Acta Sanctorum, mars I (éd. 1643–1668) — traduit du latin.
1 LICHFIELD EN ANGLETERRE.
2 Commentaire historique.
3 Parmi les reines les plus illustres par leur sainteté, brilla dans l’Heptarchie anglo-saxonne sainte Étheldrède [Audrey], fille d’Anna, roi des Est-Angliens, qui donna à tous les siècles un exemple mémorable de chasteté. Car elle fut mariée deux fois, et pourtant, étrangère à toute étreinte d’homme, garda inviolée sa virginité consacrée à Dieu. De cette reine vierge, le vénérable Bède écrit excellemment au livre IV de l’Histoire ecclésiastique, chapitres 19 et suivants ; et nous la traiterons plus amplement dans cet ouvrage au 23 juin, jour de sa naissance. En ce jour, le 4 mars, on célèbre saint Owin, son familier et l’intendant de sa maison, dont le même Bède loue les vertus au livre IV, chapitre 3. Son éloge est aussi inséré dans la Vie de saint Chad, illustrée par nous au 2 mars. Nous répétons ici les choses principales qui y sont relatées plus amplement au chapitre 2, page 146.
4 Saint Owin était donc le premier des serviteurs et le prince de la maisonnée de sainte Étheldrède ; et lorsque celle-ci, après la mort de son premier époux, fut donnée en mariage à Egfrid, roi des Northumbriens, il vint avec la reine de la province des Est-Angliens à York, siège des rois des Northumbriens. Lui, ensuite, comme l’écrit le même Bède, lorsque, la ferveur de la foi croissant en lui, il se proposa de renoncer au monde, ne le fit pas avec indolence ; mais il se dépouilla des choses mondaines au point que, laissant tout ce qu’il avait, revêtu seulement d’un simple habit, et portant à la main une hache et une herminette, il vint au monastère du très révérend père Chad, appelé Lastingham, situé dans la partie septentrionale du diocèse d’York, aux confins des districts de Ryedale et de Pickering, et distant de deux milles de l’Océan Germanique. Mais pourquoi il vint à saint Chad avec une hache et une herminette, Bède l’explique ainsi : « Car, dit-il, il signifiait par là qu’il entrait au monastère non pour le repos, comme font certains, mais pour le travail ; ce qu’il montra aussi en acte. Car moins il suffisait à la méditation des Écritures, plus il mettait de zèle à l’œuvre de ses mains. »
5 Lors donc que saint Chad fut fait évêque des Merciens et des Lindisfari — non, et des Angles du Milieu — et résida dans leur cité de Lichfield, qui était son siège épiscopal : « il se fit faire, dit Bède, une habitation non loin de l’église, plus retirée, dans laquelle il avait coutume, plus secrètement, avec quelques-uns — c’est-à-dire sept ou huit frères —, toutes les fois qu’il était libre du travail et du ministère de la parole, de prier et de lire. » Ici saint Owin, retenu le huitième parmi les frères avec l’évêque dans l’habitation susdite en raison du respect de sa dévotion, tandis qu’ils étaient au-dedans, libres pour la lecture, travaillait lui-même au-dehors à quelque ouvrage qui paraissait nécessaire. Or Owin était un moine de grand mérite, quittant le monde dans une intention pure de récompense céleste, et digne en toutes choses que le Seigneur lui révélât particulièrement ses secrets ; digne qu’on ajoutât foi à son récit.
6 Or il arriva un jour que, dans l’habitation susdite, l’évêque Chad se trouva demeurer avec le seul frère Owin, les autres compagnons étant allés à l’église pour un motif opportun, et l’évêque étant seul dans l’oratoire du lieu à s’adonner à la lecture ou à la prière ; alors Owin entendit soudain — comme il le raconta ensuite — une voix très douce de chanteurs dans l’allégresse, descendant du ciel jusqu’à la terre. Cette voix, il dit l’avoir entendue d’abord de l’est-sud-est, c’est-à-dire de la hauteur du lever hivernal, puis peu à peu elle s’approcha de lui, jusqu’à ce qu’elle vînt jusqu’au toit de l’oratoire où était l’évêque ; lequel, y entrant, le remplit tout entier et l’environna de toutes parts. Mais lui, tandis qu’il appliquait anxieusement son esprit aux choses qu’il entendait, entendit de nouveau, après l’espace d’environ une demi-heure, le même chant d’allégresse s’élever du toit du même oratoire, et retourner par le même chemin qu’il était venu vers les cieux avec une douceur ineffable.
7 Et comme il demeurait un moment comme émerveillé, et qu’il cherchait avec un esprit attentif ce que ces choses pouvaient être, l’évêque ouvrit la fenêtre de l’oratoire, et faisant du bruit de la main, comme il en avait souvent coutume, ordonna à quiconque était dehors d’entrer auprès de lui. Celui-ci entra en hâte, et le prélat lui dit : « Va vite à l’église, et fais venir ici ces sept frères, et sois ici avec eux aussi. » Et quand ils furent venus, il les avertit d’abord qu’ils gardassent la vertu de charité et de paix l’un envers l’autre et envers tous les fidèles ; et qu’ils suivissent avec une instance infatigable les institutions de la discipline régulière qu’ils avaient apprises de lui, ou vues en lui, ou trouvées dans les actes ou les paroles des pères qui les avaient précédés. Puis il ajouta que le jour de sa propre mort était désormais proche. « Car, dit-il, cet aimable hôte qui avait coutume de visiter nos frères a daigné venir aussi vers moi aujourd’hui, pour m’appeler hors de ce monde ; c’est pourquoi, retournant à l’église, dites aux frères de recommander mon départ au Seigneur par des prières ; et qu’ils se souviennent de prévenir aussi leur propre départ, dont l’heure est incertaine, par des veilles, des prières et de bonnes œuvres. »
8 Et lorsqu’il eut dit ces choses et beaucoup d’autres semblables, et qu’eux, ayant reçu sa bénédiction, étaient désormais fort affligés, cet homme qui avait entendu le chant céleste revint seul ; et se prosternant à terre, dit : « Je vous en supplie, mon père, puis-je demander quelque chose ? — Demande, dit-il, ce que tu voudras. » Et lui : « Je vous en supplie, dit-il, dites quel était ce chant de gens dans l’allégresse, que j’ai entendu venir des cieux sur cet oratoire, puis, après un temps, retourner vers les cieux ? » Il répondit : « Si tu as entendu les voix du chant et connu les troupes célestes qui descendaient, je t’ordonne au nom du Seigneur de ne le dire à aucun homme avant ma mort. En vérité, c’étaient les esprits des anges, venus m’appeler aux célestes récompenses que j’ai toujours aimées et désirées ; et après sept jours ils ont promis de revenir me prendre avec eux. » Ce qui en effet, comme il lui avait été annoncé, s’accomplit en acte. Jusqu’ici Bède.
9 Ce que fit ensuite saint Owin demeure caché. Il se peut qu’il soit resté à Lichfield avec les sept autres moines au temps des évêques qui succédèrent, Winfrid et Sexwulf ; il se peut qu’il se soit retiré au monastère d’Adbearne [Bardney], que saint Chad bâtit dans la province de Lindsey, ou Lincoln, par le don du roi Wulfhere, et dans lequel, ajoute Bède, « il demeure jusqu’à ce jour les vestiges de la vie régulière instituée par lui » — jusqu’à l’année 730. Enfin, il se peut qu’il soit retourné en Northumbrie et ait saintement passé le reste de sa vie dans son premier monastère de Lastingham ; de sorte que l’époque de sa mort est également inconnue.
10 Trithemius, dans son livre Des hommes illustres de l’ordre de Saint-Benoît, liv. 3, chap. 118, a de lui cet éloge, et l’appelle Osvinus : « Osvinus, dit-il, moine et disciple du bienheureux évêque Chad, homme de grand mérite et amoureux zélé de l’institution régulière, Est-Anglien de nation ; lorsqu’il était clerc auprès de la reine Étheldrède, et tenu en grande estime, méprisant toutes choses il vint à saint Chad demeurant dans le monastère qui s’appelle Lastingham ; où profitant beaucoup, il commença à briller de grandes vertus. Il florissait en l’an du Seigneur — pour « le septième » lisez — 680, comme il l’avait dit au chapitre précédent à propos de saint Chad, dont nous avons dit à sa Vie qu’il mourut en l’an 685. » Mais saint Owin n’était pas un clerc de la reine Étheldrède, mais, comme nous l’avons dit d’après Bède, le premier des serviteurs et le prince de sa maisonnée — celui que les Grecs auraient appelé Oeconomus [intendant] et les Francs de ce siècle Major-domus.
11 Arnoldus Wion, citant Trithemius, le mentionne dans l’Appendice du Martyrologe bénédictin en ces termes : « Saint Osvinus, moine de Lastingham sous saint Chad l’abbé, brilla de grandes vertus. » Il est inscrit dans le Martyrologe anglais de la première édition, au 29 juillet, la commémoration du bienheureux Owen confesseur, de Lichfield dans le Staffordshire, avec un éloge plus ample tiré de Bède. Ferrarius, dans son Catalogue général, sur l’autorité dudit Martyrologe, a ceci : « En Angleterre, du bienheureux Odoenus confesseur » ; et il affirme dans ses Notes qu’il vécut vers l’an 689. Au 4 mars, la commémoration du bienheureux Owin, moine de Lichfield en Angleterre, est rapportée par Edward Maihew dans les Trophées de la congrégation anglaise de l’ordre de Saint-Benoît, par Menardus dans le Martyrologe bénédictin, et par Bucelinus de même dans la Ménologie bénédictine, et Bucelinus et Maihew le décrivent tous deux plus amplement d’après Bède. Enfin, Jérôme Porter, dans les Fleurs des vies des saints les plus illustres d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, publia la Vie de saint Owin en anglais au 4 mars. Ces Fleurs étant citées, le saint est mis en avant dans le Martyrologe anglais de la seconde édition au même 4 mars ; et il y est ajouté qu’un temple fut dédié en l’honneur de ce saint, portant son nom, dans la cité de Gloucester sur le fleuve Severn, située dans le royaume des Saxons de l’Ouest. Pour le reste, que saint Chad ait vécu selon la règle de saint Benoît, et n’ait pas plutôt retenu la manière de vivre de saint Aidan et la règle de saint Columba l’abbé, nous l’avons recherché à sa Vie §9, et il n’est pas besoin de le répéter ici.
DE SAINT BASIN [suit dans l’original].
