de quelle parcimonie, de quelle frugalité de vie et de quelle continence fut le prélat lui-même, il en rend lui-même très pieusement témoignage au lieu qu’il gouverna avec ses très saints prédécesseurs. Leçon 3.
Or, lorsqu’il revint en Écosse, beaucoup d’Anglais, tant nobles que gens de condition moyenne, qui avaient entendu la doctrine de ce saint homme, quittant parents, patrie et richesses, embrasés par l’étude de la loi divine et par la grâce d’une vie plus continente, se retirèrent avec lui et se lièrent volontairement et fidèlement à l’observance monastique ; mais d’autres, allant çà et là, s’adonnèrent aux leçons des maîtres. Saint Colman instruisit ceux-ci gratuitement dans la loi divine avec toute chasteté et diligence, et leur administra la nourriture et les autres choses nécessaires à la vie d’une manière joyeuse et bienveillante, pour le nom du Christ. Leçon 4.
Par la suite, il se retira d’Angleterre avec les Scots qu’il en avait amenés, et aussi avec les Anglais qui l’avaient suivi — hommes à la vie très éprouvée, au nombre d’environ trente, qui avaient été pénétrés des préceptes et des doctrines de leur religion et de la discipline monastique — avec lesquels il se rendit dans une île nommée Inisbofinde, non loin de l’Irlande. Leçon 5.
Dans cette île, il bâtit à ses frais un monastère, dans lequel il réunit les religieux des deux nations qu’il avait amenés avec lui. Et comme ils ne pouvaient s’accorder ensemble à cause de la disparité de leurs mœurs — ce que voyant, le bienheureux Colman pourvut en un autre lieu, qui est appelé Mayo, d’un monastère, et là, laissant les Scots, il ordonna que les Anglais demeurassent à part. Ces choses étant réglées, le révérend prélat Tuda, Scot lui aussi, retournant en Écosse, lui succéda pour présider, et reçut à juste titre le gouvernement du peuple. Leçon 6.
Or il advint que, durant tout le temps où il prêcha la parole de Dieu parmi les Anglais, une concorde égale et commune fut gardée, sans lutte de contention ; et si grande fut l’entreprise du clergé de leur propre nation anglaise que, la doctrine du bienheureux Colman et des autres saints issus de la race des Scots s’étant multipliée et accrue, lesdits Anglais devinrent ingrats envers les docteurs et envers le bienheureux Colman, s’indignèrent et cherchèrent contre eux de fausses occasions ; ce qu’ils souffrirent et supportèrent avec toute patience et en rendant grâces, rendant le bien pour le mal. Leçon 7.
Or, par ces très saints hommes — Aidan d’abord, puis Finan et Colman les évêques, envoyés aux Anglais par les rois des Scots et par les plus grands de leur clergé — près de quatre royaumes d’habitants, à savoir celui des Merciens, celui des Angles du Milieu et la partie moyenne du royaume des Saxons de l’Est, furent convertis à la foi du Christ ; et leurs rois et leurs habitants furent baptisés au nom de la sainte et indivise Trinité, et fidèlement instruits et formés aux œuvres de la foi. Et lorsque… Leçon 8.
Or un roi des Anglais, baptisé par les Scots, s’appelait Osfrid ; lequel, ayant reçu très indignement la foi inviolée, revint enfin, comme un chien à son vomissement, à l’idolâtrie et y demeura. Mais le peuple de Northumbrie, à la demande du bienheureux Oswald, fut converti à la foi par la prédication du bienheureux père Aidan ; et les Angles du Milieu et les Merciens reçurent la foi du même évêque. Or le petit nombre de prêtres contraignit d’établir un seul prélat sur deux peuples de régions diverses ; mais aussi le roi des Saxons de l’Est, Sigeberht, fut instruit par la grâce du Saint-Esprit par le bienheureux Cedd et s’accrut, comme le rapporte l’histoire vénérable. Leçon 9.
Car lorsque le bienheureux Colman revint en Écosse avec les autres pères, hommes très saints, il observa toutes les choses de l’hospitalité envers les pauvres du Christ ; les erreurs qu’il trouvait dans la foi, s’il en était, il les extirpait par la puissance divine de manière merveilleuse ; les églises, les monastères et les autres lieux pieux, il les bâtit honorablement pour l’amour et la révérence de Dieu et les consacra avec un appareil solennel. Sur quoi, un si grand homme, plein de grâce et de sainteté…